LA SECONDE ABDICATION
n'arrive plus deTOrient, sauveur prestîg^îeux, devant le Directoire discrédité. C'est lui, c'est son empire que la chambre dénonce, que Paris réprouve. Le flot qui Ta porté recule, et il ne se débat même pas : il sombre et s'abandonne.
Les ministres confèrent avec les députés. On décide de nommer une commission de plénipotentiaires qui négociera avec les alliés. Le pouvoir se détache, lambeau par lambeau, de l'empereur. Le principal ressort d'un coup d'État, la force, manque, surtout la force morale, l'opinion. Paris est calme, comme indifférent. La garde nationale demeure impassible. Il ne se lève pour Napoléon que des bandes de fédérés, des troupes de populace qui entourent l'Elysée, vocifèrent, chantent, réclament la révolution, et quelques militaires toujours prêts à foncer sur n'importe qui, n'importe où, en charge désespérée. Ce n'est plus même pour Napoléon la tentation héroïque de Fontainebleau, une dernière manœuvre, un dernier combat, le sacrifice sanglant aux destinées. Marcher sur l'Assemblée à la tête de ces hordes, ce serait pire que l'abdication de sa vie, de sa gloire, de son honneur : une émeute, un 20 juin, un 10 août retourné ! peut-être en fut-il tenté un instant, à voir la tournure que prenaient les délibérations de la chambre. Mais Paris couvait-il une révolution? Napoléon pouvait-il s'en faire le meneur et remonter en quelques heures toutes les pentes descendues depuis les marches de Saint- Roch? Souvent à Sainte-Hélène il discuta le plan qui, dans cette journée du II, cette nuit du II au 12, quand la populace hurlait sous ses fenêtres, agita son esprit.
Ce plan, c'est tout crûment un gouvernement de salut public dont il eût été le dictateur, comme il s'était fait, en 1804, empereur de la République. Un ministère qui eût rassemblé plusieurs membres de l'ancien comité^ Cambacérès, Carnot, Merlin, et le moyen de 93, de 94, car pas plus que Robespierre, il n'en découvrait d'autres : la terreur. C'était le retour complet de la révolution sur [elle-même. Après Waterloo comme après Neerwinden, même péril et même remède : « Si après Waterloo, j'y étais resté [à Paris], si
j'avais Fait couper une centaine de tètes, celle de Fouché la première, avec la canaille j'aurais pu tenir Paris... A mon retour de Waterloo, j'étais d'avis de faire couper le cou à Fouché. J'avais déjà composé la commission militaire, c'était celle du duc d'Enghien, tous gens qui risquaient... (Sa Majesté fait un sig^ne avec sa cravate). J'en étais bien servi... ; ils étaient de mon avis, et je* me repens de ne pas l'avoir fait. Mais qui pense que Louis XYI a péri pour n'avoir pas fait couper le cou au duc d'Orléans? J'aurais dû aller aux chambres tout en arrivant. Je les aurais remuées et entraînées, mon éloquence les aurait enthousiasmées. J'aurais fait couper la tête à Lanjuinais, à Lafayette^ à une douzaine d'autres. — J'ai d'abord commis une faute en laissant Lanjuinais comme président : il fallait mettre là Carnot... C'est un homme qui connaît les révolutions et a beaucoup de courage... » « Carnot seul m'assura que c'était une déroute comme celles de la Révolution et que l'armée se rallierait sous Paris, où on avait des canons. Tous les autres croyaient que tout était perdu. » Il aurait fallu arriver aux chambres en Cromwell , et Napoléon n'était pas Cromwell ' . « A ce moment-là pouvait-on ameuter le peuple, faire dresser la guillotine? Et puis, il faut dire le mot, je n'en ai pas eu le courage. En [793, on a choisi la terreur, parce que c'était le seul moyen d'en sortir. D'ailleurs je n'aurais pas réussi : j'avais trop d'ennemis; je me serais mis dans un horrible péril. Beaucoup de sang et peu de succès; au lieu que, quand j*ai vu que les chambres se mettaient contre moi, je leur ai dit : (4 Vous croyez, messieurs, que je suis un obstacle à la paix. uEhbien! tirez- vous-en... » J'ai mieux aimé abdiquer en faveur de mon fils et les laisser se débrouiller eux-mêmes et leur faire voir que ce n'était pas à ma personne seule qu'on en voulait, mais bien à la France*. »
