LES OUVERTURES DE FRANCFORT. — 1813. Î
Le 29 au soir, jugeant Saint-Aig[nan en bon point, Metternîch écrivit à Schwarzenberg : a J'ai arrangé cette affaire avec l'empereur Alexandre, et nous allons expédier Saint- Aignan à Fempereur Napoléon avec une réponse aux ouvertures qu'il a faites à Merveldt. » Toutefois il ajourna l'expédition, quelques points restant à fixer. Ils le furent le 29 au soir, à Meiningen, par où passait Tauguste cortège. Frédéric- Guillaume était absent. Hardenberg, lorsqu'il connut le projet, le désapprouva. Quant à lord Aberdeen, Metternich feignit avec lui de croire que Napoléon accepterait les conditions. Aberdeen, inclinant de sa personne aux ménagements, en serait séduit; mais il ne manquerait pas de prévenir son gouvernement, et rien ne serait convenu, même sur les bases préliminaires, tant que Ton n'aurait pas l'adhésion des ministres anglais.
Dans tous les cas, il fut, dès l'abord, bien établi, et dans la suite les négociateurs anglais en prirent acte plus d'une fois, que les propositions de Metternich, ses ouvertures éventuelles aux Français, ses proclamations, et en général toute sa procédure, n'avaient qu'un caractère officieux, de sorte que les Anglais pourraient, le cas échéant, en a rejeter les pièces »... « comme étant officiellement inconnues à eux\.. i» Metternich fut chargé de rédiger la proclamation qui insinuerait l'équivoque, l'âme de toute la machination.
Les alliés avaient décidé de faire étape à Francfort. Metternich y arriva le 4 novembre, en premier ministre de la coalition'. La ville se remplit de diplomates, de généraux,
> Voir ci-aprèa, 212, 249, 297.
* Il se qualifie lui-niême de « ministre de la coalition. » Lettre à Caulaincoart, 15 férrier 1814. — Faih, Manufcrit de 1814, p. 313. — Fournier, Châtiilon.
de solliciteurs, d'intrigants, tout un quartier g^énéral, tout un congères ambulant : Hardenberg, Humboldt, Rnesebeck pour la Prusse; peu après Stein, nommé administrateur des pays conquis '; Stadion, ad latus de Metternich; Nesselrode qui prenait de plus en plus d'importance dans les affaires russes; Pozzo, Ânstett; les lords Gathcart et Aberdeen,sir Charles Stewart; les deux empereurs enfin. Le roi de Prusse, seul, manquait encore. La vieille cité se mit en fêté, tirant des greniers les drapeaux allemands et les lampions éteints depuis les fameuses fêtes du couronnement de François, en 1792*. L'entreprise de démembrement et d'affaiblissement de la France que l'on méditait alors au milieu des banquets et des bals et que la Révolution avait si violemment déconcertée, se reprenait au bout de vingt et un ans, et, cette fois, rien ne semblait plus la devoir arrêter que la modération seule ou la magnanimité des alliés. Tout respirait la guerre. Le 7 novembre, une conférence eut lieu entre Schwarzenberg l'Autrichien Radetzky et le Prussien Gneisenau. Les chefs d'état-major développèrent chacun leur plan *. Radetzky pro^ posait de se refaire, de se reconstituer à Francfort et de ne reprendre les hostilités actives que le 20 novembre ; Gneisenau opinait pour le passage immédiat du Rhin entre Mayence et Strasbourg par la grande armée, celle de Schwarzenberg, tandis que Blûcher envahirait la Belgique et délivrerait la Hollande. Puis on s'ajourna.
Metternich profita de ce répit pour amorcer sa négociation, et il le fit en metteur en scène consommé, par un acte de haute comédie, où il joua, dans le grand style, le personnage de Scapin de Cour et d'État.
Saint-Aignan avait été voiture jusqu'à Francfort. Le 8 novembre, Metternich le manda et reprit ses propos, en les précisant : « Personne n'en voulait, dit-il, à la dynastie de l'empereur Napoléon. On était prêt à s'entendre. Les condi-
* Convention du 21 octobre 1813. Mihtens, t. IX, p. 138. *
• Voir t. II, p. 492, 500.
' Okckbet, t. II, p. 715-718. — Focrrieb, p. 15-16.