RUPTURE AVEC L'ANGLETERRE
Le 23 janvier, Dumouriez écrivit à Miranda : & La catustrophe du 21 nous donne vraisemblablement pour ennemis tous les peuples de TEurope... Nous sommes encore incertains sur le parti que prendra TAngleterre, et c'est ce parti qui déterminera notre conduite pour la Hollande. Le Conseil, après le désir des Anglais et des Hollandais, a jeté les yeux sur moi pour aller en Angleterre, en ambassade extraordinaire, afin de faire décider cette nation catégoriquement pour la paix ou pour la guerre... Gomme c'est un oui ou un non que je vais demander, comme Gaton à Garthage, cette mission ne durera pas plus de huit jours... Gette mesure est grande et noble. Si elle réussit, nous diminuons le nombre de nos ennemis, et nous pouvons faire la même guerre que la campagne précédente. Si elle ne réussit pas, nous prévenons les Anglais et les Prussiens. Nous les étonnons par Fattaque de la Hollande; nous fiiisons une grande diversion qui sauve l'armée de Custine, et nou8 aurons plus fiacilement la paix; car c'est à quoi il faut tendre '... »
Le même jour, Dumouries écrivit à lord Auckland, lui demandant une entrevue sur la firontière de Hollande, entre Anvers et Bréda. Maret partit pour l'Angleterre, afin de préparer Pitt, le cas échéant, à recevoir Dumouriez. Lebrun manda à Chauvelin de revenir en France , après avoir remis une dernière note à lord Grenville : • Vous ferez sentir que si le ministère britannique, rendu à des sentiments plus convenables, désirait un rapprochement, il nous y trouverait disposés;... que cette guerre, ne fût-elle qu'une série de victoires, nous paraîtrait encore funeste, s'il en résultait le réveil de ces haines nationales que de longues années ne suffisent plus à détruire *. »
Dumouriez quitta Paris le 26 janvier, décidé à la lutte. Il avait assez de perspicacité pour pressentir que l'époque des belles aventures était passée; mais il n'avait ni assez de clairvoyance, ni assez de vertu pour chercher dans la Révo«
' Roiu, Miranda^ p. 42.
' Lebrun à Chauvelin, 2S janTÎer 1798.
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hition autre chose que des aveoUires plus hasardeuses eocore.
La nouvelle de rexécutioii de Louis XVI se répandit à Londres le 23 janvier au soir. La consternation lut générale. Les théâtres se fermèrent. La cour prit le deuil. Le roi parut en public le 24, et fut accueilli par des cris de : Guerre aux Français ! Cependant Pitt et Grenville hésitaient encore aux mesures irrévocables. Ils redoutaient de rompre entièrement avec ceux des whigs qui condamnaient le régicide, mais qui demeuraient opposés à la guerre. Ils ne désespéraient pas complètement d'obtenir, par la négociation de lord Auckland, un moyen décent de conserver la neutralité de la Hollande et d'obtenir Tévacuation de la Belgique. Mais George 111 était indigné. Il intervint personnellement et décida Grenville à expulser Chauvelin. Le cabinet enjoignit, le S4 janvier, à cet envoyé de quitter le royaume avant le I" février. Il partit aussitôt. Le 28, le Parlement en fut informé, et le roi demanda, par un message, des armements contre la République. Maret arriva sur ces entrefaites. Il écrivit à Lebrun qu'il ne serait reçu nulle part. Je suis forcé, ajoutait-il, de ne pas sortir de chez moi « pour n'être pas exposé aux insultes et peuirétre à la férocité de cette partie ignorante et trompée de la nation que Ton appelle encore ici la populace... La mort du roi a produit l'effet prévu; la haine contre le nom français est maintenant portée à son comble... Le deuil ordonné par la oonr a été pris d'une manière générale à Londres. Tout homme qui avait ou a pu se procurer un habit noir, s'en est revéto. • • L'opinion nationale nous est entièrement défavorable, mandait, de son côté, un secrétaire de l'ambassade, Reinhard, et, même dans le cas de moins d'unanimité, nous ne pouvons prudemment séparer le gouvernement de la nation '. » Le gouve^ nement anglais avait perdu toute illusion sur la possibilité d'un accommodement. Il s'engagea dans la guerre avec la résolution inébranlable de conduire cette guerre i ses fins, c'est^-dire
* Ifarel à LebroD, 31 janvier; Reinhard ii Lebmn, 28 janvier 1781.
