‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 22 sur 103 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'intervention n'était, pour rÂutriche, qu'une porte de sortie de Talliance française et une porte d'entrée dans la coalition. Mettemich aurait préféré, d'abord, s'arrêter dans l'entre-deux, se retrancher dans le passage, s'en faire une place de sûreté, le grand entrepôt diplomatique de l'Europe, dont il serait l'archi-courtier. Il reconnut bientôt qu'il devrait opter, et qu'il opterait pour la coalition; il jugea que le plus expédient serait de s'y laisser dériver insensiblement en rompant, dans les formes, les nœuds avec la France. Il pressa les armements, et comme le trésor était fort desséché, il obtint de l'empereur qu'il décrétât des assignats. Ce ne fut point sans peine. L'empereur avait peur de tout : de ce papiermonnaie, de cette armée qui risquait de lui attirer la guerre avant qu'il fût prêt, de son terrible gendre, non de sa colère, mais de ses ressauts de génie et de ses surprises; enfin et surtout du peuple allemand qui sortait des lisières, menaçait de propager jusqu'en Autriche la révolution. La proclamation de Routousof lui semblait imprégnée du pire jacobinisme ; il s'en trouvait effarouché au delà ce qui se peut dire. Sur cet article, Metternich, qui partageait ses alarmes et y ajoutait les dégoûts d'un gentilhomme à « principes » , n'était point dans le cas de le rassurer, n Cet appel aux peuples fait frissonner tous les souverains de l'Allemagne » , écrivait Stackelberg,

le 11 avril ^ C'était un des articles fondamentaux du plan de Metternich de dégager ces princes de leur confédération française et de les attirer à la coalition future. Tandis que Koutousof enrôlait les peuples, il s'occupait d'embaucher les rois. Il importe, mandait-il à Lebzeltern, de déclarer que les puissances du second et du troisième rang ne doivent rien perdre de leur force actuelle, mais qu'on désire les voir jouir de tous les droits de la souveraineté avec la plus grande indépendance. Ce langage réussira complètement aux cours du Midi et fera plus d'effet que toutes les négociations possibles^. Les Bavarois ne demandaient qu'à se laisser convaincre '.

Les Russes pressaient : a Que rAutriche se joigne à nous, qu'elle écoute la voix de ses véritables amis, qu'elle écoute celle de ses peuples et de presque toute l'Allemagne ^ ! » Metternich se décide à passer d'une nuance à une autre plus marquée. Il annonce, le 2 avril, à Stackelberg que si Napoléon repousse la médiation, « l'Autriche emploiera les forces que la Providence a mises en ses mains, pour coopérer dans le plus parfait accord avec les puissances alliées, à l'établissement d'un... arrangement basé sur les pHncipes que Sa Majesté Impériale croit nécessaires à l'existence de son empire et au bien-être de l'Europe. » Or il savait parfaitement que ces principes Napoléon, même vaincu, n'y souscrirait pas. La médiation serait donc repoussée par lui, il jetterait lui-même T Autriche dans le camp des alliés; la défection serait élégante et juridique, le public et la postérité se laisseraient leurrer au manège et rendraient hommage à la parfaite correction et à la classique « pureté » des procédés et des « principes » de la maison d'Autriche !

A l'égard des Prussiens, il entre en confidence plus ouverte à mesure que sa politique l'oblige à compter davantage avec eux. 11 se fait honneur de refuser la Silésie offerte

' Maituis, t. III, Notice sur le traité de Reicbenbach.

* Dépêche du 23 mars 1813 à Lebzeltern.

' MiaTESs, t. VU, p 113.

^ Netselrodeà Stackelberg, 11 mars 1813.

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par Napoléon, et cette preuve de désintéressement donnée, il développe son système à Humboldt, qui en écrit ' : « Le point fondamental de ce système est l'union étroite et inaltérable de la Prusse et de rAutriche... » Hardenberg aussitôt de répondre sur le même ton d'effusion et d'ajouter : « Il y a surtout deux objets sur lesquels il importe souverainement de se concerter sans la moindre perte de temps : les affaires d'Allemagne et celles de Pologne. On le sent également à la cour de Russie. Vous savez, cbère Elxcellence, que surtout les affaires d'Allemagne, d'après notre vœu, ne doivent être réglées que d'un commun accord avec vous. » Il propose une conférence secrète entre Nesselrode, Metternicb et lui *. Metternich décline l'invitation, qu'il juge prématurée, et annonce qu'il dépêche Stadion, en mission spéciale, au quartier général russe.

