L'ENTREVUE DE DRESDE
tendance envers TAutriche et en vue de s'en procurer l'aP liance, ou du moins de s'en assurer la neutralité, l'Autriche l'employait, d'accord avec les alliés, à préparer l'ag^ression for^ midable des trois armées réunies contre Napoléon, et en même temps des diversions qui pouvaient lui devenir funestes, contre, ses lieutenants dispersés dans l'Allemagne du Nord, tant^ pour contenir les peuples que pour ravitailler les troupes. Ces considérations amenèrent les alliés à s'occuper de Berna-" dotte.
Ce Gascon ingénieux, qui d'un coup d'estoc devait, disaitil, anéantir le Corse, et d'un coup de taille les maréchaux, ses anciens compagnons d'armes, tardait fort à traduire sesrodomontades en exploits*. Alexandre craignit que, son épingle tirée du jeu, Bernadotte ne se rembarquât pour son royaume d'adoption, ou du moins ne se contentât d'une guerre^ de contenance, ménageant son armée, afin de s'imposer à tout le monde, lors de la paix. Il le manda près de lui. Le fait| est que Bernadotte, averti que Napoléon faisait cause com-« mune avec le Danemark *, n'avait plus de ressources d'ambition que du côté des alliés.
Il trouva Alexandre et Frédéric-Guillaume au château de* Trachenberg, en Silésie, le 9 juillet. Les militaires qui, le- 16 mai, avaient, à Wurschen, élaboré le premier plan de guerre, en préparèrent alors l'extension. Ils appelèrent Bernadotte à leurs conférences, tant pour s'assurer de son con-^ cours que pour recevoir de sa bouche des avis sur l'art de battre les Français. Les Autrichiens ne signèrent pas au protocole qui fut arrêté le 12 juillet, mais ce protocole réglait néanmoins leur rôle comme si d'ores et déjà il n'y avait aucun doute sur leur participation à la guerre. Stadion, qui se trouvait à Trachenberg, n'en fut pas officiellement informé,* mais il est impossible que sans l'aveu de l'Autriche, Russes,'
* Pisoifo, Bernadotte, ch. un : de StraUund à Trachenberg. Mai-août 1813.* '^— Mémoires de Suremain.
* Le traité qui se négociait depuis plusieurs semaines fut signé le 10 juillet à Copenhague. De Cleiicq, t. II, p. 386. — Fair, t. II, p. 15.
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Pru$sîen8 et Suédois aient ainsi disposé de son continjjent futur à la. coalition. Le plan arrêté à Trachenberg procédait du système napoléonien, ag[ir par masses, attaquer, pousser à fond' :
11 a été convenu d'adopter pour principe général que toutes les forces des alliés se porteraient toujours du côté où les plus grandes forces de rennemi se trouveront...
Les armées combinées doivent, avant lexpiration de l'armistice, être rendues, une partie de Tannée alliée en Silésie, forte de 90 à 100,000 bommcs...,à Jung-Bunziau et Brandcis, pour se joindre dans le plus court délai à Tarmée autrichienne, aBn de former avec elle en Bohême un total de 200 à 220,000 combattants...
L'armée du prince royal de Suède... se rassemhlera avec une force d'à peu près 70,000 hommes,... pour se porter vers l'Elbe,... en se dirigeant de suite sur Leipzig...
L'armée autrichienne, réunie à Tannée alliée, débouchera, d*après les circonstances ou par E(j;er et Ihof, ou dans la Saxe, ou dans la Siilésie, ou du côté du Danube.
Toutes les armées coalisées prendront TofFcnsîve et le camp de Fënnemi sera leur rendez-vous.
Dans ses conversations, avec ses nouveaux amis, Bernadotte les étourdissait, s'étourdissant lui-même de ses hâbleries; çà et là, sa pensée lui échappait. L*Autriche devait être, disait-il àStadion ', a le tombeau de la g^randeur de Napoléon « . Il y travaillait, mais il se piquait de n'y apporter ni haine ni colère. a Parent par mariage avec la famille de Tempereur des Français, longtemps chéri par lui, je ne puis être son ennemi personnel. Je veux bien le réduire aux anciennes bornes de la France^ mais point contribuer à le renverser, et sa famille, du trône. » U n'entendait point se faire « le chevalier errant de la liberté de TEurope. » « C'est pour avoir lu Norvège que je me réunis à la grande cause. » Toutefois s'il advenait que « par une révolution intérieure. Napoléon perdit le trône de France » , il laissait entendre qu'il y pourrait être appelé à sa place. tt On ne veut plus de Bonaparte en France » , disait-il peu auparavant à un Français émigré, a mais on me sollicite de ne
. } RC88IB, t. XXXI, p. 330.
