‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 37 sur 103 · VUES DES ALLIES SUR LA PAIX. — 1813. Î · texte numérisé non relu

VUES DES ALLIES SUR LA PAIX. — 1813. Î

d'un de ses plus intimes alliés » , l'empereur François, craignant que s'il s'opposait à toute négociation, TÂutriche et peutêtre la Prusse ne renonçassent à la marche en avant ; « renfermant dans son cœur le secret de la paix » , et subordonnant toutes les transactions avec ses alliés à son objet réel, qui était de « les entraîner avec lui sur la rive gauche du Rhin ff , il prévoyait u qu'à mesure que les événements se prononceraient en faveur des cours coalisées, elles seraient facilement disposées à hausser leurs prétentions; que, d'après cela, les conditions de la paix devenant plus onéreuses pour le cabinet des Tuileries, celui-ci en serait d'autant moins accessible aux conseils de la prudence ; enfin que le sort des armes pourrait seul faire naître des combinaisons assez décisives pour amener la chute de Napoléon ' » . Puis, assuré qu'il ne se liait point les mains ni ne se détournait des voies qu'il s'était prescrites, il donna licence à Metternich.

Ce ministre trouva sous sa main l'homme dont il avait besoin pour remplir l'emploi de « messager » dans la tragicomédie de haute intrigue qu'il préparait. C'était le baron de Saint-Âignan, ministre de France à Weimar, beau-frère de Caulaincourt, qui passait pour subir, comme lui, l'influence de Talleyrand; homme du monde et diplomate de carrière, possédant précisément la dose de n sérieux » et de fatuité qu'il fallait pour être dupe des uns, et, sans le vouloir, duper les autres.

Il fut pris à Weimar, le 24 octobre, et emmené prisonnier, à la suite de la chancellerie coalisée. Metternich, qui le connaissait, l'entreprit le 26 octobre, en propos vagues et généraux sur la paix et sur le tort que s'était fait Napoléon en refusant de comprendre et de suivre ses conseils *. « L'empereur, lui dit-il, se fait illusion depuis deux ans. Il a cru faire la paix

' RvMiE, t. XXXI : Déclaration des cabinets alliés, événements qui accompagnèrent l'entrée des alliés à Paris, — Maitehs t. IV, p. 150.

* Rapport de Saint-Aignan, 10 novembre 1813. — Comparez avec le texte tronqué imprimé par le Moniteur supprimé, 20 ji^vier 1814, et reproduit dans AacBBBAG, le texte complet qui est dians BiOBroN, t. XIII, p. 23. — Voir Tbibrs, t. XVII, p. 103. — D'HAUSSomrxixK, Mélanges : le congres de Gbâtillon.

à Moscou; ensuite, il s'est persuadé qu'il la ferait à Dresde et que nous ne pourrions lui foire la guerre. Maintenant qui peut calculer les suites de cette campagne? Nous voulions sincèrement la paix ; nous la voulons encore et nous la ferons; il ne s'agit que d'aborder la question franchement et sans détour... Le duc de Vicence sait qu'il y a entre nous, sous le sceau du secret, un écrit qui pourrait faire conclure la paix en soixante heures'. L'empereur Napoléon l'a accepté à deux articles près. Il a fallu déclarer la guerre... Dans une conversation de neuf heures avec l'empereur, je la lui avais annoncée cinq fois, mais rien ne pouvait le lui faire croire, n Metternich exprima la crainte que le caractère de l'empereur Napoléon ne fût un obstacle à la paix; qu'alors ce serait une guerre désastreuse ;... que l'Allemagne aurait, par elle-même et d'un mouvement spontané, 300,000 hommes de plus sur nos frontières ; ... « que les Allemands étaient un peuple doux, honnête et éloigné de toute violence; que ce peuple n'était en révolution que parce que l'empereur Napoléon l'avait froissé, n'avait rien fait pour lui et avait exaspéré les souverains... « Il ajouta que « l'Angleterre était bien plus modérée qu'on ne pensait » , mais il eut soin d'insinuer l'indépendance de la Hollande. Il se garda bien de confier à Saint-Aignan le secret de la paix en soixante heures : les propositions communiquées alors à Gaulaincourt s'éloignaient trop de celles que Metternich entendait poser désormais. Il suffirait d'avoir lancé la phrase qui ferait son chemin. Parler d'un tel secret, c'était inciter chacun à le deviner, et chacun le devinerait selon ses désirs, le propagerait à sa guise, et le mystère y donnerait une sorte d'authenticité. Bref, par la légende, il préparait Saint-Aignan au stratagème. Toute cette conversation, destinée aux confidences et indiscrétions, n'avait pas d'autre objet que de tromper la galerie, de nourrir les illusions des abusés, comme Gaulaincourt, et de fournir des arguments aux habiles^ comme Talleyrand.

* Sur ce secret f voir ci-dessus, p. 171*172 ; sur les conceptions de Napoléon, p. 191-198, 174176.

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