‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 26 sur 103 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

114 LA MEDIATION AUTRICHIENNE. — 1813.

du 7 avril, rinterpclla * : « Tout cela ne signifie-t-il pas que ous désirez que Tempereur accepte pour frontière le Rhin en y comprenant la Hollande? — Oui, sans doute, et c'est plus pour son intérêt que pour le nôtre. « — « Alors, successivement » , poursuit Narbonne, dans son rapport, o j'ai fait articulier à M. de Metternich la cession des provinces illyriennes, la dissolution de la Confédération du Rhin, l'abandon des nouveaux départements réunis, la destruction du duché de Varsovie et Tag^randisseraent de la Prusse opéré d'après ce qui serait convenu entre les grandes puissances, qui resteraient ça-rantes de Fétat des choses et véritables protectrices des princes de la Confédération. » Metternich ajoute que pour détourner la Russie de parler de Tltalie et de TEspagnc, il lui fallait prendre vis-à-vis d'elle une attitude menaçante. Pour ce qui est de la Hollande, il semble, en son nom personnel, Tabandonner à la France, mais Narbonne savait que ces départements formaient le morceau réservé à TAngleterre, et il ne pouvait se flatter que T Angle terre trouverait ses convenances à le laisser à la France. Ainsi, outre ces cinq points autrichiens : V La suppression du duché de Varsovie; 2" les villes hanséatiques et la 32*division militaire *; 3' l'Illyrie; 4" Tagrandissement de la Prusse; 5" la dissolution delà Confédération du Rhin, on doit entendre que les alliés en exigeront d'autres, qui seront tout au moins la Hollande de la part des Anglais, l'évacuation deTltalie voulue par les Russes, sans parler de la reconstitution de l'Autriche sur le pied de 1805, réclamée par TAutriche à la Russie. Est-il permis de croire que si Napoléon accepte les cinq points autrichiens, TAutriche fera la guerre aux Anglais et à la Russie pour conserver à Napoléon la Hollande, l'Espagne et Tltalie enfin où elle prétendre s'établir et prendre ses convenances?

Le 1 1 Metternich dressa des instructions pour Bubna, qu'il

^ Voir ci*(1es8U8, p. 88-89.

* Ces termes embrassent les départements formes en 1810, t VII, p. 520, savoir : VEms-Oriental, VEms- Supérieur, la Isippcj les BouvUcS'ilu'Weser^ avec Irême, les Bouches'dC'V Klbe, avec Hambourg.

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envoya près de Napoléon. «Ce çros homme rusé» savait faire parler l'empereur et rapporter ce qu'il entendait. Sa mission consistait à amorcer la médiation, à y engager Napoléon par des propositions modérées. Les nez// points posés dans Tinstruction de Stadion, et les cinq points indiqués à Narbonne se réduisent ici à trois^ c'est-à-dire au minimum des prétentions autrichiennes : i" Dissolution du duché de Varsovie; 2" renonciation aux départements annexés en Allemagne, la 32* division militaire; 3* rUlyric à TAutriche, « avec une bonne frontière du coté de Tltalie » ; plus — Bubna n'y touchera que s'il le juge opportun — « un autre arrangement de frontière entre nous et la Bavière » , ce qui signifierait le Tyrol et lo quartier de l'Inn. 11 ne serait pas question de la reconstitution de la Prusse; quanta la dissolution delà Confédération du Rhin, Bubna ne la présenterait qu'éventuellement comme une réclamation probable « des puissances » . Il proposera, si Napoléon le juge opportun, de négocier un armistice. Il indiquera Prague comme lieu de la réunion d'un congrès. Si Napoléon accepte, il sera autorisé à croire que l'Autriche » défendra la cause qu'elle plaide, par la force des armes » , car c'est en ces termes mêmes que Bubna fera connaître à Napoléon que, s'il refuse, l'Autriche lui déclarera la guerre '. Cependant que Bubna s'acheminait à Dresde, Stadion rencontra Nesselrode à Gœrlitz. Le 13 mai, ils eurent une conférence, au sortir de laquelle Nesselrode résuma en ces termes les conditions de l'Autriche : 1' rétablissement de l'Autriche dans l'état de puissance et d'étendue où elle était en 1805, avec, en Italie, la frontière du Pô et du Mincio; 2" reconstitution de la Prusse dans les conditions fixées par le traité de Kalisch; 3' dissolution de la Confédération du Rhin et restitution des pays annexés en 1810; 4* anéantissement du duché de Varsovie. « Telles sont, ajoute Nesselrode, les conditions que le cabinet de Vienne regarde comme immédiatement autrichiennes^ et qu'il est décidé à soutenir vis-à-vis de la

* Instructions de Bubna; François II à Napoléon, 11 mai 1813. Owckes. Cf. ci-dessus, p. 112-114.

France. Si Napoléon ne les a point acceptées avant le l*"^ juin, les armées autrichiennes agissent Bien sûre que les conditions mises en avant plus haut ne seraient jamais acceptées par la France, TAutriche désire que, pour lui faciliter les moyens de persévérer jusqu'au bout dans la ligne de conduite qu'elle s'est tracée, nous adoptions les formes par lesquelles elle croit devoir passer pour amener le passage de la médiation à la coopération. » a Elle voudrait donc » qu'en articulant ces conditions, la Russie y joignît « même des bases telles que l'indépendance de l'Espagne, de la Hollande, et des arrangements pour l'Italie, nécessaires au rétablissement d'une paix stable. »» Stadion était autorisé « à convenir des principes généraux d'un plan d'opération; » il ne demandait qu'un engagement, celui « quels que puissent être les revers » , de pousser la guerre « avec persévérance et avec tous les moyens » .

