‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 54 sur 103 · LES ROYALISTES · texte numérisé non relu

LES ROYALISTES

Vitrolles se démena si bien qu'il a arracha » plutôt qu'il n'obtint des sauf-conduits pour retrouver le comte d'Artois. Il partit le 20 ou le 21 mars, et courut après son prince jusqu'à Nancy, où il séjourna jusqu'au 25 ou au 26, ce qui fît qu'il n'arriva devant Paris que le 31 et n'eut aucune part à la crise décisive.

11 n'était pas seul à Troyes. Il s'y trouvait en même temps que lui un autre émissaire, et celui-là directement accrédité par le comte d'Artois. C'était un Suisse de Bienne, M. de Wildermeth, qui avait une sœur attachée à la princesse Charlotte de Prusse, fille du roi. a II était chargée de demander aux alliés la reconnaissance de Monsieur comme lieutenant général du royaume de France au nom de Louis XVIII, moyennant quoi Monsieur offrait : 1* de faire la paix aux conditions auxquelles on voulait l'obtenir de Napoléon ; 2" de n'opérer dans la constitution française actuelle d'autres chargements que ceux que l'on jugerait nécessaires, et qui tendraient à donner une tranquillité plus assurée à la France et à l'Europe; 3' de faire relativement aux domaines nationaux, aux divers corps de l'État et à toutes les personnes en place les déclarations les plus convenables; 4* pour ce qui concernait Marie-Louise, Monsieur offrait au prince de Metternich de signer tout ce qu'il lui demanderait. Il ne fut pas parlé du culte ni de la dette publique *. » Metternich le reçut le 20 mars et conclut, comme avec VitroUes, que c'était à la France de se déclarer.

Les Bourbons possédaient des avocats mieux accrédités dans l'état-major même à la chancellerie des alliés : Rochechouart, près d'Alexandre, et surtout Pozzo di Borgo, le plus écouté, parce qu'il était un politique et donnait les seules raisons qui portassent, les raisons d'État. « La légitimité, a-t-il dit et répété souvent, n'a pas été le seul et certainement pas le premier motif qui a décidé les souverains de l'Europe en faveur de la restauration des Bourbons. La raison la plus efficace, la plus pratique, et, sans contredit, la plus perma-

' Souvenirs du comte de Semallé. — Journal de Hardenber^, 19-20 mars

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nente provint du bien qui en résulterait pour l'Europe par la tranquillité de la France... » Un gouvernement qui signât la paix et qui, désirant la garder, la garantirait '.

Quant à Bernadotte, chaque progrès des événements, en rendant les Bourbons plus nécessaires, diminuait ses chances et son crédit. Il faut dire qu'il s'y employait lui-même par l'enchevêtrement de ses intrigues et la contradiction de ses propos. Nanti de la Norvège par son traité du 14 janvier avec le Danemark^, il s'offrait à tous comme le sauveur de tous, aux républicains, aux constitutionnels, aux Bourbons, à Napoléon luimême ^ ; prodiguant les promesses et les poignées de main avec la magnificence et la cordialité d'un candidat. « Il fait, écrivait un Russe, tout son possible pour brouiller la Prusse avec nous. Notre empereur a été averti de tout cela, et on ne renvoie pas ce garçon avec ses 20 ou 25,000 Suédois en Suède *! »

Le 15 mars, le congrès tint une conférence où Gaulaincourt exhiba un contre-projet : Napoléon cédait à Eugène la cou-

* Rapport à Neaselrode, 2 mars 1816. Correspondance de Pozzo di Borgo, • II fut donné, dit V Aperçu de la politique russe, à Fénergie d'un homme supérieur d'exercer une grande influence sur l'état des choses et de fixer... les idées de l'empereur Alexandre. « — Mémoire présenté à l'empereur Alexandre avant Tentrée des alliés à Paris, Russie, t. XXXi.

* Le Danemark cède la Norvège en échan{;e de la Poméranie suédoise et àe Rugen .

' D'Hauterive écrit, le 26 mars, à Gaulaincourt : — Il a vu deux fois le roi Joéeph. « Le roi (Joseph) est en communication confidentielle avec le prince de Suède et Tempereur désire que le roi entretienne cette communication... Le prince de Suède veut la conservation de l'empereur, et aurait voulu la paix avec les limites naturelles de la France. Le fait, quant au premier point, est incontestable : ce prince a manifesté son opinion d'une manière tout à fait publique, et ensuite dans le plus intime secret, il a fait connaître des dispositions dont il serait possible de tirer un grand parti. » — Mais il y faudrait de l'habileté, du courage de responsabilité et des troupes...

* Léonce Pi:(Gagd : ch. xvi et xvii : — Lettre de Woronsof, Londre.*, 15 dicembre 1813. — La^gero^, p. 455.

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