‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 9 sur 103 · LE GRAND DESSEIN DE METTERNICH. — 181Î · texte numérisé non relu

LE GRAND DESSEIN DE METTERNICH. — 181Î

terres et offrirait le plus de garanties, sauf à préférer, dans le fond, que ce ne fût point à la France et que les intérêts se missent d'accord avec les rancunes; par-dessus tout éviter d'être écrasé par les masses ennemies avant d'avoir pu intervenir, voilà le dessein, très compliqué, que forma Metternich. Pour l'exécuter, il fallait, tout d'abord, reconstituer Tétat militaire de l'Autriche, alors plus qu'insuffisant. Cet ouvrage voulait du temps et de l'argent. Le temps, on l'obtiendrait de Napoléon ; l'argent, de l'Angleterre ' . « Les routes simples étaient impraticables » , rapporte un confident de Metternich en cette crise, Frédéric de Gentz. a Nous avons dû établir notre système sur des nuances intermédiaires ^ qui nous dispensaient à la fois de nous ranger en pure perte au nombre des ennemis de la France et de nous brouiller sans retour avec les puissances liguées contre elle *. »

La première de ces nuances de passage, et non la moins incertaine, était celle qui séparait l'alliance avec la France contre la Russie de la médiation entre la Russie et la France, ce qui conduirait, par des dégradations subtiles de couleur, à Talliance avec la Russie contre la France. En fait l'Autriche était neutre à l'égard de la Russie, en droit elle restait auxiliaire de Napoléon ; l'art consistait à réduire le fait et le droit en un seul terme, l'entremise. Metternich l'insinua comme une évolution de Talliance; si Napoléon s'y prêtait, la neutralité à l'égard des deux belligérants en serait la conséquence, car c'est la première condition des bons offices que la parfaite indépendance de l'officieux.

Le 9 décembre, Metternich adressa une dépêche, qui était une véritable instruction, à M. de Floret, accrédité à Vilna, près du duc de Bassano. Rien, disait-il, ne saurait, en ce moment, déterminer l'empereur Alexandre à une paix séparée; une paix générale est seule possible, en admettant

* OscKBR, t. II, liv. VIII, ch. III. Voir en particulier les notes et mémoires de Radetsky. — Fourrier, Napoléon, t. III, ch. iy.

' Dépêches aux hotpodars de Valachîe,u I. — Metternich, à Wessenberg; mission à Londres, 8 février 1813..

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