CHAPITRE XXVI
belge et dire : Ceci est la nouvelle constitution de l'Autriche; le jeune empereur François-Joseph, pressé par la nécessité d'apaiser les peuples soumis à son sceptre, pourrait bien déclarer qu'il s'appuierait « sur l'égalité des citoyens devant la loi, et sur le droit acquis des représentants du peuple de s'associer au gouvernement. » Mais des hommes d'Etat ne devaient accepter ce langage que comme un stratagème de guerre. L'avant-parlement, au contraire, eut foi en lui-même, comme s'il avait reçu d'en haut le don de faire fléchir toutes les traditions et de changer la nature des princes.
Ajoutons que les théoriciens allemands ne s'étaient pas seulement bercés de l'idée de dominer par de simples votes leurs anciens dominateurs : ils avaient éveillé des défiances en France, en Hollande, en Italie, en Pologne, par des décisions et des formules si peu d'accord avec la politique, que l'on a peine à comprendre aujourd'hui qu'elles aient pu réunir la presque unanimité dans une assemblée.
« Qu'est-ce que la patrie d'un Allemand ? » avait demandé M. Schaffrath. Et à cette question l'avantparîement avait répondu, avec un lyrisme très-peu politique et même très-peu social : « La patrie d'un Allemand est tout pays où l'on parle allemand, tout
pays où il y a, en nombre considérable, des hommes d'origine allemande. » En déclarant que l'origine décide des nationalités, nonobstant toutes les considérations tirées du temps, des mœurs, de l'assimilation légale, l'avant-parlement revendiquait implicitement l'Alsace, la Lorraine, la Hollande, qui est si évidemment d'origine allemande, la Belgique même, que Charles-Quint appelait « mes Etats de Basse-Allemagne, » et qui entrait dans le neuvième cercle de l'empire. Il y a plus, joignant la pratique au précepte, l'avant-parlement accaparait le duché polonais dePosen, patronnait l'insurrection qui avait pour but d'incorporer à l'Allemagne le Schleswig, dont la population est en majorité danoise et finnoise. C'est enfin l'avant-parlement qui a semé le germe de cette funeste déclaration de la constituante, que l'Allemagne était tenue, par la nécessité de sa position géographique, d'empêcher que l'Autriche fût exclue de l'Italie.
Et ceci n'est point de la politique rétrospective; ce que je dis, ou plutôt répète aujourd'hui, je le disais en 1848 et 49, parlant au nom du Siècle. Non jamais nous n'avons cru que la liberté allemande pût tenir debout sur la base où l'avant-parlement et la constituante de Francfort prétendaient l'édifier, quoique l'avant-parlement eût manifesté un profond