‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 36 sur 103 · VUES DES ALLIES SUR LA PAIX · texte numérisé non relu

VUES DES ALLIES SUR LA PAIX

u amis de l'Autriche » à Paris '. Plus que jamais, il croit pou- Toir compter sur Talleyrand. Il se flatte de trouver en lui le collaborateur qu'il lui faudra, pour installer la régence et la conduire ensuite à Tautrichienne. Il est instruit des vues de Talleyrand sur la paix, et ce sont précisément celles qu'il veut faire prévaloir. Il aura plus de mal à y gagner les Français. Il y parviendra par des jeux de perspectives habilement gradués. «Connaissant à fond l'esprit public en France, raconte-t-il, j'étais convaincu que pour ne pas l'aigrir, pour lui présenter plutôt un appât qui serait saisi, on ferait bien de flatter l'amourpropre national et de parler, dans la proclamation, du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, comme étant les frontières naturelles de la France... Dans le but d'isoler encore davantage Napoléon, et d'agir en même temps sur l'esprit de l'armée, je proposai, en outre, de rattacha' à Vidée des frontières naturelles f offre des négociations immédiates ^... » D'ailleurs et en même temps, il proposerait « de porter la guerre sur l'autre côté du Rhin, au cœur de la France. » On verrait l'effet que produirait l'invasion sur l'esprit du peuple, on serait nanti et l'on demeurerait maître de donner aux propositions, en cas de congrès, et selon les occurrences de la guerre, plus ou moins d'étendue, car on négocierait en marchant : dans aucun cas, il ne serait accordé d'armistice. Si Napoléon accepte les bases qu'on lui présentera et si la guerre tourne à l'avantage des alliés, ils feront à leur gré, reculer la frontière, par le jeu même de la négociation engagée avec plus ou moins d'équivoque sur les limites des Pyrénées, des Alpes et du Rhin. La hase se déplacera avec le terrain de la négociation et la personne même des négociateurs. Si Napoléon, qui ne sera certainement pas pris à la supercherie, refuse, il est perdu dans Topinion. Son refus est dénoncé au public, et le public ne lui pardonnera pas. Le procédé est classique : les alliés en ont déjà fait l'expérience ^; il réussira contre Napoléon, comme

' Cf. t. VII, p. Î7», 331, 333, 334, 336, 469. ' Mémoires, t. I, p. 172, Î6S.

» Cf. i. VI, p. 508.

jadis contre Louis XIV, et plus sûrement, Napoléon ne possédant que le prestige personnel, sans la tradition dynastique *•

L'empereur François approuva ce plan qui a réservait la plus large part aux événements » . Le plus difficile était d'y amener Alexandre.

Metternich lui représenta qu'il ne serait point fait d' « ouverture » en forme, que Ton ne présenterait les bases que d'une façon non officielle et à titre d'indication officieuse en vue dune négociation préliminaire ; que, cependant la guerre continuerait et que Ton resterait maître d'élever les exigences. Mais, objectait Alexandre, ainsi que naguère aux quatre points : « Si Napoléon, confiant dans les hasards de l'avenir, prenait une résolution prompte et énergique et acceptait cette proposition afin de trancher ainsi la situation? » Metternich répondit — et c'était sa conviction

— que tt jamais Napoléon ne prendrait volontairement ce parti » .

Alexandre savait, d'ailleurs, que l'on ne s'engageait à rien, car la négociation ne pouvait s'ouvrir et la paix définitive se conclure que du consentement de l'Angleterre. C'était, au fond, revenir à l'esprit et aux gradations du traité d'avril 1805, ce vade mecum du tsar. Il se rendit, mais non sans poser ses réserves, dont la principale était l'assurance que Napoléon n'accepterait pas : tt Répugnant à l'idée d'agiter avant le temps une question d'autant plus délicate — la déchéance de Napoléon

— qu'elle n'était pas indifférente aux sentiments personnels

< II faut se reporter encore, en cette rencontre, aux n%ociationt de 1709| tt lomineuses par le reflet. Le duc du Maine écrit le 3 juin 1709 à Mme de Maintenon... « Sous ombre de parler de paix, ils n'ont songé qu'à mieux asséner lecoap mortel qu'ils nous préparent depuis longtemps. »

H C'est le cœur des Français pour leur maître qu'il faut que le roi fasse reTenir. Ce cœur et ces entrailles du peuple... il les a possédés tant qu'il a été connu psr lui-même, et il a été le plus grand roi du monde, ses conquêtes n'ayant eu pour bornes que sa propre yolonté... Or.., ce peuple a cru être sacrifié an désir immodéré qu'avait son roi d'étendre ses frontières... Ils (les Fran<^is paraissent avoir épousé les discours de nos ennemis, qui publient, pour rendre notre aimable maître odieux aux nations, qu'il aspire à la monarchie universelle... <• De Bois- LiLE, Saint-Simon, t. XVI 1, appendice X.

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