L'entrevue l'eût compromis peut-être, et, en tout cas, singulièrement gêné avec Narbonne. Ce galant homme était resté un homme fort galant. 11 y mit de la « crànerie » pendant la retraite de Moscou; il s'y donnait quelque ridicule en son ambassade ^. « Il a la manie, disait Napoléon, de vouloir réussir par les femmes. » Il avait été reçu à bras ouverts par l'empereur et par son ministre, n II tenait grande maison, il était invité avec empressement dans toutes les réunions ; la haute société suivait l'exemple des maîtres; mais le diable n'y perdait rien. Narbonne démêlait fort bien ce qui se cachait de haine et d'espérance sous ces démonstrations de commande. » Il savait l'allemand et pouvait discerner, d'après les gazettes, l'agitation propagée parmi les peuples. Il ne dissimule point la gravité de cette fermentation qui menace, écrit-il, de l'explosion la plus violente, la plus générale en Allemagne. On parait avoir préparé, partout où avancent les

' Rapport de Humboldt, 31 mars 1813.

* Hardenberj; à Metternich, 11 avril 1813.

' Arrivé à Vienne le 17 mars. — Journal de Castellane. — Conversation de Napoléon avec Schwarzenberfr, 8 avril 1810. — Souvenirs du duc de Bro^iie, — ViLLEMAiR, — LEFEDvnE, t. V, — Fain, Manuscrtt de 1813, t. I.

Russes, tt tous les moyens de convertir chaque Allemand en ennemi acharné des Français ^ . Je dis chaque Allemand parce qu'on affecte surtout de ne reconnaître aucune division d'État » , qu'on a attise la haine commune que doit nous porter tout ce qui habite depuis le Rhin jusqu'au Niémen. » On a semble transformer en comité de Salut public les conseils de Russie, de Prusse et de Suède '. » a Tout semble présenter ici le même tableau qu'offrait la Prusse avant la bataille d'Iéna. » Il note a les clameurs de la société qui, tout entière, pousse à la g^uerre avec la passion la plus délirante. » « Le corps autrichien qui est en avant ne veut donc pas se battre ! Je vois tous les cafés et tous les lieux de rassemblement ne respirer que la haine du nom français, et n'attribuer qu'à lui l'état désespéré des finances, l'anéantissement du commerce et la cherté effroyable de tout ce qui n'est pas denrée de la première et de la plus stricte nécessité. Si je regarde l'armée, il n'est pas un officier qui ne tremble à ridée de faire la g^uerre pour nous et qui, croyant n'avoir plus affaire aux mêmes Français qui les ont si souvent humiliés, ne pense ou ne dise que le temps est venu où il sera si facile de reconquérir avec usure et l'honneur et le territoire autrichien. » En résumé : « Nous n'avons pour nous, comme vous me l'avez dit avec tant de raison, que l'empereur, M. de Metternich et M. de Schwarzenberg '. »

Peut-on même compter sur Metternich? Dès leur premier entretien^, Narbonne a soupçonné les intentions de ce ministre. Il a prétendu, mande-t-il, se mettre en mesure de pouvoir dire, le moment venu : o J'ai voulu, avant tout, essayer de donner la paix véritable, mais je n'ai pas négligé d'assurer tous les moyens de faire la guerre; la France ne veut pas accédera des propositions raisonnables et acceptées par toutes les puissances ; c'est moi qui vous propose à présent de nous mettre

> Voir t. VII, p. 487.

* Rapport du 6 avril 1813.

' Rapports du 1* et du 7 avril 1813.

^ Rapport du 24 mars 1813.

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à la tête de ces puissances, et de prendre en Europe, l'attitude et le rang qui nous convient \ n

Narbonne perça-t^il de lui-même ce jeu très subtil, fut-il renseigné par quelque confident intéressé? Toujours est-il que quand il reçut l'instruction de Paris du 29 mars', il n'hésita pas à pousser à fond.

