L'INVASION DE LA HOLLANDE
la main, exterminer la République et ses adhérents, rétablit une loi et un roi dans ma patrie, et dicter ensuite la paix au reste de TEurope. » Le roi dont il parle eût été Louis XVII rég^nant sous sa tutelle constitutionnellement avec deux Chambres'. C'était une aventure, il s*y jeta en véritable aventurier, ne cherchant que les coups d'éclat, visant à surprendre et à éblouir. L'état de son armée l'oblig^eait, du reste, aux manœuvres rapides. « Tout manque aux troupes que j'emmène avec moi » , écrivait-il, le 18 février, à Beurnonville. Il chargea l'un de ses lieut'^nants , Miranda , d'assiéger Maëstricht : il avait des intelligences dans la place et pensait qu'elle capitulerait promptement. Gela fait, Miranda marcherait sur Nimègne avec un corps qui, renforcé par une partie de celui de Valence, s'élèverait à trente mille hommes. Cependant, il s'avancerait lui-même sur la basse Meuse, la passerait vers Dordrecht, surprendrait les Hollandais et, rejoint par Miranda, les mettrait entre deux feux
Il franchit la frontière, le 17 février, près de Berg-op-Zoom, et lança aux Bataves une proclamation destinée à séparer la nation de son gouvernement. Il menaça de répressions sévères les magistrats qui ordonneraient d*ouvrir les écluses ou de rompre les digues : leurs biens seraient vendus au profit des habitants des pays inondés. C'était habile ; mais il aurait dû agir très vite, et il fut arrêté à l'embouchure de la Meuse, faute de moyens de passage. Miranda était également arrêté devant Maè'stricht : il comptait sur un coup de main, il le manqua, et comme il n'avait point d'artillerie de siège, il lui fallut se borner aux menaces et aux démonstrations. Ces retards permirent aux Autrichiens d'arriver. Clerfayt poussa devant lui le corps de Valence, qui, affaibli par les désertions et disséminé dans des cantonnements trop étendus, ne présentait pas de consistance. L'archiduc Charles marcha sur Maëstricht; Miranda se crut perdu, leva le siège la nuit du 3 mars, et se replia sur Liège, où se trouvait Valence. Pendant tout l'hiver,
' Gonvertation avec Metternicb, 18 juin 1703, Zbissbkbo, t. III, p. ii? . III. St
cette armée s'était déhnndce faute d'officiers, faute de discipline, faute de fournitures. Cet échec l'acheva'. Elle se retira devant l'ennemi, et la retraite se transforma bientôt en déroute. Redoutant les vengeances du prince-évéque, les habitants du pays de Lièg^e, qui s'étaient prononcés pour la Révolution, s'enfuyaient, emportant ce qu'ils pouvaient, errant sur les routes, dans la neig^e, la plupart sans ressource. Les Autrichiens occupèrent Liège le 5 mars. Le prince de Gobourg, qui les commandait, frappa le pays d'une contribution de six cent mille florins, imputables principalement sur les biens des révolutionnaires : ils devaient payer le double, le triple, le quadruple et même le centuple des autres ; c'était la contre-partie du décret de décembre.
En Belgique, les commissaires de la Convention ordonnèrent aux agents du Conseil exécutif de faire transporter â Lille, « pour les mettre à l'abri des événements » , l'argenterie et les objets précieux provenant du séquestre des communautés. La mesure ne devait point s'appliquer aux trésors des églises paroissiales et aux objets du culte. Les agents n'en tiennent nul compte et font main basse sur tout ce qui leur convient. A Bruxelles, à Sainte-Gudule , une bande de scélérats saccage .l'église et termine le pillage par une mascarade en habits sacerdotaux. Le peuple s'indigne et devient menaçant. Les commissaires du pouvoir exécutif le font désarmer par la troupe, prennent des otages et menacent la ville d'exécution militaire. A Grammont, le commissaire français est arrêté. L'insurrection se propage dans la Flandre; il se forme des rassemblements armés. On est à la veille de ces Vêpres siciliennes prédites et redoutées'.
Le Conseil exécutif, averti du péril, se décide à rappeler Dumouriez. Ce général reçoit le 8 mars l'ordre formel de rétrograder : c'est la ruine de ses projets ; mais il connaf t
> Dnmouries à Bearnonville, IS mars i79f .
* Voir les lettres des reprétentanti en mitsion et le rapport de Gamoa, 11, 18 et 22 man, Aulard, t. II, p. 338, 340, 893, kk%JM, — Ghoquet, id,, cL. ni, Neerwinden