* Rapport de Stadion, 14 juillet 1813. Orckex.
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point agir contre mon pays natal, de ne point perdre par là la popularité dont je jouis. Si Napoléon est culbuté, je puis jouer le plus grand rôle possible, disposer de la régence ^ » C'était un article délicat à toucber avec un Autrichien, mais pour s'y hasarder, il fallait que Bernadette fût certainement hanté de cette idée, a Je doute, disait Stadion, qu'il la perde de sitôt de vue. »
A Straisund, où il revint le 17 juillet, il trouva un brillant encouragement. C'était une lettre de son orageuse amie Mme de Staël, datée de Londres. Elle avait vu le prince régent, Castlereagh, Canning. « L'Angleterre de la Société est venue chez moi. Je regrette la Suède comme une patrie, car c'est votre regard de feu qui est ma patrie. Dieu veuille que la guerre où vous triompherez se renouvelle' ! »
Elle lui apprenait en même temps l'arrivée probable de leur ami Moreau. Le vainqueur d'Hohenlinden n'était point candidat au trône impérial; tout au plus le serait-il au consulat d'une république rétablie par la magnanimité d'Alexandre. « D'ailleurs, écrivait-il à Bernadette, si la nation désire les Bourbons, je les verrais reprendre le gouvernement avec plaisir, sous des conditions qui assurassent la liberté. » Mais si aveuglé qu'il fût par la haine de Napoléon, Moreau ne l'était pas encore au point d'oublier l'horreur qu'inspiraient à ses compatriotes les émigrés alliés de l'étranger. « Je suis prêt, disait-il, à pénétrer en France à la tête des troupes françaises, mais je ne vous dissimule pas ma répugnance d'y marcher a la tête des troupes étrangères. *» Bref une guerre civile, auxiliaire de l'invasion, voilh par quel mouvement tournant il pensait à servir sa patrie !
Alexandre ne le réservait point à ce rôle équivoque. En l'appelant dans son état-major, il y appelait un grand nom, propre à troubler les esprits dans le camp français , un exemple contagieux et peut-être un secret de victoire. 11 ne
* SoRKMAix, p. 887. Cf. Lakoeron, p. 455.
* Ladt Blkrnkiiiia88IET, Mme de Staély i. III. — Gautier, ch. xzu. ' 6 mai 18X4. Pikoacd, ch. xiii et xiv.
song^eait nullement à faire de lui le Monk des Bourbons ni le Washingfton d'une république. Lorsque ses pensées commençaient à flotter vers la France, ce qu'il caressait en rêve, c'était une monarchie constitutionnelle, à la Staël, à la Benjamin*Constant, endettée, désarmée, eng[uirlandée, dont il serait le protecteur et l'idole, etdont le roi, créé par lui, tiré par lui du rang, régnerait à sa discrétion et prendrait, dans son escorte, à sa gauche, son rang à côté de Frédéric- Guillaume. Ces rêveries le rapprochaient singulièrement de Bernadotte, et Bernadotte, dont le flair politique était singulièrement aiguisé, ne laissa point de se prêter à ce jeu. Il commença donc à ourdir sa toile, et s'en alla, bourdonnant de droite et de gauche, partout où il soupçonnait quelque mécontent à qui s'accrocher, u Si nous tombions d'un nuage, Moreau, vous et moi, au milieu de la place Vendôme, écrivait-il à Lafayette, nous serions d'abord un peu embarrassés de nos personnes, mais qui sait s'il n'en résulterait pas une révolution? » Et voilà une intrigue nouvelle qui mûrissait à l'ombre de l'armistice, s'enchevétrant dans la trame, si compliquée déjà, de Melternich.
