III
terminait par ces mots au sujet des commissaires détenus : tt Leur sort est entre vos mains. » Gobourg faisait allusion aux prisonniers du Temple'. Les conventionnels, persuadés que Gobourg se prêterait à un accommodement, lui écrivirent, et Dampierre chargea le colonel Ghérin de porter leur lettre. Ghérin était fils du généalogiste de France; il était instruit, distingué, et, à défaut de clairvoyance politique, il avait un patriotisme sincère, de Tà-propos et de la dignité. Il se présenta le 13 au soir, après une journée de combat, au quartier général autrichien. Mais, dans Tintervalle, il était arrivé un courrier de Vienne, et les propos que recueillit Ghérin furent tout autres que ceux qu'il espérait rapporter.
Reçu par Mack, qu'il reconnut pour avoir négocié avec Dumouriez, il fut conduit par cet officier auprès de Gobourg'. La conversation dura près de deux heures, et Ton n'y fit pomt autre chose que de se tàter de part et d'autre. Gobourg et Mack, comme naguère les Prussiens dans l'Argonne, prodiguèrent à Ghérin les politesses, dénonçant les vues ambitieuses de l'Angleterre, regrettant la rupture de l'alliance de leur cour avec la France, déplorant l'état anarchique de Paris et la violence du langage des conventionnels, qui dépassait toute imagination. Ils ne voulaient d'ailleurs rien faire que d'accord avec le roi de Prusse. Gobourg ne songeait pas à renouveler les imprudences de Brunswick. « Il n'est point entré dans ma tête, dit-il, de pénétrer jusqu'à Paris; nous voulons seulement des barrières pour la Belgique, n Ghérin parla de façon à convaincre ses interlocuteurs de l'unanimité des sentiments patriotiques des Français, de l'impossibilité de détourner l'ai^ mée de ses devoirs, du mépris général où était tombé Dumouriez dès l'instant qu'il avait paru pactiser avec l'ennemi. « Prenez, dit Gobourg, une forme de gouvernement stable à la tête duquel il y ait un chef qui ait le titre de roi, ou
> Gobourg à Mercy, 8 mai 1793, Mortimer-Ternauz, t. VU, p. 7S. — GobomiB aux commissairet, Moniteur, t. XVI, p. 159.
' Entretien du colonel adjudant génércd Lhérin avec le général prince de Cobourg et son adjudant général, colonel baron de Mack» le 13 avril 1793, Archives nationales.