' Journal de Gourgaud, m II n'y a pas de comparaison à établir entre Cromwell et moi; j'ni été élu Crois fois par le peuple. »
' Conversations du 31 août et du S3 septembre 1817; Journal de Gourgaud, t. H, p. 283, 231. — Comparez MoRiHOLOif, aux mêmes dates; t. H, p. ITS^ISO,
« Régner par la hache! » à quoi bon? et s'il échouait? avoir été le Bonaparte de Lodi, de Milan, le consul législateur et pacificateur des guerres civiles, Thomme d'Austerlitz, pour périr dans les bottes d'Henriot; recommencer le 2 juin 1793, braquer contre T Assemblée les canons de vendémiaire! s*étre fait élire par la nation française, sacrer par le pape à Notre-Dame, avoir épousé une archiduchesse d'Autriche, pour tomber, comme Robespierre, à Thôtel de ville, la mâchoire fracassée, hideux, défiguré sous la mentonnière, conspué parla crapule, traîné à la voirie, et pire encore peutêtre, la Conciergerie, Téchafaud de la place du Trône, le mur de Yincennes, ou, pourdemier recours, la cravate de Pichegru ! Il eut horreur. « On le veut » , dit-il à Davout, qui lui représentait Tabomination et Tinutilité de Taventure, u cela ne me coûtera pas plus que le reste. » Et il signa l'abdication, le 22 juin 1815, pour la seconde fois. Puis il partit pour Malmaison, où Joséphine était morte, Malmaison tout enchantée encore de verdure et de fleurs, respirer une dernière fois Tair de son printemps, avant de partir pour Texil dont il sentait bien qu'il ne reviendrait plus.
Un gouvernement provisoire fut nommé, échappant à Lafayette, comme le pouvoir lui échappa toujours. Fouché en fut la tête et le président. Tout venait à lui, ainsi qu'en 1814 à Talleyrand. Il triomphait, il devait triompher jusqu'à la fin, jusqu'à l'hyperbole, régicide dans le conseil du roi ! Il reprit Fouvrage dont la trame avait été tendue en 1809 au temps de Walcheren et restait sur le métier depuis 1810. Il lança des proclamations dans le style de la Convention. Il leva et
201-202, et au 12 juillet 1817, t. H, p. 150 : « Il est vrai qu'alort il fallait légoer par la hache, et cela me répugnait. »
fédéra des gardes nationales. Il rouvrit des clubs. Il invoqua le salut public et proclama qu*il en était Tinstrument. Il excita tout ce qui fermentait encore de vieil esprit jacobin et révolutionnaire en France. Après avoir lâché cet autre « monstre « , il persuada les royalistes qu'il était le seul homme capable de le museler. 11 persuada les patriotes et les républicains qu'il était le seul homme capable de les sauver des vengeances et des proscriptions. II négocia avec les Anglais, les seuls des alliés qui voulussent sincèrement la restauration des Bourbons, et il les persuada qu'il était le seul homme capable d'accomplir cette restauration. Il persuada les libéraux qu'il était seul capable de garantir devant les alliés l'indépendance de la nation, et devant les Bourbons les libertés publiques. Il persuada les bonapartistes qu'il était le seul capable d'assurer le trône à Napoléon II, et les monarchistes qu'il était le seul capable d'écarter de ce même trône le prince impérial.
Les choses seulement allèrent plus vite qu'il ne voulait. Napoléon avait été vaincu trop tôt; son empire s'écroulait trop vite et trop facilement. L'intérêt de la France était que les Bourbons rentrassent à Paris avant les étrangers et que les alliés trouvassent devant eux, rétabli par la force des choses et soutenu par l'opinion nationale, un gouvernement qu'ils seraient tenus de ménager. Ce n'était pas l'intérêt de Fouché, car, dès lors, il deviendrait inutile et perdrait toute valeur sur le marché. Il s'employa donc à tout embrouiller, à tout retarder, jusqu'au point de tout compromettre. Il montra plus d'astuce encore dans cette contre-mine qu'il n'en avait apporté dans ses complots des Cent jours. Il s'était imposée Napoléon en conspirant la chute de son empire, il se rendit nécessaire aux Bourbons en contrariant la restauration de leur monarchie. Jamais jeu aussi compliqué, aussi subtil et aussi audacieux ne s'était vu, si ce n'est peut-être au temps du grand libertinage de la Fronde, et ce n'était pas à de meilleures fins.
