‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 83 sur 103 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Louis XVIII était rentré dans ses Tuileries; mais il y vivait en roi séquestré de TEurope, comme Louis XVI l'était de son peuple après les journées d'octobre 1789. Il attendait, dans cette sorte de reléçation dorée, le traité que lui imposeraient les rois coalisés, comme Louis XVI dut attendre après Varennes la constitution que lui faisait TAssemblée nationale. Les conditions du gouvernement étaient épouvantables. Au nord de la Loire, l'invasion avec tous ses excès; au sud de la Loire, la terreur blanche avec toute ses fureurs. Entre les deux, l'armée française frémissante, famélique, révolution errante, toujours prête à mordre, à courir aux armes, ferment de révolte, partout où on la semait, qu'on ne pouvait déporter, qu'il fallait disperser, comme les huguenots sous Henri IV et les vendéens au temps du Consulat. Les alliés accaparaient le pays, maîtres des finances, disposant des sources ; ils entravaient toute police, empêchaient toute administration. Ils avaient organisé, à Paris, sous le nom de Conférence^ une sorte de gouvernement provisoire qui, s'il respectait, en théorie, le pouvoir du roi, en paralysait l'exercice. Cette conférence était composée, pour l'Angleterre, de Gastlereagh et de Wellington; pour la Russie, Rasoumowsky et Capo d'istria; pour l'Autriche, Metternich et Wessenberg ; pour la Prusse, Hardenberg et Humboldt.

Ils ne parlaient ni d'abréger ni d'alléger l'occupation. Les monuments publics étaient menacés. Louis XVIII, dans les

fêtes de 1814, avait pu s'étourdir de la joie de régner et croire vraiment, à tant de vivats et d'illuminations, que la catastrophe des armées françaises se tournait en bienfait pour la dynastie et pour la France. Une affreuse équivoque travestit toute cette première restauration. En juillet 1815, Louis XYIII se vit à la fois nécessaire et impuissant, il se sentit Français, il souffrit et il devint roi. Il trouva des mots qui restent, et il y ajouta une sorte de majesté poignante par le spectacle de ses inGrmités. BlUcher voulait faire sauter le pont d'Iéna. Louis écrivit qu'il s'y ferait porter dans son fauteuil. Voila toutes les ressources de prestige et d'influence de la monarchie française !

En 1814, ce fut un parti pris, de la part des alliés, de ménager la dignité des Français, l'amour-propre des Parisiens. Les Allemands rongèrent leur frein : on les força de se tenir au port d'armes, et quand ils sortaient dans les rues, de tenir les mains au corps, fermées et serrées. En 1815, on leur donna licence. En 1814 les alliés laissèrent aux musées les objet d*art conquis par la République et par l'Empire. Les diplomates ne s'en souciaient, les Prussiens protestaient peu, faute de chefs-d'œuvre à revendiquer; on laissa gémir les Hollandais et crier les Italiens. Dans la façon d'accorder à la tt vanité française » cette aumône de trophées, quand on dépouillait la France de tant de conquêtes, il entrait quelque peu de ce mépris orgueilleux qui a fait dire à un illustre historien allemand, marquant du sceau de la niaiserie le premier héros de la légende nationale française, le Gaulois Vercingétorix : a Tout est dit sur la nation celte, quand on dit que son plus grand homme ne fut qu'un chevalier M » Ils laissèrent dédaigneusement aux chevaliers leurs panoplies, au peuple ses hochets. En 1815, ce fut de conseil, et pour frapper les Français au point le plus sensible, les humilier devant eux-mêmes, les fustiger devant l'univers, que les alliés décidèrent de rendre aux Italiens, aux Flamands, aux Hol-

^ MoMMSKif, Histoire romaine.

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