CHAPITRE IV
La guerre reprenait. Blûcher et ses Prussiens passèrent le Rhin à Mayence, marchant vers les Ardennes. L'armée de Schwarzenberg effectua le 20 le passage à Bàle. Cette opération ne s'était point accomplie sans tirage avec Alexandre : le tsar voulait u mettre l'Europe entière contre la France » , mais il ménageait les Suisses ^ Le 29, la diète de Zurich déclara abrogé l'acte de médiation et rompit avec la France, ce qui, au point de vue des alliés, remit tout en règle. Le quartier général s'était transporté à Fribourg.
Metternich avait des nouvelles de Paris : o Quelqu'un, écritil à Hudelist, demandait à Talleyrand ce qu'il pensait de l'état des affaires: a Je crois, répondit-il, que c'est le commence- « ment de la fin. » Je le crois aussi. Le Sénat commence à se remuer. L'impératrice a écrit à son père une lettre lamentable. Napoléon n'a jamais été empaqueté de la sorte. Du côté de l'Italie, nous n'avons plus aucun souci... » Il eut une heure d'épanouissement et se mit devant la postérité en pose de tableau de galerie : « Nous pouvons estimer avec raison que notre quartier général est désormais le monde*. »
Toutefois il lui restait des inquiétudes, et de très graves.
' Journal de ilardetiberg^ 10 décembre 1813.
* A Hudelist, 3 janvier 1814. Voir la lettre à la princesse de Lieven, 18 octobre 1819. Ernest Daudet, Hevue hebdomadaire^ 29 juillet 1899.
ikk LECONGTIÈS DE CHATILL0 2>Ç . ISU.
roi de Prusse le ratifierait, se séparerait, «1 " ^A.lexaadreetaiàe. rait l'Autriche à s"" opposer aux vues de cs^t ««pereur jur U Pologne. Ce malenlendu, qui dura lon^t-G^ampselquifat^i^ congrès de Vienne, la cause de longues et o^^cwesdkçuijs^ se posa les premiers jours de janvier 181.-*- ^ "^f^enberg, qu\ travaillait à se feiire garantir la Saxe des <i^^^ côtés et qui était sûr de la garantie d'Alexandre, écrit dans soajourna],]e 8 janvier 18 1 4, t „ Conférence avec Metternich. Il accède m plan touchant la Saxe. . Ce même jour, Metternic/, reçut «„e lettre de Caul ai «.court.
Elle était datée de Lunéville, le 6 janvier, et elle trahissait l'inquiétude, le désir de négocier. Elle contenait des observations parfaitencïent fondées et qui montrent que iVapoléon avait bien discerr^é le jeu de Metternich . CauJaîncourt s'étonne des retards nais par Metternich à répondre à « l'adhésion pWe et entière aux bases que Votre Excellence a proposées d'un commun accord avec les ministres de Russie et d'Angleterre, el àe laveudela I^rvasse. . H lui parait difBcile d'admettre «que lord Aberdeen ait evi des pouvoirs pour proposer des bases sans en avoir pour négocier ; Sa Majesté ne fait point a«x alliée V\,,jwT^ de croire qu^U aient été incertains et qu'ils délibèrent encore; Ils savent trop bien que toute offre conditionnelle devient un engagement absolu pour celui qui l'a faite dès que la conditiou ''u'ndre"*^**^ ^*'' *•««•?••« Dans tous les cas, nous devions nous
lence nous a»""'" '* ' ^'""'"^ **' '"^P""*" ^"^. ^^^""^^ ^'''^''" des pouvoir^ T".^^'' '' '"* décembre'. « Caulamcourt avait nécessaires o attendait aux avant-postes les passeports
à son messa ^^^"^ *^ '^"^'® ^"P""^* ^® Metternich. I| joigrnait MettemicK ^^ «officiel une lettre particulière : il félicitait faisant allvisf ^**" élévation au rang de prince et il ajoutait, Metternich *'**'* .* ^®* conBdences fort significatives que *^a»t sûrement pas oubliées * : « Mon séjour à
lAnfileterre], U.*^*?* "P'" la réception de. répon.e. de» «'""' «'««t-à-dire de 10 décembre ^^ «egocation. pourront .ouvrir. . Metternich a Caulaincoart. Fooh:„K«, OAdS; *=•-*>«»»•. P *«5.
""o", p. 49, note. Cf. ci-dcMu., P 170-173, 221-223.
«46 LE CONOTVÈS DE CUATILLO IM - IIU.
