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L'ANGLETERRE ET LA PRUSSE

sur la scène et y reprendre le rôle décisif qui convient à son emploi de trésorier g^énéral des coalitions. Toutefois, elle se réservait encore. Elle doutait des résolutions et des armements de rAutriche, surtout de ceux de la Prusse.

Les ministres angolais considéraient la catastrophe comme inévitable désormais; ils ne voulaient intervenir en Allemag^ne que pour frapper le coup décisif et enlever leur garantie principale, les Pays-Bas. Le duché de Varsovie, la Confédération du Rhin, la reconstruction de la Prusse et de TAutriche leur importaient assez peu et ne comptaient qu'à titre de moyens, au second plan. La Méditerranée demeurait au premier, et de ce côté, tout leur réussissait : la royauté de Joseph croulait en Espagne, sous leurs coups; celle de Murât tomberait comme un fruit pourri sur sa tige : il leur suffirait d'agiter l'arbre. Us occupaient le Portugal, sous prétexte d'en protéger l'indépendance; la Sicile, sous prétexte d'y protéger la monarchie. Leur agent, Bentinck, y tenait les Bourbons les menottes aux mains, sous le prétexte de les arracher aux griffes de Napoléon. Portugal, Espagne, Sicile^ Naples, et, au-delà, toute l'Italie à défendre, c'est-à-dire à conquérir à la suprématie commerciale de l'Angleterre; autant de traités de commerce que de restaurations; autant de débouchés et «entrepôts à ouvrir que de peuples à délivrer. Les ministres anglais y voyaient clair, en 1813, autant que Catherine II vingt ans auparavant, et ils combattaient le despotisme napoléonien sur les côtes et sur les mers comme cette grande impératrice écrasait à Varsovie et projetait d'exterminer à Constantinople la Révolution française. La banque de Londres chiffrait les bénéfices de l'opération, le commerce britannique pointait sur le globe les marchés nouveaux : les lies et colonies de la France et de la Hollande, l'Amérique espagnole en insurrection. L'Angleterre s'enrichissait de la détresse générale, du chômage des manufactures du continent, de la ruine de toutes les marines désemparées. Plus de concurrents, plus de neutres, ces parasites de la guerre maritime! On s'explique que le cabinet attendit, pour fournir

96 LA MEDIATION AUTRICHIENNE. — 1813.

des subsides aux alliés, d'être sûr qu'ils travailleraient pour TAng^leterre et que la paix définitive deviendrait la paix anglaise, celles de 1763. Il ne voyait pas encore le moment venu, de Timposer.

Wessenberg, arrivé le 29 mars, trouva peu d'empressement à Londres '. Sans doute la Russie gagnait tout le prestige perdu par la France et Ton revenait aux belles dispositions de 1804, mais envers la Russie seulement, o L'égoïsme du gouvernement britannique, écrit Wessenberg', n'a jamais été plus prononcé qu'il ne l'est aujourd'hui, et il en résulte un aveuglement dont il ne sera guéri, je crains, que par de grands malheurs. Se croyant sûr de la Russie, il s'imagine pouvoir se passer du reste du continent et surtout de pouvoir se passer de la paix avec la France... Il est clair que sa politique sera toujours un système de guerre aussi longtemps qu'il s'attachera exclusivement au commerce maritime... Les Anglais parlent d'une guerre en Allemagne comme on parlerait d'une guerre aux Indes... » Le prince régent, soufflé par MOnster, très hanovrien et fort peu autrichien, se montrait froid; Gastlereagh, moins qu'agréable : il ne voulait pas entendre parler de paix; il redoutait même que le bruit d'une négociation se répandit dans le public, tant il serait mal accueilli et compromettrait le cabinet. Bref, il déclina l'entremise, et à plus forte raison la médiation de l'Autriche '.

L'ancien agent prussien Jacobi, qui, depuis 1807, se tenait toujours aux aguets, arriva à Londres peu après Wessenberg^. Il y fut mieux reçu. C'est qu'au lieu de médiation il parlait d'alliance et que la Prusse se trouvait sous le rapport de l'argent à la discrétion des Anglais. Enfin, on se rendit compte à Londres que, sans la Prusse, la Russie ne prendrait point l'offensive. Hardenberg avait chargé Jacobi de communiquer

' Arueth, Wetsenberg, t. I, ch. xii : mission en Angleterre. — Lettres de Woronzof, — Martens, t. XI, notice sur le traité de Reichenbach. — R^eikb, t. V, liv. IV, chap. xxiii et «iv.

* Rapport du 10 mai 1813.

' Rapport de Wessenberg, 9 avril 1813.

* Voir t. VII, p. 211.

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