Les députés, aussi bien Lafayette et ses amis que les survivants de l'Empire, tous ceux qui, après s'être ralliés en
avril 1814, s'étaient déliés en mars 1815 et qui savaient bien que, cette fois, le fameux article, Tarticle de Toubli, l'article des voles ' serait abrogé, tous ceux, enfin, et ils étaient nombreux, pour lesquels la première restauration restait une déception et pour lesquels une seconde restauration serait la ruine, Texil, la mort peut-être, se débattaient furieusement. Ils ne voulaient plus de Napoléon, ils ne voulaient pas davantage de Louis XYIII. Les prudents murmuraient le nom de Napoléon II, espérant gagner T Autriche; de plus habiles le nom d'Orléans, comptant sur la Russie, et se figurant sans doute intéresser les Anglais, parce que les Anglais avaient eu Guillaume III ! Ils se méfiaient de Fouché, tout en le subissant. Ils se gardaient contre les intrigues et les desseins qu'ils lui supposaient de confisquer le gouvernement à la façon de Talleyrand l'an passé. Donc point d'hôtel Saint-Florentin, ni de conciliabules secrets. Tout se passerait officiellement, par délégations et commissaires, avec rapports et discours.
Le premier point était de s'assurer des dispositions des alliés. Les nouvellistes, les confidents à gage ou les confidents volontaires, les amis de La Harpe, les émissaires du clan de libéraux et d'idéalistes qui entourait Alexandre, s'en allaient bourdonnant, insinuant que le tsar plus que jamais^ était le maître des affaires, détestait les Bourbons autant que les Français les détestaient eux-mêmes, aussi déçu par eux que les constitutionnels de 1814; ajoutant que la France demeurait libre de se donner un chef, que les alliés ne s'en mêleraient point, et tout ce qui transpirait des gazettes anglaises et allemandes donnait la même impression. 11 importait d'en obtenir l'assurance directe. Une commission de cinq plénipotentiaires : Sébastiani, Pontécoulant, Laforest, Lafayette et Voyer d'Argenson, avec Benjamin Constant pour secrétaire, fut chargée de se rendre au quartier général de la coalition. Leurs instructions portaient la dévolution de l'empire à Napoléon II, l'intégrité du territoire avec, au moinSy les
' Ci-dessus p. 349.
limites de 1814, la sûreté et l'inviolabilité de la personne de Napoléon *.
Ces mots : au moinsles limites de 1814, découvraient F immense ing[énuité de leurs illusions, et cette croyance indéracinable que Napoléon abattu, TEurope réconciliée et pacifique, rendrait à la France, redevenue libérale, les frontières de la République, les limites du Rhin ! Le langage officiel, con* certé, des alliés devait entretenir dans les esprits, entêtés depuis quinze ans du même préjugé, une équivoque qui faillit encore une fois devenir funeste pour la France. Le^ commissaires réclamaient une déclaration ostensible; les alliée ne pouvaient leur répondre que par les termes arrêtés entre eux, c'est-à-dire qu'ils ne se mêleraient pas des affaires intérieures de la France : les Anglais à cause de leur parlement, les Prussiens parce qu'ils se réservaient de rogner plus avant et de rançonner plus à fond la France avec tout gouvernement qui ne serait pas les Bourbons, les Russes parce qu'ils observaient leur consigne de plébiscite et de champ de mai *.
Les commissaires rencontrèrent les diplomates de la coalition sur les derrières de l'armée, à Haguenau, le 26 juin '. 4i Nous ne voulons, dit Sébastiani, que l'indépendance et la liberté de notre pays. Aucune question n'est préjugée, aucun engagement n'est pris. » Ils se disaient prêts à négocier. Les alliés s'y refusèrent, les Anglais n'ayant pas de pouvoirs. Ils entendaient d'ailleurs que Napoléon fût remis à leur garde. Ils n'imposeraient, disaient-ils, à la France ni les Bourbons ni aucun autre gouvernement particulier; mais ils étaient tt résolus à exiger les précautions et lés garanties les plus sévères pour que Napoléon ne pût pas reparaître sur la scène du monde » . Les commissaires désiraient Napoléon II ou
* Cet article n'était pai superflu. On lit dans une lettre de Pozzo à NeMeirode du 27 juin : « Si DeBsolet avait voulu consentir à enlever Bonaparte, il l'aurait pu ; mais il s'est refusé à un acte qu'il a regardé comme contraire, selon lui, à sa délicatesse personnelle. »
' Nessclrode à Pozzo, 17 juin 1815.
