DIVERGENCES ENTRE LES ALLIES. — 1814. Î
à seê anciennes limites, voila toute sa politique; il était rhomme de la paix d'Utrecht et du traité de 1763 : la barrière et point d'extension de la France, ni sur le continent ni ailleurs; c'est sur ce modèle qu'il conçut la paix de 18 14 et y travailla. Mais si persistante que fût son hostilité tant que la France demeurait une rivale menaçante de l'Angleterre, cette hostilité devait s'arrêter le jour où l'Angleterre aurait conquis ces garanties. Gastlereagh ne voulait ni la ruine totale et l'effacement de la France, ni le triomphe et la prépondérance de la Russie. Ces vues l'éloignaient d'Alexandre. Alexandre l'inquiéta toujours sans le séduire jamais; tout, en ce Slave insaisissable, l'induisait en méfiance ; cette comète bouleversait son système. Metternich, sans lui inspirer plus de confiance, le rassurait par sa méthode : il louvoyait dans les mêmes eaux. Dès leur première rencontre, ils eurent l'impression qu'ils parviendraient aisément à s'entendre.
Alexandre partit pour Langres, où il arriva le 22, résolu à pousser l'offensive et à imposer à ses contradicteurs le fait accompli. Il trouva le généralissime Schwarzenberg rétif à l'impulsion qu'il voulait donner à la guerre, c'est-à-dire à la marche directe sur Paris. Metternich s'y montra plus résistant encore, quand il rejoignit le tsar, le 25, accompagnant l'empereur François et suivi par Gastlereagh. a Le motif principal de toutes ces discordances, écrit MQnster au prince-régent d'Angleterre', c'est que la Russie ne se prononce jusqu'à quel point elle veut étendre ses limites en Pologne. L'Autriche soupçonne qu'elle fomente des troubles en Gallicie, qu'elle vise à rétablir le royaume de Pologne en faveur de l'empereur Alexandre, et que c'est pour cela qu'elle désirerait donner l'Alsace à l'Autriche '. La promesse qu'on dit avoir été faite à la Prusse par la Russie de lui accorder toute la Saxe élec-
* 30 janvier 1814. Fourmikh, en français.
- Mémoire de Nestelrode, 23 janvier 1814. Ce projet enlevait à la France nne partie de la Lorraine et TAlsacc, et paraiisait lui laisser la rive gauche de l'Escaut. — Cf. ci-dessus p. 10, 139. — Martexs, t. VII, p. 153.
torale, à Texception d'un petit accroissement pour Weimar, agit dans le même sens. Enfin, il y a ample matière de brouillerie entre les deux grandes puissances du continent, laquelle, en cas d'un revers, pourrait produire des suites très funestes. » Il est vraisemblable que Metternich en toucha quelque chose à Gastlereagh ; qu'il l'instruisit, du même coup, des desseins d'Alexandre sur la monarchie française et sur Bernadotte. Gastlereagh demeura toujours fortin diffèrent au sort du roi de Saxe et peu lui importait de voir les Prussiens à Dresde, mais il ne désirait nullement que les Russes se poussassent au cœur de l'Europe; il désirait encore moins restaurer en France, pour l'honneur et profit de la Russie, une sorte de Pologne d'avant 1792 : enfin il s'en tenait aux « anciennes limites » , qui permettraient une paix durable, au moins avec l'Angleterre. Il y gagna aisément Metternich, qui considérait l'Alsace comme le plus perfide des présents. Par la crainte de voir les Russes à Cracovie et les Prussiens à Dresde, cet Autrichien conclut à conserver Strasbourg aux Français. Gastlereagh eut un long entretien avec Alexandre. Le tsar démentait toute entente entre lui et Bernadotte au sujet de la France. Gastlereagh se convainquit qu'Alexandre le trompait; que, tout au moins, il jouait sur les mots, et qu'on devait prendre fort au sérieux ses vues pour le prince royal de Suède. Gette duplicité le jeta décidément du côté de Metternich.
Les alliés se trouvant réunis à Langres, la délibération s'ouvrit sur la conduite de la guerre. Le 26 janvier, Schwarzenberg remit à l'empereur François un long mémoire où les avantages et les inconvénients d'une marche sur Paris étaient discutés. Il évitait de conclure; toutefois ses considérations