Le congrès de Prague ne fut qu'un solennel trompe-l'œiP. Tout s'y écoula en formalités, tout se passa en manèges, fausses entrées, fausses sorties, jeux de mise en scène. Le 12 juillet le plénipotentiaire russe, Anstett, et le Prussien Humboldt arrivèrent. Ils étaient les premiers; ils tenaient à occuper la place, car leur rôle dans la comédie consistait à tout empêcher' : l'objet du congrès, disaient les instructions d' Anstett, est de préciser les conditions réelles de la paix et
' «Nul Congrès ne fut plus dérisoire >, NESSELnoni, Autobiographie. * Mauteks, t. 111, notice sur le traité de Tœpliu du 9 septembre 1813.
d'amener rAutriche à se convaincre de Tinipossibilité de vivre en paix avec Napoléon, c'est-à-dire de lui déclarer la guerre. Le congrès, s'il conduisait à quelque chose, ne devait conduire qu'à une entente sur des conditions préliminaires : si l'Autriche semblait vouloir modérer celles qui avaient été arrêtées à Reichenbach, Anstett s'y opposerait et réclamerait aussitôt des conditions plus rigoureuses. Si Napoléon les acceptait, Anstett dirait qu'il n'avait pas de pouvoirs pour traiter, même sub spe rati; il ne pourrait que prendre note ad référendum du consentement de Napoléon. Enfin, les alliés ne devaient pas perdre de vue qu'aucune paix définitive ne pouvait être conclue sans le consentement de l'Angleterre. Anstett personnellement ennemi de Napoléon, n'avait qu'à consulter sa haine pour pénétrer à fond ses instructions'. Humboldt en reçut d'analogues.
Metternich, avant de se rendre à Prague, alla prendre les ordres de l'empereur au château de Brandeis, et tâcha d'enlever enfin son consentement définitif à la guerre, car il avait dû négocier^ subtiliser avec son maître autant qu'avec Napoléon et avec les Russes. François II, esprit court et sournois, s*inquiétait encore, il n'osait pas, sans nécessité démontrable, affronter ce scandale : la rupture avec son gendre, et affronter ce péril : une quatrième guerre avec Napoléon, sur la frontière d'Autriche. Il fallait l'y amener pas à pas; ail fallait que Napoléon en prononçât le mot et le forçât de rompre». Metternich s'employait à le « familiariser» avec l'idée de l'impossibilité d'éviter la guerre dans le cas où Napoléon refuserait une paix basée sur « un juste équilibre ^ » . Ce prince, dont les scrupules n'étaient, en réalité, que des précautions, s'effrayait, parfois, du jeux dangereux de son ministre. Il le jugeait trop téméraire et aussi trop roué; mais, au fond, il se sentait d'accord avec lui, et désirait qu'il réussit.
' Anstett, d^origine française, mêlé depuis 1805 à nombre d'intrigues angloroues contre Napoléon. Rapport de Narbonne, 10 juillet 18L3. — Fain, t. II, p. 7Î — Erwouf, p. 560-570.
* Rapports du comte E. Hardenberg; entre autres 2 mai 1813.
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Il voyait eu Metternich, et non sans quelque souci de jalousie, un autre lui-même, plus intelligent, qui l'offusquait; cependant il le suivait, mais sur la pointe des pieds, se retournant incessamment pour s'assurer que la retraite restait libre. Il le laissait s'engager de façon à profiter de la guerre si elle devenait inévitable ou se présentait à son avantage; en même temps il réservait son consentement, de façon à pouvoir <]onner, sans pécbé, toutes les paroles d'bonneur qu'il faudrait à Napoléon, au cas où Napoléon se prononcerait pour la paix, au cas surtout où il l'emporterait dans la guerre, ce qui lui permettrait d'alléguer sa bonne foi et d'obtenir quelques adou- •cissements.