* Instructions, 25 juin 1815. — ArccEBKRG. — Pasquieb, t. IM, p. 315. — PoSTÉcouLAST, Souvcnirs,
Orléans, Napoléon II leur sembla dans les exclusions des alliés, et Orléans, au fond, Tobjet des préférences secrètes. Quant aux précautions réclamées contre Napoléon, ces négociateurs ne s'en effarouchèrent pas; ils. ne soupçonnèrent même point que ce respect de Tindépendance des Français, de la part des vainqueurs, pût cacher quelque sous-entendu, sinon quelque piégée. Ils emportaient la réponse qu'ils étaient venus quérir, et il ne leur en fallait pas davantage : la France était maîtresse de ses destinées, les députés avaient pleine licence d'en décider.
Cependant, si les alliés faisaient des dupes, ils ne s'abusaient point eux-mêmes, et cette diplomatie de parade n'accommodait point leur principale affaire, qui était de conclure la paix. Laissant grommeler les Prussiens et autres Allemands, fort occupés d'ailleurs à pressurer, piller, effroyablement vexer, voire pendre et fusiller à satiété *, les Anglais et les Russes, assez aigris et fort jaloux, du reste, les uns des autres, mais également intéressés à organiser en France un gouvernement stable, qui pût être pour chacun d'eux au besoin un allié contre l'autre, s'efforçaient de faire voir, les Russes à leur empereur, les Anglaisa leur ministère, les choses comme elles étaient. Pozzo di Borgo et Wellington jouèrent en cette rencontre un rôle vraiment supérieur, Pozzo avec sa souplesse corse et son amabilité ; Wellington, hautain, raide, flegmatique ; Pozzo s'attachant à plaire aux Français encore plus qu'à les servir, Wellington mettant son orgueil britannique à les servir sans leur plaire. Pozzo avait à lutter contre les préventions du tsar, ses blessures d'amour-propre, ses caprices constitutionnels : connaissant mieux le droit public de la vieille France, il lui montrait le plébiscite vain, inutile, dangereux même. La monarchie n'est rien, disail-il, si elle n'est un principe, et ce principe n'est rien si on le met aux voix, surtout aux voix des régicides, m Les Bourbons sont une institutions, non une femille... L'Europe a besoin d'eux
' Sar ces excès, voir mon étude intitulée Le traité du 20 novembre 1815, p. 68 etsuiv. — Pozzo ù r^esselrode, 9 juillet 1815. Polovtsoff.
pour être en paix, la France ne peut s'en dispenser pour être libre. »
Wellington partageait ces vues, et ils s'en étaient souvent expliqués '. A Londres Topinion réclamait des garanties, plu& fortes avec d'autres gouvernants ; sérieuses, néanmoins, avec les Bourbons mêmes : « quelques forteresses frontières, y compris Lille ^ » . Wellington se montra le politique et le chef d'armée rare qui, étant vainqueur, prend à la lettre ses déclarations d'avant la bataille et se pique d'honneur d'y rester fidèle. Il avait promis à Vienne le traité de Paris du 30 mai; il s'était déclaré, dans tousses entretiens, le partisan des Bourbons, comme des seuls garants de cette paix, la seule paix durable selon lui; il avait fait cette proclamation, en franchissant la frontière : « J'entre dans ce pays non comme ennemi, excepté de l'ennemi du genre humain, avec lequel je ne veux avoir ni paix ni trêve, mais pour aider les Français à secouer le joug de fer sous lequel ils sont opprimés. » Et comme il l'avait dit, il l'accomplissait.
BIttcher prétendait courir sus à Napoléon, le prendre, « le faire fusiller à l'endroit où était tombé le duc d'Enghien » . Wellington écrivit à BIttcher : a Nous avons, vous et moi, joué un rôle trop distingué dans les derniers événements pour nous abaisser au rôle de bourreau » . Il représentait à Gastlereagh, qui le vint rejoindre et qu'il convainquit promptement; à Liverpool, qui jugeait de loin, d'après les rumeurs et les passions de Londres, que la restauration seule était possible, qu'étant possible elle se devait opérer; que l'intérêt des alliés était de la rendre honorable et bienfaisante à la France, afin de l'y rendre populaire dans le présent et puissante dans l'avenir. Il fit mieux. Il pressa Louis XVIII de rentrer en toute hâte, d'occuper la place, de prévenir les alliés à Paris. Les alliés le trouvant rétabli sur son trône, toutes les conspirations cesseraient; le fait l'emporterait sur les cabales; forcés de traiter avec lui, les alliés le ménageraient, et lui, ne
^ Pozzo di Borgo à Nestelrode, 13, 23 mai ; 4, 17 juin 1815. PoLomoFF. * Mémorandum de Liverpool à Castlereaçh, 30 juio 1815.