Le 7 avril, il alla voir Metternich et eut avec lui un long et important entretien, a Tout en causant, je dis que je croyais avoir la certitude bien naturelle que l'empereur ne pouvait et ne voulait pas voir dans l'empereur d'Autriche un arbitre qui se déclarerait et combattrait contre celle de ces parties qui appellerait de son jugement quelconque. » C'était précisément, rapporte Narbonne, le dessein caché de Metternich; il ne répondit rien à cette observation, et il interrogea à son tour : u Si c'est une condition sine qua non des autres puissances, est-ce que l'empereur Napoléon ne se désistera pas de ce qu'il a avancé, et, pour donner une paix durable, et impossible sans cela, ne renoncera-t-il pas à des réunions faites si nouvellement, qui lui deviennent infiniment moins utiles depuis qu'il n'est plus question du système continental?. . . Nous ne prononçons, ajouta-t-il, en aucune manière, le nom de l'Espagne, ni celui de la Hollande, dont il y a des raisons de croire que l'Angleterre voudrait parler : cela regarde directement et uniquement la France. » Déjà, il avait été question de la Hollande, et Narbonne avait gardé la conviction que l'Angleterre ne consentirait jamais à la laisser à la France *. Metternich insista derechef sur la barrière de Test, et l'utilité de former à la Prusse un royaume de Pologne, avec le duché de Varsovie. Narbonne voit où l'on le mène, mais il n'est pas au bout. Comme il parle, selon son instruction, de démembrer la Prusse, au lieu de constituer pour elle un royaume en Pologne, et de grandir avec ses débris la Saxe ou la Westphalie : « Ce qu'il nous faut, dit Metternich, c'est

I Rapporte du 24 mars et du 1" avril 1813.

* Voir ci-desffut, p. 80.

Rappor^^hi 25 mars 1813, et ci-aprci, p. 114.

que la Confédération du Rhin n'aille pas jusqu'au Niémen. » 11 poursuit : « L'Autriche ne peut se battre pour conserver à la France le protectorat de la Confédération du Rhin. » Et voilà la suppression de la Confédération du Rhin qui s'ajoute aux autres conditions, a Toutes ces explications, écrit Narbonne, se passent toujours de la manière la plus douce et, en apparence, la plus confiante. » Il reprend le propos sur le partage de la Prusse et parle « d'entrer dans la Silésie ». — « Cela, répond Metternich, ne pourrait être que dans le cas de guerre, et alors la convenance en déciderait. — Dans tout cela donc vous ne voulez rien pour vous? — Il est impossible, répond l'Autrichien, que les provinces illyriennes ne nous reviennent pas; l'empereur en a, à peu près, pris l'engagement, et ce ne sera jamais cela qui présentera des difficultés '. » Sur quoi Narbonne : » Ne dois-je pas conclure que votre projet est, en penchant pour la France, de vous battre contre elle, si elle n'acceptait pas ce que vous croirez acceptable? — Cela sort naturellement de la situation des choses, de notre position; bien entendu que toute la faveur est pour la France. — Et c'est pour cela que vous envoyez M. de Stadion au quartier général de l'empereur de Russie? — Cela n'est pas encore définitivement arrêté, mais c'est presque sûr. — Vous attendez, reprend Narbonne, la première victoire pour vous décider? » — Et Metternich : a Vous vous trompez; croyez que le lendemain de cette victoire, nous vous parlerions d'un ton plus prononcé qu'aujourd'hui. — Ma foi, je crois que vous feriez une grande sottise » , repartit Narbonne, qui ne vit dans le propos de Metternich qu'une fanfaronnade, et n'y devina point l'aveu d'une entente déjà fort avancée avec les alliés. Restaient les propositions positives : l'ouverture immédiate de négociations avec la Russie ; l'armistice ; le corps auxiliaire porté à 50,000 hommes ; la concentration de 40 à 50,000 hommes eu Bohème; l'entrée de l'Autriche dans la guerre, comme partie principale,

' Cf. ci-det8us, p. 41,. 4V.

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avec 100,000 hommes. Metternich les écouta ad référendum, et Narbonne lui laissa une note qui n'était que la reproduction de la dépêche du 29 mars ^

Insinuations, dig^ressions, déclarations directes ou implicites, la conférence se pouvait résumer en ces termes : Tâutriche considère le système continental comme abrogé, et du même coup ses engagements sur le blocus; elle passe de rintervention à la médiation proprement dite et indique qu'elle se prononcera contre qui repoussera ses conditions; quant à ses conditions, c'est déjà : rUlyrie à F Autriche, le duché de Varsovie à la Prusse, la renonciation au protectorat de la Confédération du Rhin, et implicitement aux villes hanséatiques, sans parler de la Hollande et de l'Espagne, qui seront dans les exigences de l'Angleterre.