Pour le persuader, Metternich lui adressa, le lâ juillet, un long mémoire apologétique où toute sa manœuvre était résumée. L'empereur le lut; mais ne se rendit point encore. Le lendemain, en arrivant à Prague, Metternich vit Humboldt. <( En me donnant clairement à entendre qu'il croyait la guerre inévitable, écrit ce ministre ^ il disait qu'il fallait montrer l'impossibilité d'une paix solide, jusqu'à la dernière évidence, par les négociations actuelles, à l'empereur François. »
Cette paix solide^ les nouvelles d'Espagne la découvraient plus proche qu'on n'eût osé l'espérer. Vittoria apparaissait, •décidément, comme un désastre. « Le désordre » , écrivait Bubna, le 5 juillet, de Dresde où il recueillait les impressions, a doit être pareil à celui de la retraite de Moscou; les généraux français ont perdu toute leur artillerie, tous Ie& bagages, y compris ceux du roi;... ils doivent se trouver coupés de la communication avec Bayonne. » Bernadotte étant lié*, Metternich s'occupait de Murât. Mier lui mandait deNaples : a Le roi refuse les 20,000 hommes que lui demande Napoléon. Si les gazettes françaises continuent à l'insulter, il renverra le ministre de France. » Tous les procédés de l'empereur le persuadent de plus en plus que l'empereur Napoléon nourrit
' Au chancelier Hardenberg, 13 juillet 1813.
* Il le fut eacore davantage par un traité, 22 juillet, avec la PruMe. TaBiT8CHK.ff, t. I, p. 468.
contre Jui des projets hostiles... qu'il ne faut plus qu^un séna-^ tus-consulte pour le priver de son royaume. » Napoléon ne le ménagée qu'à cause de la guerre : victorieux, il sévira. « Leurs Majestés attendent avec impatience la réponse aux propositions de Gariati pour savoir la marche à suivre en cas de guerre entre TAutriche et la France. Le roi est toujours décidé à soutenir nos intérêts. Veuillez bien me donner vos instructions... » Ces instructions furent précises : a Le roi veut-il, jusqu'à ce que les événements se soient développés, observer la neutralité? En ce cas, il ne doit point gêner nos opérations, et il devrait en venir à un arrangement secret, en ce sens. Veut-il prendre une part active à la guerre? En ce cas il faut en venir à un traité en forme avec rAutriche et adhérer à la coalition. » Metternich promettait un secret absolu, et il ajoutait cette insinuation : « Nous partageons la conviction que le roi ne peut assurer définitivement son existence qu'en la liant à celle de l'Autriche. Gomment effectivement se cacher qu'il en a trop fait pour ne pas s'être attiré toute l'animadversion de l'empereur des Français'? »
Cependant les plénipotentiaires français ne se hâtaient point de paraître. G'est que l'hésitation des alliés à prolonger l'ar* mistice, les retardements des conférences ouvertes à ce sujet à Neumarck ', la prétention de l'Autriche de s'assurer la direc* tion du congrès, de se faire le courtier et l'agent de change privilégié de la paix et de percevoir en nature ses honoraires; ses armements, les mouvements trop peu équivoques de ses troupes, les allées et venues de diplomates et de militaires au quartier-général russe, les avis secrets que reçut Napoléon sur les conférences de Trachenberg, confirmaient ses soupçons secrets. L'Autriche marchait-elle à la guerre? Jusqu'au dernier moment il hésita à le croire. Le 16 juillet seulement, il
' Voir ci-dessut p. 102. — Mier à Metteroich, 29 juin 1813. — Metternich à Mier, 16 juillet et 3 août 1813. IIkcfert, Murât; Marie- Caroline. — Correspondance de Kentinck. Weil, t. I, p. 53-172
* Sar cette n^ociation et les incident» multiple^ auxquels elle donna lieu, et let cooférenceii de Meainarck, voir Fain, t. II, ch. vu, et pi(*cct«. — Uussië, t. XXXI, p. 318. — MABTESi», t. III, p. 110. — Oncken, t. II, p. 653.
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dé8ig[na pour plénipotentiaires Narbonne et Gaulaincourt; il ne signa le décret que le 18.
