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révoltée contre Joseph II, parce qu'il avait violé les vieilles chartes et prétendu constituer la Belg[ique selon Tesprit du siècle, centraliser le gouvernement, subordonner T Église à TÉtat, dissoudre les congrégations, fermer les séminaires. La liberté, pour les Belges, c* était ce que Joseph II leur avait pris, ce que ses successeurs ne leur avaient rendu qu'à demi. Au lieu de cette liberté, on leur apportait une révolution. Ils trouvaient trop dur le gouvernement des fonctionnaires autrichiens : on les mit au régime des clubistes de Paris. Ils protestaient contre les impôts levés par rAutriche : on les accabla de réquisitions et de contributions de guerre. Us réclamaient leurs moines et leurs séminaires : on chassa les moines et on pilla les églises. Ils prétendaient constituer, dans une république fédérative, une oligarchie paisible, commerçante, prospère, k la flamande : ils se virent soumis à toutes les rigueurs de Toccupation militaire, ruinés par les assignats et poussés à s'engloutir malgré eux dans la démocratie révolutionnaire d'une grande république centralisée.
Tout Fart des agents du pouvoir exécutif s'employa à empêcher les Belges de former un foyer de révolte. Les instructions du Conseil prescrivaient à ces agents de « municipaliser » les villes et les districts, non d'organiser et de constituer un État; ils devraient ensuite « appuyer, encourager, faciliter « dans cette nation éparpillée et disloquée des votes fragmentaires de réunion . Le Conseil en faisait ressortir les avantages. Ce serait « d'augmenter notre population de trois millions d'hommes, l'hypothèque de nos assignats de plus d'un milliard par la vente des biens nationaux, nos revenus annuels d'environ quarante millions et nos forces de cinquante mille soldats... de propager plus facilement la liberté, d'amener enfin la Hollande à une révolution et l'Angleterre à une composition qui fissent respecter notre république autant qu'il lui importe de l'être ^ » .
Les procédés prescrits par le Conseil exécutif offraient
* Circulaire du 31 janvier 1793.
tSk LA GUERRE DE CONQUÊTE. — 1703.
des ressources infinies à rintimidation. Les commissaires en usèrent largement. Ces zélateurs à poigne se réunirent i Bruxelles pour délibérer sur leurs instructions; considérant déjà que la Belgique leur appartenait, ils se consultèrent sur le sort qu'il leur convenait de lui attribuer. Ils déddèrent à Funanimité de provoquer et de commander des votes d'annexion à la République. Il ne fiallait point que les Belges opposassent des votes contraires, a Le vœu d'un peuple enfant ou imbécile serait nul parce qu'il stipulerait contre lui-même «, dit le commissaire Ghaussard. Ghépy opina que la réunion devait être opérée a par la puissance de la raison, par les touchantes insinuations de la philosophie, de la fraternité, et par tous les moyens de tactique révolutionnaire. — Au cas, ajoutait-il, que nos efforts soient infructueux, et que l'on continue à nous opposer le système désespérant de la force d'inertie, j'estime que le droit de conquête, devenu pour la première fois utile au monde et juste, doit faire l'éducation politique du peuple belge ^ »
Les commissaires se présentèrent partout en maîtres. Ils eurent soin d'échelonner les élections afin d'y faire intervenir la force armée, qui était leur principal moyen de persuasion. « Il faudra, disait encore Ghépy, déployer l'appareil imposant de la force nationale pour éloigner du théâtre des assemblées primaires des scènes scandaleuses. » S'inspirant de l'exemple des intendants missionnaires de Louis XIV, ih réclamèrent « des dragons de la République » pour activei les conversions. « Nous ne vous dissimulerons même point, écrivaient-ils, que nous n'oserions pas, avant leur arrivée, faire convoquer les assemblées primaires. Tout ce que nous voyons nous assure que le sang coulerait dans ces assemblées si une grande force ne venait contenir les malintentionnés*. » Mons était la ville la mieux disposée. Les électeurs
' Sur les élections et let vœux de réonion, Toir Cbdqubt, Jemappet, p. S38-25S.
' GoMoin, Delacroix et Merlin à la Convention, 17 février 1703 ; 13, ISfénitr; AuLABO, t. II, p. 151, 159.