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LA DÉFENSE NATIONALE ET LA COMMUNE

était nécessaire de rassurer Topinion, et que la fièvre où Ton vivait ne se prêtait point au jeu hasardeux de la grande guerre. Avant tout , il fallait empêcher Tennemi de pénétrer en France. Servan invita Dumouriez, le 22 août, à concerter, dans cette vue, ses mouvements avec ceux de Kellermann, qui venait de remplacer Lukner à Tarmée de Metz. Servan avait raison; les nécessités de la politique s'accordaient ici avec celles de la guerre.

Le 24 août, on apprit à Paris que Longwy était bloqué. Cette alerte raviva les dissentiments des partis. Les (prondins songeaient à transporter le gouvernement hors de Paris. Ils croyaient pouvoir gouverner la Révolution par les provinces. Danton ne la pouvait gouverner que par Paris. Il fit décider que le gouvernement y demeurerait. Dès lors, et à tout prix, il importait que Paris ne parût point exposé. Servan écrit lettres sur lettres à Dumouriez. II le presse de se rendre à Sedan : « Dans la position dans laquelle nous nous trouvons... il fout uniquement empêcher les ennemis d'arriver jusqu'à Paris. » La conquête de la Belgique sera facile en hiver; présentement, elle serait funeste. « C'est mon avis, Topinion du Conseil et celle du public ^ » — Le 26 août, on reçoit la nouvelle de la capitulation de Longwy. L'Assemblée prête serment de rester à son poste jusqu'à ce que la Convention soit réunie. « Vous serez sans doute étonné, écrit Servan à Dumouriez, le 27 août, de recevoir chaque jour un courrier extraordinaire de moi, vous disant toujours la même chose, et surtout contrariant vos désirs les plus vifs... Croyez bien que, puisque j'insiste, c'est que je vois le salut de l'État et votre gloire attachés aux mesures que je vous prescris. »

Les alarmes croissent. La Commune guette les défaillances du ministère, afin de le supplanter. Danton n'est pas homme à se laisser dépasser. Il tient, comme l'a enseigné un maître, que a dans les révolutions qui sont assez grandes pour tenir tous les esprits dans l'inquiétude, ceux qui priment sont

' Serran à Dumouriex, %k et 25 août, Archives de la guerre*

toujours applaudis, pourvu que d'abord ils réussissent ^ » . « Le 10 août, disait-il à ses collègues du Conseil, a divisé la France en deux partis, dont l'un est attaché à la royauté et l'autre veut la république... Celui-ci, dont vous ne pouvez vous dissimuler Textréme minorité dans l'État, est le seul sur lequel vous puissiez compter pour combattre... » « La France est dans Paris... C'est dans Paris qu'il faut se maintenir par tous les moyens... Mon avis est que pour déconcerter leurs mesures et arrêter l'ennemi, il faut faire peur aux royalistes.» « Nous ne pouvons, répétait-il quelques jours après, gouver* ner qu'en faisant peur '. »

La Commune l'exige ', Danton prend les devants. Il provoque les visites domiciliaires et l'arrestation des suspects . L*Assemblée décrète la confiscation des biens des fauteurs de guerre civile* l'internement des parents et enfants des émigrés, le bannissement des prêtres réfractaires. Danton se flatte ainsi de prévenir la Commune. Il s'abuse. La Commune s'empare de ces décrets et en précipite l'exécution. Le gouvernement remplit les prisons. Quand les prisons seront remplies, la Commune opérera^. Elle sait bien que le gouvernement ne la généra pas.

' Mémoires de Retz, année 1652, à propot det deueins de M. le Prinee fur Péris.

* ROBIRET, Proeiâ des Dantonisîes, p. 89, M; Séoun^ Mémoires, 1. 1, p. i%,

* Un libellitte aox gagée des princes, sorte de Marat de la Fronde, Montandré, donne les mêmes conseils à Condé, en 1652 : « II faut renforcer le parti le plos juste, ou le seul juste. . . par un soulèvement et par une émeute générale dans Paris.. Le fer sera notre îuge. Le plus fort sera le plus juste... Faisons carnage de l'autre [parti], sans respecter ni les grands ni les petits, ni les jeunes ni les ▼ieuz, ni les mâles ni les femelles... Alarmons tous les quartiers, tendons les chaînes, renouvelons les barricades, mettons l'épée au vent, saccageons, brisons, sacrifions à notre juste vengeance tout ce qui ne se croisera pas pour marquer le parti de la liberté. . . Paris n'aura pas plus tôt remué qu'il remuera toute la France. . . • C'est sui- ces détestables conseils que se prépara rattcniat de riiûlel de ville, destiné, dans la pensée des auteurs^ à frapper Paris de terreur et à le soumettre par là. Sainte-Aulaire, Histoire de la Fronde. Paris, 1857, t. III, p. 146, 205 et suiv., 379 et sniv., appendice. -^ Cf. Ghérdei ^ Histoire de France sous le ministère de Mauurin, Paris, 1879, t. I, p. 218-226.

^ Procédé classique : Remplir les prisons et les vider par le massacre. Comparer, dans MiCBSLET, Histoire de France, liv. IX, cfa. ii, l'histoire du mas- •acre des Armagnacs en 1418 , et celle des massacres du Midi en 1815 ; Ernest Daudet, la Terreur blanche. Paris, 1878 ; Duve&gibr de HAURAinfB, Histoire pag^ Umentaire, t. I, p. 209; madame DS Rbhuut, Lettres, t. I, passim.

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