L'empereur veut la paix, écrivit Maretà Narbonne", mais si elle ne doit pas avoir lieu, il faut faire en sorte qu'il n'ait pas à se déclarer avant le 10 août et que les hostilités ne recommencent que le 1" septembre. « Les événements d'Espag^ne — l'évacuation de Madrid, la bataille de Viltoria — donnent des motifs importants pour chercher à gagner du temps. » L'empereur veut connaître la véritable situation des choses dans ce pays. Il veut attendre la récolte : a Sa Majesté a besoin en ouvrant la campagne de trouver les granges pleines » et de mesurer « l'immensité des forces » qu'il concentre en Franconie, en Bavière, en Italie. Enfin il espère que les passions s'apaiseront et que le jeu de la diplomatie utilisera le délai, au moins autant que l'activité des intendants. Napoléon se rend compte de l'intérêt de l'Au-* triche à prolonger l'armistice : Metternich a espère la paix •> , il a besoin de temps pour les négociations; il arme, et il sera plus fort le 1 septembre que le 1 août ; donc il doit se prêter à la prolongation de l'armistice, et Napoléon se flatte d'en profiter malgré lui, contre lui au besoin. « Si l'espoir d'en* traîner T Au triche oblige les ennemis à prolonger les négociations jusqu'en septembre, c'est ce que désire l'empereur, écrit encore Maret*. Ou si les alliés dénonçant l'armistice, l'Autriche reste tranquille et les négociations continuent, c'est ce que l'empereur préfère. Il est assez fort pour laisser un corps d'observation de 100,000 hommes à Dresde, et aller écraser les Russes et les Prussiens. Ces trois chances, calculées à Dresde, lors de la convention du 30 juin, sont toutes favorables » . Quant à penser que l'Autriche dénoncerait elle-même l'armistice et se tournerait contre la France, il s'y refuse, malgré tous les indices qu'il en a : " Si l'Autriche se prononçait contre nous sans nous entendre, il n'y aurait rien à faire. Mais on ne peut s'arrêter à cette
> 17 juillet 1813.
* A Narbonne, 23 juillet 1813.
proposition... » Elle n'est pas prête; il lui faudra quarante jours.,.
Les instructions dressées le 22 juillet pour Narbonne et Caulaincourt, leur prescrivent de ne « rien se permettre qui ne respire le désir de la paix, et d'une paix honorable. Ils ne doivent pas presser la marche des nég^ociations... Ils laisseront tout dire et répondront en prenant ad référendum. Ils expédieront un courrier en attendant la réponse. » a Sa Majesté ne rejette pas la possibilité que de nouvelles circonstances, de nouvelles combinaisons ne le portent à rentrer dans un système avec rAutriche, mais dans la situation actuelle des choses, telle n'est pas sa pensée. » L'Au* triche étant médiatrice, n'a rien à demander ni rien à obtenir, ft Une cession l'encourag^erait à en vouloir une nouvelle. Il est donc dans l'intérêt de la France qu'elle ne ^agne.rien. » Quant aux bases, n'en indiquer qu'une seule : VUti possideiis ante bellum, a II ne peut être question dans les nég[Ociations que des États dont le sort a changée depuis 1812 et non auparavant. » Suivaient des prescriptions minutieuses sur les précédents, la communication des pouvoirs, le cérémonial, les nég^ociations écrites, tous les préliminaires et tous les délais de procédure. En transmettant ces instructions A Narbonne, Maret les commente : « Vous ne vous prêterez jusqu'à nouvel ordre à aucune communication officielle; vous vous bornerez aux relations d'étiquette et de politesse. »
Napoléon ne désespère pas encore, çrâce à ces complications de forme et sous le manteau, de s'insinuer entre les ciliés et de les divisera On lit dans l'instruction commune du 22 : tt L'intention de l'empereur est de négocier avec la Bussie une paix qui soit glorieuse pour cette puissance et qui fasse payer à l'Autriche, par la perte de son influence en Europe, le prix de sa mauvaise foi et la faute qu'elle a commise en violant l'alliance de 1812 et en ramenant ainsi l'une vers l'autre la France et la Russie. » Le lendemain, 23,
* BiGBOs, t. XII, ch. IV et v. — Faiî», t. II, ch. vu. — Edkoijf, ch. lxiii, noies de Maret, — Lefebvre : Le congrès Je Prague.