La réponse de Metternich à la note de Narbonne arriva le 12 avril, sous la forme d'un extrait des instructions données, ce jour-là même, à Schwarzenberg. £lle confirmait toutes les appréhensions qu'avait pu faire naître l'entretien du 7 : a II ressort de la nature des choses, et nous sommes très aises de voir que l'empereur Napoléon partage notre conviction, que la marche des événements, le rapprochement du théâtre de la guerre,... ne comportent plus que l'empereur prenne part comme puissance simplement auxiliaire à la guerre, si, contre nos vœux les plus chers, elle devait continuer. » Cette prétendue concession de Napoléon se tirait de ce fait qu'il avait réclamé d'abord 30,000 hommes en Pologne, puis une concentration de 40 à 50,000 hommes en Bohême, puis un armement de 100,000 hommes en vue d'une action commune contre les alliés : Metternich en concluait que, par là même. Napoléon détachait l'Autriche du traité de 1812, puisqu'il proposait d'y substituer une alliance plus étendue. Sur ce sophisme d'une rare impertinence, il déclarait : « Nous ne pouvons donc que partager l'opinion de l'empereur des Français, que les stipulations de secours limités de notre

^ Rapport du 7 avril ; note verbale de Narbonne à Metternich après leur conférence du malin, 7 avril 1813. — Cf. ci-aprè§, p. 414.

traité d'alliance, ne sont pas applicables aux circonstances du moment... L'empereur ne bornera pas ses démarches en faveur de la cause qu'il croit devoir plaider — celle de la paix — à de simples paroles, et si des exagérations possibles, dans les vues des cabinets alliés devaient prévaloir sur la raison et la modération que ne cessera de professer Sa Majesté Impériale, elle mettra sans hésiter une importante force dans la balance de la puissance que nous regardons, abstraction faite même des complications immenses du moment actuel, comme notre alliée la plus naturelle. »

Voilà par ce texte, visqueux et incolore, la défection glissée et consommée, le traité du 14 mars 1812 effacé : une alliance nouvelle à nouer, si tant est que rAutriche y consente. C'est ce que Metternich appelait le second pas dans sa marche oblique, et il s'en félicite comme d'un effet de « l'habileté extrême » qu'il a déployée, a d'une situation éminemment favorable, qui échappait aux yeux des observa* leurs superficiels*... » Quant à la régence de Marie-Louise, elle ne compte pour rien, a Elle est regardée par les hommes éclairés comme un symptôme de la dernière faiblesse, » écrivait Gentz*... Plusieurs personnes imaginent que cette démarche n'a été faite par Napoléon que pour flatter la cour de Vienne. Si tel avait été son but, on peut dire qu'il l'a com* plètement manqué » . On l'attribuait plus volontiers à ses dis* cordes avec ses frères, et c'était une lézarde de plus que l'on découvrait dans la façade de l'édifice.

Narbonne insista. Il déclara que Napoléon considérait le corps auxiliaire comme faisant partie de son armée, et il lui assignait son poste de guerre. Metternich se déroba dans les broussailles. « Nous ne voulons que la paix; mais sur quelle base l'établir? Savez-vous vous-même ce que veut la France? L'empereur ne prétend céder sur rien. Les villes hanséatiques, par exemple, il s'obstine à les détenir '. » Cependant, le corp.s.

' GenUy lettre <]u 14 avril 1813.

* Lettre de Gentz, 14 avril 1813.

' Rapport de Narbonne, 19 avril 1813.

auxiliaire se retire'. Narbonne demande des explications, et Metternich de répondre : Le corps comptait plus de 30,000 hommes, il n*a pu que se retirer! Â cet argument extraordinaire d'un allié qui fait défection sous prétexte qu*il a mis dans Talliance plus de troupes que n*en portait le traité, et que son corps étant indivisible, le surplus doit emporter la masse, Narbonne s'indigne : a La première démarche que vous faites est de violer le traité qui subsiste encore. Je ne puis différer plus longtemps de m'expliquer avec vous. L'empereur mon maître a désiré et désire encore maintenant la bonne intelligence entre la France et TÂutriche... Dans ce but il a fermé les yeux sur plusieurs démarches et particulièrement sur l'armistice conclu sans son aveu par un corps soumise ses ordres... » Il passe, le lendemain, une note en forme à Metternich, l'invitant à intimer au commandant du corps auxiliaire de a conserver les positions que lui assignait Tarmistice, et d'y attendre les ordres qu'il plaira à S. M. l'empereur des Français de lui donner*. »»

Metternich ne répond point. Très inquiet, très irrité aussi, froissé dans son sentiment de l'honneur des armes, Narbonne hasarde une démarche qui ne lui était point prescrite et qui -se trouva dépasser de beaucoup les intentions de Napoléon. Après avoir, par sa note du 21 à Metternich, constaté le différend, ce qui, en procédure, conduit à accepter le débat, il le porte devant l'empereur François. Il obtient une audience et s'y rend le 23 avril *.

François avait l'esprit plus court que son ministre et la parole moins mielleuse. Il ne s'entendait point aux « nuances intermédiaires » , et, comme Narbonne invoquait le traité de mars 1812, il lui dit : a Mais c'est votre maftre même qui Ta annulé en me proposant et me pressant de prendre la médialion armée — C'est ma conviction que je ne puis être à la

' Voir ci-dessus, p. 72-73.

