‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 114 sur 165 · chapitre xxvi · texte numérisé non relu

chapitre xxvi

sentiment de l'avenir en inscrivant ces mots dans son programme : « Point d'alliance avec la Russie.»

Ce fut le 18 mai 1848, à quatre heures et demie, dans l'église Saint-Paul, que s'ouvrit la constituante de Francfort, grand et décisif événement pour l'Allemagne, malgré l'échec final subi par cette assemblée. Il y a dans toute révolution les principes, qui sont la constatation des vérités sociales acquises à la raison générale d'une nation, et la mise en œuvre des principes, laquelle constate seulement le degré d'habileté des hommes investis du mandat populaire. Les rois de l'Allemagne sont sans doute bien fiers d'avoir par force et par ruse amené la constituante allemande à finir dans un état voisin du ridicule. Or, cela ne prouve rien, sinon contre la capacité pratique de quelques individus. Abattre les paratonnerres, ce n'est pas anéantir la découverte de Franklin : c'est s'exposer à la foudre jusqu'à ce qu'une main plus savante les ait relevés.

La constituante allemande a commis d'immenses fautes. Elle a prétendu élever à la hauteur d'un principe la théorie universitaire des nationalités

par Tunique considération de l'origine; elle s'est désarmée contre le droit de conquête qui fait la vie de l'Autriche, en se réservant d'appliquer, au profit de l'Allemagne, ce droit des anciens jours à une partie de la Pologne, du Danemark et de l'Italie. Avertissant l'Autriche qu'elle l'exclurait de l'Allemagne, car c'est bien l'Autriche que désigne l'article 2 de la constitution ainsi conçu : « Aucune partie de l'empire germanique ne pourra être réunie avec des pays non allemands, et si un pays allemand a le même souverain qu'un pays non allemand, les rapports entre ces deux pays ne pourront être réglés que d'après les principes de l'union purement personnelle » ; puis laissant à l'Autriche le temps de se remettre de ses défaites avant de la frapper d'exclusion par un vote formel (18 décembre 1848) ; enfin ne décernant l'empire au roi de Prusse qu'alors qu'elle allait manquer de force pour faire exécuter le décret de destitution du vicaire de l'empire,— la constituante allemande n'a su saisir l'àpropos dans aucune de ses décisions.

Notez que cette série presque miraculeuse de maladresses, d'antithèses entre le fait et le droit réel, coïncidait avec une série d'événements plus ou moins directement à l'avantage des vieux gouvernements, car voici ce qui s'était passé entre le 18 mai 1848, jour

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