LA CONFÉRENCE D'ANVEBS. STI
tout autre même. Alors, on pourrait prendre confiance en vous et Ton traiterait. — Reprenez, ajouta Mack, la Constitution de 1789, et la paix est bientôt faite. » Ghérin répondit en républicain. Après beaucoup de propos rompus, il en vint au fait. « Je sais, dit-il à Gobourg, que les commissaires dont je vous ai apporté les dépêches vous demandent leurs collègues et le général Beurnouville, que vous détenez sans aucune raison plausible, et cela en violant toutes les lois de la justice humaine. Vous ne pouvez les considérer ni conmie prisonniers de guerre, ni comme prisonniers d'État. Vous ne les avez point conquis. Ils vous ont été livrés par un traître. Il importe à votre gloire de ne pas profiter de sa perfidie. Vous écrivez aux commissaires que le sort de leurs collègues est entre leurs mains. Perdez-vous de vue tous ces prisonniers de guerre? parmi ces prisonniers, il en est de vos proches parents. — On s'est trompé, répondit Gobourg. — Le prince, ajouta Mack, n*a point certainement de proche parent parmi vos prisonniers de guerre. — Ainsi, général, poursuivit Ghérin, vous persistez à ne point nous rendre les quatre députés de la Gonvention et le général Beurnouville? — Gela ne se peut. J'ai les mains liées à cet égard. J'ai reçu des ordres de ma cour. » Gobourg ne voulait plus rien entendre sur ce chapitre. Il revint à la paix générale. « Si, dit-il, la France se détermine à sonder la Prusse, et que vous renonciez à toutes vos conquêtes, on pourrait convenir d'une suspension d'armes. Il se formerait un congrès, et nous entrerions en négociation ouverte. » Il n'ajouta point que, dans ce cas, l'Autriche renoncerait à procurer a des barrières à la Belgique » . Gette arrière-pensée de conquête était sous-entendue dans toutes les insinuations des Autrichiens.
Ges insinuations se répétèrent, comme par une sorte d'écho, jusque vers la fin d'avril. Wurmser les fit tenir à Gustine. Rivalz, qui séjournait en Suisse depuis qu'il avait dû quitter l'Allemagne, reçut des ouvertures analogues par le comte de Seckingen, qui passait pour un confident de l'empereur ^
1 Gonunnnîcation d'un officier de Dampieire, séance du 10 avril, Moniteur^ t. XVI, p. 182; CiuUne à Lebrun, 18 ami; Bîfik k Ubran, 17 aiftis 1708.
«7f LA TRAHISON DB DUM0URI15Z. — 1798.
C'étaient des vœux tout personnels, vœux d'honnêtes gens ou d'empressës, vœux stériles, dans tous les cas. Ils retardaient singulièrement sur les résolutions prises à Vienne. On estimait dans cette cour que, si la République consentait à traiter de ses otages, elle prétendrait les vendre cher, plus cher assurément que TAutriche n'entendait les payer. L'Autriche n'aurait pas refusé de les recevoir, mais, pour parler le langage cru des chancelleries, elle ne voulait les accepter que par-dessus le majcbé. Les amis de la reine la voyaient perdue. Us s'agitaient désespérément. Fersen nouait des complots romanesques, se forçant aux illusions, croyant quiconque le flattait de lui ouvrir quelque mystérieux souterrain de délivrance ^ Mercy l'encourageait et pressait Coboui^ de ses sollicitations. Gobouig en référa A Vienne. La réponse, qui se fit attendre, était significative. Le sort de la reine et de ses enfants était subordonné aux convenances générales de la politique. « Si Dampierre, écrivait l'empereur, remettait sur le tapis Tidée d'échanger la reine et la fomille royale contre Beumonville et les commissaires , vous pourriez lui laisser entrevoir que ce projet serait peut-être goûté, si la proposition en était faite dans une forme valable et par des gens qui ont en main le pouvoir de l'exécuter. « Mais dans aucun cas cet échange ne saurait motiver un armistice. Metternich écrivait, le 3 mai, à Trautmansdorf, chancelier de la cour aux Pays->Bas : « Ce que je vous ai mandé, Monsieur le comte» de la proposition qu'a faite la Convention nationale, de rendre la liberté à ta famille royale si on la rendait, par échange, aux prisonniers livrés par Dumouriez, est un fait avéré, que M. le prince de Cobourg m'a confirmé lui-même, lorsque je me suis trouvé à son quartier général; mais cette proposition ayant été accompagnée de la condition d'un armistice illimité, je suppose que le maréchal n'a point jugé à propos d'y acquiescer*. » Et ce fat tout.
^ Yoîr U Joumaè de Perten, aTrîl 1793, t. II, p. 68 et fuir.
' FrançoU à Goboiuqg, 24-29 avril 1793, Zeissbbro, t. I, p. 39. — Metternich à TrautmaDsdorf, Bévue rétrospective, troînème wêrie, t. VI, Fam, 1899, p. 452, d après l'origmal des Archivée natîoDalet.