Stadion rejoignit les alliés à Wurschen, et là, Nesselrode, par une note du 16 mai, déclara que la Russie ajoutait aux conditions autrichiennes : 5* la séparation de la Hollande; 6* le rétablissement des Bourbons en Espagne ; 7* l'Italie libre dans toute son étendue du gouvernement et de l'influence de la France. Hardenberg a(!héra à cette note du 16 mai, au nom de la Prusse, avec cette adjonction : « Elle [cette paix] devrait être acceptée d'une manière tout à fait positive et sans délai, et la retraite des armées françaises doit suivre immédiatement Tadhésion de l'empereur Napoléon à ces conditions. » « Telles sont, concluait Nesselrode, les principales bases que Sa Majesté considère comme conditions invaria^ blés, » Ces bases principales et invariables ne seront encore que les bases d'une paix préliminaire^ l'Angleterre n'y étant point comprise. L'intervention de l'Angleterre, inévitable au cours des conférences, remettra tout en question.

Le même jour, 16 mai, Stadion assista chez Alexandre à un conseil de guerre où Wolkonski, ToU et Knesebeck disposèrent un plan d'opérations qu'il transmit aussitôt à Vienne. Il s'établit, dit un document russe, « une entente complète

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entre rAutriche et nous sur les propositions ù adresser à la France, de même que sur a la marche à suivre en commun, si nos ouvertures, comme tout nous portait à le croire^ étaient rejetées par Napoléon *. »

Et, cependant, Bubna va « faire valoir» à Napoléon, comme bases a d'une paix continentale possible » : T La dissolution du duché de Varsovie; 2*" la renonciation de la France aux départements d*outre-Rhin en Allemagne, c'est-à-dire aux pays annexés en décembre 1810; 3* le retour des provinces illyriennes à TÂutriche, avec une bonne frontière du côté de ritalie. Il insinuera comme devant être probablement mise sur le tapis par les puissances la renonciation au protectorat sur FÂllemag^e, c'est-à-dire la dissolution de la Confédération du Rhin. 11 insinuera aussi un arrang[ement de frontière entre r Autriche et la Bavière. Il ajoutera que T Autriche a peu d'espoir en l'adhésion de l'Angleterre, qui « ne peut être forcée à la paix que par une paix continentale qui la laisserait entièrement isolée et abandonnée aux efforts de la France » . Ainsi tout est calculé pour attirer Napoléon dans le piège : propositions édulcorées et limitées de l'Autriche, afin de l'induire à la médiation et au congrès ; exigences croissantes, au congrès, afin de le jeter hors de lui-même et de l'amener à rétracter cette acceptation. Si, par extraordinaire, il ne perce point la trame, la prétention insolente de la Prusse, qui rappelle l'ultimatum de 1806, provoquera sa colère et l'entraînera à tout briser. Alors le a tour » sera joué. La France, à laquelle on ne fera connaître que les propositions ostensibles et restreintes de Bubna, les trois premiers points, le minimum (les prétentions autrichiennes, saura que Napoléon a refusé cette paix modérée, conciliante, qui laisse à la France ses frontières naturelles avec la Hollande, l'Italie, peut-être la Confédération du Rhin, bref l'essentiel du Grand empire, et qu'il a rompu l'alliance autrichienne pour s'être entêté au duché de Varsovie, aux villes hanséatiques, à l'Illyrie; qu'il

^ Apen^u des transactions de la Russie, t. XXXI, p. 314.

a méconnu les a admirables conseils donnés sincèrement » par Metternich ' .

Or, averti par Narbonne, Napoléon ne se faisait aucune illusion sur le caractère des propositions autrichiennes, sur les gradaiions qui s'ensuivraient, et il savait que tout dépendait de la guerre. Mais il se trouvait acculé dans une impasse. S'il refusait de négocier sur les bases de Metternich, il assumait devant l'Europe , devant ses alliés, devant les Français, qu'il sentait lui échapper sous main, la responsabilité de la guerre et donnait à TAutriche un prétexte pour se déclarer contre lui. S'il acceptait, il risquait de perdre en pourparlers dangereux, inutiles, à coup sûr, le fruit de sa victoire : il s'enchevêtrait dans le réseau ourdi par Metternich, il permetlait à TÂutriche de compléter ses armements, il laissait, à Tombre de la diplomatie, s'organiser une coalition formidable qui l'étreindrait, le jour où elle se croirait assez forte pour dévoiler ses véritables intentions. Son œuvre tout entière était en jeu. II ne s'agissait pas, comme l'insinuait Metternich, de pacifier l'Europe. Il s'agissait, en renonçant A la dominer, de la voir de nouveau se réunir contre la France. 11 fallait, comme en 1795, comme en 1798, comme en 1800, comme en 1805, 1806, 1809, choisir entre une lutte à mort et le retour pur et simple de la France à ses anciennes limites. C'est du Grand empire que l'on prétend l'exproprier, d'abord, puis de l'empire même et des conquêtes de la République. Napoléon le discernait nettement; toutefois il se flattait encore de tourner les positions de ses adversaires, de les couper, de les diviser et de les déconcerter tour à tour.

Le 14 mai, Gaulaincourt écrivait à Narbonne : a De nouvelles lettres interceptées de M. de Stahrenberg à M. de Nesselrode et de M. de Humboldt au roi de Prusse ne laissent plus de doute sur la duplicité de M. de Metternich. Le roi de Saxe a remis à Sa Majesté toutes ses notes avec l'Autriche. Si les circonstances devenaient graves, ce que l'empereur ne

».TniEB», t. XV, p. 345.

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