Le cabinet anglais s'était décidé à e».-»^oyerunpi^n,pofen. tiaire au futur cox&grrès de la paix, et conrarne /esjouvemn» alliés traitaient «iirectement les affaire» , c^omme Us étaient assistés de leurs chanceliers et ministres ei«s attaire» élnmgères, l'Angleterre ne pouvait faire moi ■» » <I'Je i'wctèi\\j6j près d'eux son ministre des relations eacté»-»^"'^e<'. Parai igg vues que Castlereagh fut invité à développe*-, ^'une des principales était de resserrer et relier en wn scvmI instrument ks divers traités ae la coalition, de manière A assurer h pour. suite vigoureuse de la guerre et de garantir l'ordre de choses qu'établirait la paix; en première li{jn« '« «^institution de l'État-barrière , la Hollande augmentée de la Belgique, vue, de tout temps, fondamentale aux yeux des Anglais. Quant aux propositions exposées à Saint-Aignan, les ministres anglais estimaient " <lci' elles remontaient au déluge*» ; «'«les tenaient pour dépourvvaes de tout caractère officieJ, et d'ailleurs ils étaient tout prêts , si l'on était forcé de les prendre pour Wses, à chicaner très juridiquement sur ces termes de la note :
A ^.n!'r,r»*l*'^ ^* 1» prépondérance que la France doit co„«,rver danssonintégrité, ^^ en «e renferuiaDt dans ses limite. naturel\es qu\ sont le Rhin, 1^ a. i . ^
» »*ss A-lpes et les Pyrénées.
Ces termes, opinaient ces subtils légistes de la couronne, ne s.gmhent point que le territoire de la France doit s'étendre iTnond?.^ *»">ites ; il ne s'agit que de sa puissance et de sa
rr'de peut"";: ^^^" ^"'«"^ P^^ «— ^r'^" '?""""^^ assez restrei "*** *^" «'«Ç^ <*" RWn, cette influence doU èVT%
prépondéra'iT*'^ Pour qu'elle ne puisse s'étendre, ainsi que sa que les mini*"^' ««-delà du Rhin». Il y avait un autre point astres anglais n'avaient pas moins à coeur, c'était
' Castlkuk.vou , .
despatches, t, Vlïi *"*
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tpatches, t. Vil/"**"* «'"' dt'patches t. IX. — WELtifCTO". SixppUntentary ighà HamiUon <n~~ '"•«•■""ion. j. Ca.llereaph, «* décembre 1813; Ca.dce»en6e,-y, ^ • 1« n.ar. i»!^ Mabtkm, t. XI, ... 199-200, 218. — Ahretu :
Le .ou,>,^^^'^ P; 175 et .uiv.
reagh, 5 janvier is/jT* **'Etat aux affaire, étrangère., Edouard Cooke, à Ca.tle- Me-norandu.u rZi ■
* "♦'•' ^ la iiolo -le Saiiii-Aign.-.ii. Cwii-Mkacii, t. I, p. 439
Entrer dans les vues de Metternich, et par la négociation même, menée d'accord avec lui, Tacheminerà la déchéance des Bonapartes et à la restauration des Bourbons, tel fut dès lors son plan secret. Alexandre, pensait-il, finirait par s'y rendre, y voyant le seul moyen d'associer ses alliés à la vengeance. Mais alors il ne dicterait pas seul la paix, et le nouveau gouvernement de la France, gouvernement de principes et non plus d'expédients ne serait ni l'obligé, ni le client d'aucun des alliés. Le grand dessein de suprématie russe se trouverait ainsi déjoué.
Gastlereagh arriva le 18 janvier à Fribourg. C'est un personnage qui parait sur la scène quand le drame touche à sa fin ; il va dès lors rester sur les premiers rangs ; il contribuera puissamment, et de son caractère de représentant de l'Angleterre et de sa personne même, à préparer le dénouement. Robert Stewart, vicomte Gastlereagh, marquis de Londonderry, était dans sa quarante-cinquième année, et depuis la vingt et unième il vivait dans la politique, député, soussecrétaire d'État, ministre, aux colonies, à la guerre, aux affaires étrangères, en I8I1, et, depuis, ministre dirigeant. Ami de Wellington, il formait avec lui le duumvirat redoutable qui mena la politique anglaise à ses fins dans cette grande catastrophe de la suprématie de la France. Gastlereagh se piquait de principes auxquels il tenait avec une constance inébranlable, qui se confondait, dans les affaires, avec l'entêtement; mais ses « principes w n'avaient rien d'abstrait ni de spéculatif, ils se ramenaient tous à un seul, l'intérêt supérieur de l'Angleterre; ils procédaient tous de cette haute raison d'État. Gastlereagh parlait avec autorité et s'exprimait sans élégance, l'autorité allant jusqu'à la raideur et le manque d'élégance jusqu'à une certaine confusion. Dans le commerce de la vie, le gentilhomme dominait le politique, courtois, de nobles manières, d'une intimité difficile à pénétrer, sûre quand on y était admis. Il exécrait la Révolution en ellemême, et parce qu'elle était française et tournait à la grandeur de la France. Anéantir la Révolution, ramener la France