‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 49 sur 103 · LE PUOTOCOLE DE LANGUES. — 1814. J · texte numérisé non relu

LE PUOTOCOLE DE LANGUES. — 1814. J

inclinaient du côté de Schwarzenberg, vers la prudence. Nesselrode persistait à conseiller la modération : ménager la France, tout en la refoulant dans ses anciennes limites, ne pas trop rhumilier, faire la paix, se donner la gloire de rétablir l'équilibre en Europe. Pozzo di Borgo, revenu de Londres, où il avait vu le prince régent disposé pour les Bourbons, travaillait en leur faveur. L'émigré français Rochechouart, ami du duc de Richelieu et, par suite, en fort bonne posture à Tétat-major russe, vint à la rescousse. La Harpe ^ qui avait été prendre langue à Paris avec les opposants, rêvait (le plébiscite, de constitution; il conseillait à son ancien élève de profiter du mécontentement des Français contre Napoléon et plaidait pour Bernadotte *.

Sur l'article des Bourbons, toute la dialectique de Pozzo ne parvenait pas à ébranler Alexandre. « Que les Français se prononcent, répétait-il; alors beaucoup de difficultés s'aplaniront ^. w Et il comptait bien qu'ils se prononceraient pour Bernadotte. Il avait autorisé les insinuations à Saint-Aignan, sous l'assurance donnée par Metternich que Napoléon ne les écouterait pas et que ce ne serait qu'une ruse de guerre. Maintenant que la ruse avait réussi etque l'on avait publiquement, par le manifeste du l*' décembre, rejeté sur Napoléon toute la responsabilité de la guerre, l'Autriche prétendait encore négocier! Alexandre s'emporta, annonça qu'il allait partir, se mettre à la tête de son armée.

Le 27, dans la soirée, Hardenberg essaya de s'entremettre. On lit dans son Joujmal : a Vu le roi et l'empereur de Russie. Discussion sur le plan d'opérations et mésentendus. Intrigue de Stein pour faire aller l'armée droit à Paris, ce que veut l'empereur Alexandre. Le parti autrichien y est contraire; d'autres ne savent ce qu'ils veulent. » Ces mots étaient pour le roi de Prusse. Ce roi fit, ce jour-là, ce qu'il faisait depuis

* Précepteur d'Alexandre, en relations d*ainitié avec les libéraux français.

* Mémoires de Morioiles, p. 138, 144.

* Note de Rochechouart, 27 janvier 1814. Conversation avec Alexandre, même jour. Mémoires de Rochechouart,

la fameuse visite au tombeau du Grand Frédéric, à Potsdam, en novembre 1805 : il céda au prestige d'Alexandre et se jeta dans ses bras, o Le roi de Prusse lui a promis de rester avec lui jusqu'à la dernière extrémité *. »

C'est dans la même soirée, après le dîner, qu'il convient de placer un entretien raconté par Metternicb et dont tous les détails ne sauraient être admis sans réserve', Metternicb ayant intérêt, à l'époque où il rédigea ses mémoires, à se montrer et plus prévoyant, et surtout plus favorable aux Bourbons qu'il ne l'était alors '. « La France est bostile aui Bourbons, aurait dit Alexandre. Vouloir les ramener sur un trône qu'ils n'ont pas su garder, ce serait exposer la France et l'Europe à de nouvelles révolutions dont les suites sont incalculables. Choisir un nouveau souverain, c'est, pour l'étranger, une grosse entreprise. » Revenant alors au plan qu'il avait élucidé en 1804, qu'il désirait très vivement appliquer alors et qu'il essaya de reprendre, après Waterloo, en 1815, il proposa de pousser vigoureusement sur Paris, de s'en emparer, d'adresser une déclaration aux Français leur disant qu'ils étaient libres de choisir leur souverain, de convoquer les assemblées primaires, qui auraient à délibérer sur deux questions seulement : la forme du gouvernement, le choix du souverain; mais avec ce sous-entendu que ni le gouvernement ne serait la république, ni le souverain Napoléon. « Un point essentiel sera de bien diriger l'assemblée. J'ai sous la main l'homme qu'il me faut..., La Harpe. »

Metternicb soutint son plan de négociation ; puis il alla prendre les ordres de l'empereur François et retourna le lendemain, 28 janvier, chez Alexandre. « J'ai été jusqua la menace d'une rupture et j'ai emporté la pièce » , écrivit-il. Alexandre comprit que tout valait mieux que la retraite des

* Munster au prince ré{;enty 30 janvier 1814. Fovrmier.

• Autobiographie : Sur l'histoire des alliances. Séjour à Langies : MémoireSj

t. I, p. 183. — FocnjiiER, p. 70, note, — Rapport de Castleren{;h, 29 janricr j 1814. I

' Bailleo, Die Memoiren Metternicfi*s, — Historische Zeitschri/t, 1880.

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