CHAPITRE XXV
affranchir par les voies de la guerre l'Allemagne du joug médiat que lui impose la Russie, mais encore qu'elle aide les nations germaniques à se réorganiser.
Entre la Vistule et le Rhin, la réforme est faite dans les esprits qui se sont détachés du droit féodal, plus même peut-être qu'en Angleterre. Si l'on ne facilitait le succès pratique de cette réforme, une révolution ne tarderait pas à faire justice en bloc de tous les abus auxquels se cramponnent si follement les aristocraties. La guerre d'Orient a donné à l'Allemagne, sans qu'elle ait rien fait pour la mériter, la libre navigation du Danube jusqu'à l'Euxin. Elle lui donnera l'égalité civile et politique et la liberté, avec cette différence que l'Allemagne obtiendra ici ce qu'elle a mérité et que ses gouvernants lui dénient, en s'appuyant sur deux puissances dont l'une, la Russie, est guidée par des vues qu'il n'est plus besoin de qualifier, et l'autre est rentrée en 1813 dans des conditions qui la condamnent au despotisme le plus affreux. La réforme, avec le concours moral de l'alliance occidentale, ou une révolution qui mettrait au raz du sol nombre de choses qu'il faudrait relever ensuite : voilà le dilemme du côté de l'Allemagne.
L'auteur a trop d'expérience pour ne pas prévoir qu'on le traitera à ce sujet de rêveur éveillé ou de
brouillon. Ce malheur lui est déjà arrivé lorsqu'il prédisait que le nouvel empire français serait amené, quoi qu'osassent dire ses imprudents amis, à prêterappui à l'Espagne, pour qu'elle ne soit pas jetée tout à fait hors des voies parlementaires, à s'allier intimement au Piémont constitutionnel, et à couvrir au besoin de l'épée de la France la Suisse démocratique, ce prétendu point malade de l'Europe. Toutes ces prédictions, qu'il n'y avait pas du reste grand mérite à faire, se sont réalisées par la force interne de Talliance occidentale. Il faudra de même, pour la stabilité de l'Europe, que la Russie soit désarmée de sa puissance d'agression, et que l'Autriche soit ramenée à des conditions d'existence à peu près compatibles avec le principe des nationalités.
Quand on considère les énormités au prix desquelles a vécu et vit l'empire des Habsbourgs, et qui viennent d'être couronnées par un concordat insultant pour les mœurs civiles et politiques de notre époque, on a peine à retenir ce cri : Delenda est Austria. Mais la raison fait comprendre que la suppression de l'Autriche causerait un véritable bouleversement dans l'Europe centrale; c'est la crainte de ce bouleversement qui a engagé M. Drouyn de Lhuys et lord Russell à vouloir enrayer la bataille et h transiger avec la Russie avant la chute de Sébas-