leur devant point son trône, délivré de l'équivoque de 1814, il leur pourrait parler en souverain de droit, qui discute les intérêts de son peuple. Il pressa Talleyrand de suivre le roi *. Il s'aboucha avec Fouché, qu'il jugeait l'instrument nécessaire, et sur lequel il exerçait un prodigieux ascendant, celui d'un esprit limité, entêté, mais rectiligne, sur un brouillon étourdi de sa propre verve, et qui, dès qu'il ne chassait pas en myope, le nez à ras de terre, perdait la piste dans le brouillard. « Le point important, écrivait-il à Talleyrand, est que le roi soit restauré d'abord sans conditions, ensuite sans que la force des armées alliées paraisse le remettre sur son trône ' . n Le temps pressait, l'armée coalisée arrivait sous Paris; Fouché d^une part, Talleyrand de l'autre, négociaient avec Louis XVIII la charte des Français et leurs capitulations privées; le roi ne se pressait pas, marchandait, raffinait sur les mots, et, dans le malentendu, l'occasion menaçait de s'évanouir. Wellington se décida à déchirer le voile ^. Le 29 juin, de nouveaux commissaires — les premiers étaient, en ce tempslà même, à Haguenau — se présentèrent au quartier général de Wellington à Louvres : c'étaient Andréossi, Flaugergues, Boissy d'Anglas, de Valence et La Besnardière; un ancien ambassadeur de Bonaparte à Londres , un ancien membre du comité de l'an III, un général de l'armée de Dumouriez. Ils demandaient une suspension d'armes. Wellington la refusa. lis parlèrent de l'état futur de la France, tâchant de démêler sijes alliés seraient portés à reconnaître la régence, ou ce qui s'y pourrait substituer, dont ils ne parlaient pas. Wellington éluda la réponse, sauf sur un point : les alliés, dit-il, ont déclaré ne vouloir faire la paix ni avec Napoléon ni avec aucun membre de sa famille. C'est là que l'attendaient ces fins politiques. Ils insinuèrent confusément des combinaisons vagues, un prince étranger *, et enfin ils balbutièrent le nom
* Wellington à Talleyrand, 24 juin 1815. Cf. Lettres de Pozzo à Netselrode, 23 mai, 26 juin 1815.
* Wellington au comte Bathurtt, 2 juillet ; Pozzo à Netselrode, i*' juillet 1815. ' En 1817, on pensa, dans le même monde, au prince d*Orange. En 1791 on
du duc d'Orléans. Wellington vit où ils en voulaient venir. Sa réponse ne laissa subsister aucune équivoque : « Suivant moi, l'Europe n'a pas d'espoir de conserver la paix si toute autre personne que le roi est appelée au trône de France; toute personne ainsi appelée devrait être considérée comme un usurpateur; elle chercherait à détourner l'attention du pays de l'illégitimité de son titre par la guerre et les conquêtes à l'étranger; les puissances de l'Europe devraient, dans ce cas. se mettre en garde contre un pareil mal, et tout ce dont je puis vous assurer, c'est, qu'à moins que je n'aie des ordres contraires de mon gouvernement, j'emploierai toute Tinfluence que j'ai sur les souverains alliés pour les engager à insister sur des garanties pour la conservation de la paix, outre le traité lui-même, si l'on adopte l'arrangement dont vous venez de parler. » C'était clair : les Bourbons, ou le démembrement, la contribution de guerre, le démantèlement des forteresses, l'occupation. Les députés s'en allèrent comme iU étaient venus, et, malgré la parfaite clarté de ce langage, sans mieux comprendre les choses que leurs collègues d'Haguenau.
Le 3 juillet, Paris capitula. La capitulation, signée pouf l'Angleterre par le colonel Herney, pour la Prusse par le général Mttffling, et ratifiée par Davout, portait, article XII* :
Seront respectées les personnes et les propriétés particulières; les habitants et en général tous les individus qui se trouvent dans la capitale continueront à jouir de leurs droits et libertés, san'S pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien, relativement aux fonctions qu'ils
pensait à Brunswick, en 1799, au prince Henri de Prusse. — Cf. BàRANTR, lettre ilu 4 juillet 1815, t. II, p. 165 315-317. — Voir t. II. p. 333-334, 350. t. V, p. 455. — Les commissaires d'Haguenau auraient parlé d*un prince de Saxe. Pks- QCIER, t. III, p. 316. ' Argeberg, p. 14, 63.