‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 4 sur 103 · VUES D ALEXANDRE. — 181J. T · texte numérisé non relu

VUES D ALEXANDRE. — 181J. T

haines. Les vieux Russes sont tout à la vengeance, et après la vengeance, le mépris. L'annexion pure et simple et Tassujettissement, voilà, selon eux, tout ce que mérite la Pologne et tout ce qu'exige l'intérêt de la Russie ^ Le reste serait un péril, a une combinaison désastreuse » . a J'espère en la bonté divine que toutes ces annonces sont fausses » , écrit Woronzof à Rostopchine. » Je sais depuis longtemps que les Polonais désirent que cela soit, leur vanité ne peut pas supporter de ne plus être une nation. Mais... si on ne veut former le royaume de Pologne que du seul duché de Varsovie, cela est ridicule et cela ne contentera pas les Polonais, car ils veulent recréer leur royaume dans son ancienne intégrité et englober tout ce que possèdent et ont possédé TAutriche et la Prusse... « « La mesure, écrivait Nesselrode à Tempereur, serait éminemment anti-nationale » en Russie; et pour gagner les Polonais, il faudrait sacrifier « au seul plaisir de satisfaire les fentaisies de cette nation légère et inquiète » les territoires attribués à la Russie par les trois partages de 1772 à 1795. Cela « ne peut entrer dans la tête dun homme raisonnable et sincèrement dévoué aux intérêts de la Russie. » Comment croire « que, dans le cœur d'un Polonais, il puisse jamais entrer le désir d'une Pologne russe? » Ils la voudront polonaise; leur donner une constitution nationale, c'est les inviter à l'indépendance. Gomment le tsar concilierait-il ce double et contradictoire caractère, d'autocrate en deçà de la frontière de Pologne, de roi cons* titutionnel au delà? La constitution de la Pologne sera, par l'exemple, une provocation continue à la révolution. Enfin, pour reconstruire la Pologne entière, il faudra compenser à l'Autriche et à la Prusse et ce qu'on ne leur rendra point et ce qu'on leur devrait demander. Ce serait soulever, au moment de renouer la coalition, cette question de Pologne qui l'a rompue en ses commencements. Elle la romprait encore, et

' Alexandre à Gzartorytki, 25 janvier 1813. — Martens, t. III. — Afémoire^ de Ncstelrode, janvier 1813. — Lettre de Woronrof, 27 janvier 1813. — Aperçu des transactions du cabinet de Russie. Société d* histoire de Russie^ t. XXXI.

le premier effet en serait peut-être de jeter rAutriche et la Prusse dans les bras de la France au lieu de les en détacher, ce qui demeure la première condition du succès ' .

C'étaient des raisons d'État. Alexandre en connaissait la valeur. Il ne renonça pas à son rêve favori ; mais il comprit que brusquer les choses serait les compromettre, et, placé, dans la position où se trouvait Napoléon en 1807, il usa des mêmes expédients. Il laissa les émissaires de Czartoryski soulever les Polonais et ajourna les affaires de Polog^ne. Ce pays demeurait Tenjeu de la partie, que ce fût la Convention révolutionnaire qui fit le jeu, l'empereur Napoléon ou le tsar de Russie, restaurateur du droit!

La Pologne ainsi maintenue hors le droit, la question se posa de l'appel aux autres peuples, de l'emploi que l'on ferait d'eux et de la façon dont on réglerait leur délivrance. En Autriche, tout le monde l'entendait de la façon des vieux Russes à l'égard de la Pologne : exploiter les révolutions nationales, puisque la grande erreur des temps voulait que ce fût le seul moyen de recruter les armées et d'entraîner les soldats; mais, le terrain balayé, user aussitôt de ces mêmes forces pour contraindre les peuples au repos, après les avoir remis en paix. Les Russes allaient entrer en Allemagne. Stein accompagnait Alexandre; il lui adressait notes sur notes. Le poète et publiciste Arndt, réfugié en Russie, l'aidait de toute son ardeur et de toute son éloquence. Stein attendait d'Alexandre ce que Jean de Moller et nombre d'Allemands avaient espéré de Napoléon : la régénération de l'Allemagne. Gomme eux, il pensait que l'impulsion ne pouvait venir que du dehors. Il y fallait « unité et célérité » . Ces qualités ne se trouvaient point dans les cours d'Allemagne, parmi aies cabinets, ministres, généraux, maîtresses et valets de chambre' » qui en formaient tout le gouvernement. Le grand objet, selon Stein, c'est de rendre l'Allemagne aux Allemands, de mettre un frein « à l'esprit séditieux, à la félonie des princes alle-

> Voir t. II, p. 494; t. III, p. 43, 490; t. IV, p. 48, 8i, 444. ' Mémoires de septembre et novembre 1812.

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