LA SECONDE RESTAURATION
occupent ou auraient occupées, à leur conduite et à leurs opinions politiques.
Cet article, contre-partie de la déclaration de Brunswick en 1 792, méritait d'être cité à la fin d'un livre où Ton a enregistré tant de serments violés, de promesses re tractées, de traités rompus, tant de palinodies, de reniements et de dénis de justice aux peuples et aux individus; qui commence par les partages de la Pologne, et s'achève par le détorquement cynique du texte le plus précis qui jamais ait été écrit par des négociateurs. Ney, Labédoyère, pairs de France, se trouvaient à Paris; bon nombre de régicides siégeaient dans les chambres, dans les magistratures, à l'Institut : cette stipulation les plaçait sous la sauvegarde du droit des gens, il faisait de leur sûreté une condition synallagma tique, inséparable de la capitulation de Paris. L'honneur des alliés y était engagé comme celui de Davout, qui avait signé pour la France. Davout défendit le sien, les alliés firent bon marché du leur et laissèrent libre cours à la vindicte des factions, qui mena Ney et Labédoyère au mur, et les régicides en exil.
Les commissaires étaient revenus d'Haguenau et du quartier général de Wellington. Les députés, s'estimant informés, délibérèrent de voter une constitution et d'envoyer une députation au camp des alliés pour proposer a un tout autre souverain qu'un prince de la maison de Bourbon. » C'était, dans la rencontre, proposer le démembrement do la France. Mais les délégués ne purent franchir les barrières, et ce fut heureux. La restauration se fit à leur insu. Louis XYIII s'était mis en route. Il s'arrêta le 5 juillet à Ârnouville. C'est là qu'il reçut Fouché, endoctriné par Wellington à Neuilly, où il l'avait été voir en secret'. Fouché jouait la même partie, il fit le même calcul que Talleyrand en 1814, et la transaction fut la même entre le roi et lui. Le roi prit Fouché, en détournant la tête ; Fouché se donna, se prêta plutôt, reçut son gage et oublia le reste. Il avait sa place de sûreté, le ministère
1 Pozzo à Nestelnide, 4 et 8 juillet 1815.
kM WATERLOO. — 1815.
de la police, c'était, en définitive, à 8e8 yeux, ce qu'il fallait à la France, et tout Tesprilde sa conversion royaliste en 1815, comme de sa vertu républicaine en 1793 ^ Fouché ne s'impo* sait pas seulement; il était imposé par toute la cour : « Que voulez-vous? dit Talleyrand à Pasquier, tout le monde s'est réuni pour nous imposer cette loi. Le duc de Wellingrton, qui en a la tête tournée, est venu lui-même conjurer le roi... Ce n'est pas tout encore; le faubourg Saint-Germain ne jure que par M. Fouché, tout ce qui est parvenu de lettres et d'émissaires aux princes depuis quinze jours n'a parlé que de lui et des grands services qu'il rendait à la cause royale. Enfin le bailli de Grussol est arrivé hier et a si bien endoctriné Monsieur que, ce matin, il est venu trouver le roi. » <c Le bailli de Grussol, le plus arrêté dans ses principes et le plus encroûté dans ses opinions, rapporte Vitrolles, prêchait sur les toits que le salut du roi et de la royauté était uniquement dans la personne de Fouché. J'avais cru jusque-là que ces mouvements d'opinion étaient réservés à l'ignorance du peuple, et je fus étonné de voir les salons du faubourg Saint-Germain plus faciles à entraîner que les cabarets du faubourg Saint-Antoine, w
Les deux compères du temps de Barras, les deux associés de Brumaire, les complices du temps de Marengo, de Madrid, de Wagram, l'un prince, l'autre duc de l'Empire, sortirent du cabinet du frère de Louis XYI, l'un grand, poudré, insolent, pied bot et boitant, appuyé sur le bras de l'autre, grêle, blême et grimaçant*. « Je voudrais bien entendre ce que disent ces agneaux » , murmura Pozzo qui les rencontra.
* « Je suis de l'avis de Fouché, écrit Proadhon, et je pente qne le plut court alors était de revenir aux Bourbont, Fouché ne trahit pas. Il îal alors, comme toujours, le représentant de cet immense parti de patriotes, ou révolutionnaire! modérés, qui n'aimèrent jamais plus Tempereur que la Terreur, qui ne demandaient pas mieux que de le réconcilier avec les Bourbons si lea Bourbons leurs offraient des garanties, c'est-à-dire la conservation de leurs fortunes et de leurs emplois et les droits nouveaux créés par la Révolution » , Commentaires sur les mémoires de Fouché.
^ « Le vice appuyé sur le crime « . CiiATEAUBRiàND, Mémoires. — Broolie, SouvcnirSf t. I, p. 310.