160 LA MEDIATION AUTRICHIENNE. — 1813.
Maret mande à Narbonne : a Vous ne sauriez être trop bien avec M. de Metternich. L'éloignement que montrent les Russes pour négocier est une raison de voir si Ton peut s'arranger avec TAutriche. Sa neutralité nous donnerait gain de cause. » Maret conclut : « Vous recevrez avec cette lettre plus de pouvoirs que de puissance ; tant que la convention ne sera pas signée à Neumarck, vous devez avoir les mains liées, n Instruit qu'elle le serait incessamment, Napoléon partit, le 24, pour Mayence, où il avait appelé Marie-Louise. Il voulait préparer cette impératrice à la rupture officielle avec TAutriche, et en même temps maintenir entre elle et son père des relations de famille qui permettraient, le moment venu, de renouer avec l'empereur François et son gouvernement. Il tenait à manifester devant l'Europe sa foi conjugale, son amour paternel et à montrer que ses attachements de cœur n'étaient point à la merci de la politique'. Il pensait à la mort, surtout depuis qu'il avait vu tomber tout près de lui Bessières et Duroc; peut-être même l'avait-il cherchée, peut-être se verrait-il contraint de la chercher dans le désastre : la régence de l'impératrice lui apparaissait alors comme le salut de l'empire et la garantie du roi de Rome '^. Il désirait donner à Marie-Louise ses instructions dernières. Enfin il se préoccupait d'assurer la retraite en cas de guerre malheureuse.
Lorsque Gaulaincourt connut ses instructions, il les déplora. Sa conviction de la nécessité de la paix en était heurtée, son zèle entravé, sa politique déconcertée. Il l'écrivit à l'empereur : u Quelle que soit ma répugnance pour des négociations si illusoires, je me pénètre avant tout de mes devoirs et j'obéis. Demain je serai en route... » Il supplia l'empereur de ne point rendre, de son chef, la rupture inévitable avec l'Au-
* « Quand ce voyage 8era connu à Pra{;ue, dire que Sa Majesté 8e rendant à Wiirzbourg, n'a pu résister au dé^tir de l'impératrice et à son désir de passer trente-siz ou quarante-huit heures avec cette princesse. » Mnret à Narbonne^ 24 juillet 1813.
' Frbdéric Masson : Marie- Louise y p. 496-500 : correspondance entre Marie-> Louise et son père. — Napoléon et son fils, ch. iv.
triche : « L'Autriche est déjà trop compromise pour reculer, si la paix du continent ne la rassure pas. Votre Majesté sait bien que ce n'est pas la cause de cette puissance que j'ai plaidée près d'elle... Certes... ce ne sont même pas ses 150,000 baïonnettes que je veux écarter du champ de bataille, quoique cette considération mérite bien quelque attention, mais c'est le soulèvement de F Allemagne que le vieil ascendant de celte puissance peut amener, que je supplie Votre Majesté d'éviter à tout prix * . »
Il était trop tard. Les envoyés de Russie et de Prusse demandèrent à Metternich ce que ferait l'Autriche si Napoléon rompait l'armistice avant le 10 août. Metternich répondit, le 23 juillet, que son maître considérerait cet acte comme une offense au médiateur, et que les alliés pourraient, du fait même, entrer en Autriche. Il ne négociait plus que pour atteindre le terme fixé par Schwarzenberg.
Le 25 juillet une conférence se tint entre ce général, Metternich et Radetzky. Informés des engagements pris par Bernadotte à Trachenberg, les Autrichiens décidèrent, sur la demande de l'empereur Alexandre, que le corps russe « destiné à se rendre en Bohème pour lier ses opérations à celles de l'armée autrichienne pourrait entrer dès le 10 août si, le 9, la paix préliminaire n'était pas signée. Alors seulement les alliés consentirent à ratifier la prolongation de l'armistice convenue, verbalement, le 30 juin, entre Napoléon et Metternich*. L'empereur François ouvrait ainsi éventuellement sa frontière aux Russes.
La Russie et la Prusse étaient liées l'une et l'autre à l'Angleterre. L'Angleterre dit alors son mot, qui, désormais, dans toutes les affaires de la coalition, demeura le dernier. Le général anglais Nugentse trouvait à Prague, en relations avec Metternich, en communication avec lord Cathcart, resté près des alliés. Ce lord lui communiqua des instructions qu'il avait reçues de Gastlereagh, en date du 5 juillet. Nugent en con-
' BiGsov. — Thierb.
' ConyeDtion de Neumarck, S6 juillet 1813. Faih, t. II, p. 16S.