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de réprimer la propagande révolutionnaire et de chasser les Français des Pays-Bas.
GrenvîUe prononça, U l'' février, b la Ohambre des iords, an discours violent contre les ambitions de la France. 8taohope, Lansdowne, Laiiderdaie et Deiiiy persistèrent à protester eontre la (puorre. Le même jour, Pîtt parlait aux Communes. Il dénonça le régicide du âl janvier comme « le forfait le plus odieux et le plus atroee 4|ni ait été raconté par l'histoire » . Il accuaa la France d'avoir manqué troi« fois A des engagemeoÉs réitérés : la renonciation aux conc|uétes, la renonciation à êimmw^T dans les af&ires ultérieure des nations neutres, la promesse de reapeeter les droita du roi d'Angleterre et de sas alliés, il aUégua les décrets du 19 novembre et du 15 décembre; la maxime : Guerre aux thàuaux, paix aux chaumières l la prétention des Français de distinguer, dans leur politique, les nations étrangères de leurs gouvernements; le prosélytisme annexioniate ; la réunion d^ opérée de la Savoie ; 1 ouverture de TEscaint. Les Français, dit41, en prétendant propager leurs principes, rendent leur révoluticm incompatible avec la paix de TEurope. L'Angleterre doit pourvoir A sa akreté propre, à celle de ses alliés, à celle du continent. Si elle ne le fait point, elle se déshonore et livre l'Europe au joug des Français. Si des explications sont proposées par la France, igouta Pîtt, on ne refusera pas de les écouter ; mais révéneaaent est peu vraisembld>le. — Beau<^amp appuya le cabinet. Il rap^^ela que depuis la ehute de la maison de Bourgogne, c'était un principe de la politique anglaise de ne jamais abaodMMser le Brabant eux Français ' . U montra le caractère iaoendieire des prinoîpes français. Les ivhigs pacifiques opposèrent à ces aconaatiodBS les prétendus principes de la coalition et le « aanguûnaîre, Tinâime » manifeste du due de BrunsmdL Wliitbread eenspara ee soi-disant prince philosophe aux envabi^seurs barbares. G*eat, ditil, l'esprit d'Attila qui anime les icoelâsée, e^itide .deaUjiHedeaet de conquête. On fait grand
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éclat des ambitions de la France ; on ne dit rien des agrandissements de la Russie et de Tinvasion de la Pologne, qai, certes, rompent aussi la balance de TEurope. Fox fut éloquent comme toujours ; mais il ne regagna point de voix à son opinion, et le cabinet garda sa majorité.
C'est qu'au fond les motifs qui avaient longtemps détourné les Anglais de briser avec la France contribuaient désormais à populariser la guerre. Les libéraux avaient admiré les prin< cipes de la Révolution, et tous les intérêts avaient profité de Faffaiblissement de la France. Mais dorénavant les Français entreprenaient de propager violemment au dehors leur système de liberté révolutionnaire : ils devenaient dès lors opposés aux libéraux anglais , précisément parce que ces Aurais tenaient au système des libertés anglaises. Les Français prétendaient étendre leurs côtes maritimes, acquérir des débouchés nouveaux, et les mêmes motifs d'intérêt pour lesquels on s^était félicité à Londres de la décadence du commerce français et de la ruine de notre marine y rendaient les esprits hos^ tiles à ces vues de relèvement et d*extension des ressources de la France. C'était ce que Danton et ses amis ne comprenaient point : par cela seul que la République triompherait en Belgique et en Hollande, l'Angleterre en deviendrait l'ennemie irréconciliable. Il aurait fallu, pour qu'il en fàt autrement, qu'elle cessât d'être l'Angleterre. Voilà ce qu'aucune révolution ne pouvait opérer. Les nations plient les idées abstraites à leurs passions héréditaires et à leurs intérêts pe^ manents ; leurs révolutions procèdent de leur caractère, et elles manifestent ce caractère avec d'autant plus de puissance qu'elles sont plus profondes et plus populaires. La force des choses précipitait ces deux peuples dans une lutte qui mettait en jeu leurs conditions mêmes d'existence. Les objets principaux de la politique nationale de l'Angleterre : la Belgique, Anvers, la Hollande, devenaient les objets principaux de la politique nationale de la République. L'entrée d'une nation dans la coalition des rois modifia tous les éléments de la guerre. La République n'avait eu devant elle que les généraux