• Rapport du 20 avril 1813. — Note du 21 avril, Faut.

' Il Précis de l'audience donnée par S. M. l'empereur d'Autriche à l'ambassadeur •de France » le 23 avril 1813.

fois en guerre et médiateur. » Narbonne aurait eu beau jeu de rappeler que Toffre était venue de TÂutricbe, offre d'entremtscy et non de médiation; que Napoléon ne s'y était prêté qu'en vue de consolider et d'étendre Talliance, et qu'il n'avait nullement accepté la médiation armée; que, d'ailleurs, l'effet de cette médiation devrait être, selon lui, de jeter l'Autricbe avec toutes ses forces du côté de Napoléon; que l'Autriche Tavait laissé entendre; que c'était uniquement pour en venir là que Napoléon la pressait d'armer, a Enfin, dit François c'est ma conviction ; je veux que toutes mes troupes soient réunies pour agir d'accord avec l'empereur — Elles seront donc destinées toutes à combattre pour lui? » demanda Narbonne. — « Oui, dans le cas où il entendra, comme je l'espère, à des propositions raisonnables. » Il balbutia quelques mots confus du Rhin, de l'Italie, puis : a Prenez garde, monsieur l'ambassadeur, j'ai des raisons de croire que l'on ne sera pas content de votre dernière note. » Narbonne le supplia de ne point abandonner son gendre. Le loyal Autrichien, forcé dans ses derniers retranchements, invoqua l'ultime raison des politiques en disette de raisons avouables pour justifier leur conduite : — tt Non, je ne peux rien changer à ma résolution; c'est ma conviction, et ma conscience me l'ordonne. J'en serais autrement responsable devant Dieu ! »

Narbonne sortit fort ému de cette audience où il avait amené, assez inconsidérément, François à transformer une défection hypocrite et sournoise en une défection accomplie et avouée. Sur ces entrefaites, il entend dire que le roi de Saxe tourne à la même défection que l'Autriche '. « La conversation que j'ai eue ce matin avec l'empereur, écrivit-il à Napoléon, est bien loin d'avoir diminué cette méfiance » — la méfiance sur le parti définitif que prendra l'Autriche — « et j'y trouve des mots qui me paraissent laisser peu de doutes sur l'espèce de liaison souterraine qui existe entre ce

' Le roi de Saxe quiua Ratisbonne le 19, pour se rendre à Linz et s*y rencontrer avec Frani^is II. Il emmenait avec lui son confesseur et les princes de sa maison. Serra à Narbonne, 22 avril 1813.

•9* LA MEDIATION AUTRICHIENNE. — 1813.

-cabinet et tous les souverains actuellement en guerre avec Votre Majesté... Il est donc bien simple que MM. de Humboldt €t de Stackelberg répètent partout que le gouvernement autrichien est trop avancé pour oser reculer, et ce que je croyais pouvoir être une finesse prend bien tout le caractère de la vérité.» Puis, faisant allusion aux bruits qui courent sur le roi de Saxe : « Tout cela appelle plus que des soupçons, sans cependant donner des certitudes... On se flatte d'avoir le r^juillet 180,000 hommes en ligne, et, alors, Sire, se découvrira ce qu'on appelle ici des conditions raisonnables, qui sont bien loin de celles que Votre Majesté m'a laissé entrevoir. » Ces 180,000 hommes appuieront les décrets que l'Autriche compte dicter si, d'ici là, l'empereur n'en a pas imposé par quelqu'un de ces prodiges auxquelle il nous a habitués. « Deux fois cela m'a été dit. » Toutefois, il ne désespère pas de les amener à la neutralité ou de les y contraindre *.

Trois jours après, le 26 avril, Metternich, en une note sèche, déclina toute les réclamations, s'en référant à ses explications antérieures*.

Ces propos sentaient la guerre. Le 21 avril, le comte Hardenberg, toujours bien informé, mandait à Munster à Londres : « Il (Metternich) est trop attaché à l'État, et il a trop d'ambition pour ne pas vouloir rétablir celui-ci dans son ancien lustre, et il est en même temps trop éclairé pour espérer d'atteindre ce but par la France, si même elle lui offrait pour prix de son assistance dans la lutte actuelle des agrandissements pour l'Autriche... •

Ces avis s'adressaient au prince régent d'Angleterre. Jusqu'ici, l'Angleterre n'a point paru; elle va pas à pas s'avancer

' Rapport à Napoléon, 23 avril 1813.

" Texte dans Faiw.

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