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qu'il va perdre, inévitablement, s'il en est repoussé, ce sont ces têtes de pont, ces avant- postes, que le Comité de Salut public de Fan III et le Directoire avaient successivement dessinés sur la carte, conditions de la conquête et de la conservation des « limites naturelles » . Mazarin et Louis XIV, pour se pousser au Rhin, par TAlsace, avaient consenti les sécularisations dans TAllemag^ne protestante et organisé la Lig^e du Rhin ; pour s'assurer les Flandres et la Comté, la France dut envahir l'Allemagne et les Pays-Bas : c'est en Hollande qu'elle avait conquis ces pays, c'est en Hollande qu'elle faillit les perdre, le jour où la Hollande échappa à sa domination. De même, et plus en grand, la République et l'Empire pour assurer à la France le Rhin tout entier, de Huningue à la Hollande, consommèrent, en Allemagne, l'œuvre des sécularisations, créèrent la Confédération du Rhin, subjuguèrent la Hollande puis l'annexèrent. Pour y soumettre l'Autriche, il fallut l'expulser de l'Italie, et pour garder l'Italie, posséder les passages et mettre la Suisse en tutelle. Colbert et Louis XIV avaient rêvé la domination de la Méditerranée; la République avait projeté, et Napoléon entrepris d'en faire un lac français. Comme l'Angleterre n'y consentait point, qu'elle n'admettait pas plus la France maîtresse de Gênes, souveraine de Naples, tutrice de l'Adriatique que régente d'Anvers, Sieyès imagina et Napoléon accomplit, pour la réduire, le système continental, c'est-à-dire la coalition du continent contre l'Angleterre.
Désormais ce système vacille et on va le voir se miner et «'écrouler, mur après mur, tour après tour, comme il a été construit. Dans cette destruction de la Révolution et de l'Empire, le blocus, aux mains de l'Angleterre, se retourne contre la France et la coalition se renverse. Les alliés vont prendre le Grand empire à revers, l'histoire à rebours, déloger successivement la France de tous ses retranchements : le duché de Varsovie, Danzig et les villes hanséatiques, les côtes de la Baltique et celles de la mer du Nord, la Confédération du Rhin, la Hollande, la Suisse, la Belgique, l'Italie ; franchir les
fleuves, TElbe, le Rhin, anéantir les dig^ues et barricades élevées par elle, et, de barrière en barrière, la refouler par tous les chemins par où elle a passé. Il leur faut renouveler et regagner les batailles perdues, dérouler et déchirer les traités, anéantir la Moskova : c'est fait en décembre 1812; anéantir Friedland et Tilsit : c'est fait à Kalisch, à Reichenbach, de février à juin 1813; anéantir Wagram et Vienne. C'est ce que Metternich a prétendu faire à Prague, et cela fait, restent Presbourg, Amiens et Luné ville. Ramenés au point où ils se trouvaient en 1798, les alliés prétendront accomplir ce qu'ils projetaient alors et ce qu'ils firent en partie : chasser les Français de l'Italie, rendre Naples aux Bourbons, Milan à l'Autriche, s'emparer de la Hollande et de la Belgique, afin de les échanger, en6n reconquérir la rive gauche du Rhin, ramener la France aux anciennes limites et les rogner même si faire se peut. Us n'avaient conçu que deux motifs de subir ces conquêtes : la force delà France et les indemnités qu'elle distribuait : la force abattue, les indemnités resteront et les dépouilles les vont décupler. Quelle raison d'État leur conseillera de tolérer quand la France sera vaincue, une extension de la puissance française qu'ils ont, à tant de reprises et avec tant d'acharnement combattue! La modération? Us ne l'ont jamais connue, et qui la leur aurait enseignée, depuis 1792? La justice? Us ne pratiquent que la vieille loi d'Israël, la loi du talion, et en fait de droit public, les représailles. Telle est la symétrie de cette histoire : les mêmes motifs qui ont conduit la France à conquérir le continent et à le bouleverser mènent le continent à conquérir et à démembrer la France.
La coalition étant victorieuse, c'est d'après les desseins avortés des coalitions vaincues de 1793, 1799, 1805, 1807, 1809 qu'il faut juger les desseins de 1813. Alors, on en découvrira Tenchainement, et considérant par quels liens ils tiennent au passé, on en comprendra la persistance, on se rendra compte qu'il existait dans l'esprit des alliés une idée de derrière la tête, fort ancienne, fort invétérée, qui donne la clef de tous les ac-
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cords, en décèle le secret, qui en un mot, mène toute raffaire '. L'histoire se continue, en ses alternatives. Les alliés veulent réduire Napoléon au minimum possible de puissance, mais ils ne découvrent leurs intentions que par degrés, dès que la guerre leur permet de les réaliser. C'est pourquoi , ils négocient en combattant. Napoléon ne cédera que ce qu'il jugera perdu sans retour; ainsi à Prague : le duché de Varsovie, rillyrie, puis au dernier moment, la Confédération du Rhin, une partie de la 32* division militaire. Sur TElbe, les alliés exigent F Allemagne, la Hollande, l'Italie; sur le Rhin ils exigeront: la rive gauche allemande et la Belgique, les anciennes limites. Comme Napoléon a dicté cette parole « qu'il faudrait, pour l'obtenir, que 500,000 hommes fussent campés sur les hauteurs de Montmartre» , les alliés pousseront à Montmartre et traiteront dans Paris. S'imaginer, dans cette marche, une autre interruption possible que celle d'une victoire des Français, c'est créer un obstacle qui n'existe nulle part ni dans les esprits des hommes, ni dans la nature des choses, qui n'a pas arrêté la France quand elle est sortie, en 1792, de ses anciennes limites, qui n'arrêtera pas davantage les alliés en 1813, lorsqu'ils sont maîtres de Ty faire rentrer. C'est donc la guerre qui, jusqu'à la fin, décidera de tout.
' Comparez l'état des choses en 1709, au temps du préliminaire de la Haye. « J'étais convaincu, dit Saint-Simon, que pas un ne voulait la paix, de rage contre la personne du roi et de jalousie contre la France, tous avaient saisi un prétexte plausible de Técartcr. • Il s'agit alors de forcer la France à renoncer à l'Espagne et d'entamer ses frontières. « Leur dessein ne tendait qu'à une destruction générale de la France. » — Voyez les quarante articles des préliminaires de la Haye, sans parler de ce que prétendaient, lors de la négociation générale pour la paix définitive, l'Empire, le roi de Prusse et, le duc de Savoie! C'est alors que Louis XIV fit appel à la nation : « Plus j*ai témoigné de facilité et d'envie de dissiper les ombrages que mes ennemis affectent de conserver de ma puissance et de mes desseins, plus ils ont multiplié leurs prétentions, en sorte qu'ajoutant par degrés de nouvelles demandes aux premières... ils m'ont également fait voir que leur intention était seulement d'accroître aux dépens de ma couronne les États voisins de la France et de s'onvrir des voies faciles pour pénétrer dans l'intérieur de mon royaume, toutes les fois qu*il conviendrait à leurs intérêts de commencer une nouvelle guerre. Celle que je soutiens et que je voulais finir ne serait pas même cessée quand j'aurais consenti aux propositions qu'ils m'ont faites. ■ Saist- SiMOn, éd. Boislisle. — Journal de Torcy, 1700-711, publié par Frédéric Masson.