‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 120 sur 165 · CHAPITRE XXVlf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVlf

ce sont précisément ces moments, ces moyens, ces détails qui forment le domaine de l'imprévu.

Ce qui n'est pas impossible et que je vais essayer, c'est d'éclairer la situation présente et future de l'Allemagne par l'exposition sincère de quelques grands faits qui sont les générateurs évidents des événements accomplis ou devant s'accomplir dans les soixante premières années du xixe siècle.

Au commencement de ce siècle, la vieille constitution impériale de l'Allemagne avait fait son temps, La France, qui dominait alors dans les pays germaniques, plus encore par l'autorité des idées de 1789 que par la puissance de ses armes, aurait dû asseoir la constitution nouvelle de ce pays sur un principe fédératif assez fort pour relier, assez souple pour ne pas confondre les trois groupes d'Etats allemands que tant de causes morales et matérielles rapprochent sur certaints points et séparent sur d'autres jusqu'à l'hostilité. Mais l'homme qui présidait alors à nos destinées ne sut réprimer ni son amour de la guerre ni son penchant natif pour la politique dominatrice inaugurée par Richelieu, exagérée et jetée

hors de ses véritables voies par Louis XIV. Loin , d'ailleurs, de trouver un correctif à ses propres passions dans le caractère de son ministre des relations extérieures, Napoléon rencontra dans M. de Talleyrand un esprit enclin à approuver tout haut ce qu'il blâmait tout bas. La confédération du Rhin fui donc fondée en vue d'une meilleure administration intérieure, mais non en vue de la liberté. Avant tout, Napoléon voulait en Allemagne un instrument de guerre.

Toutefois, il ne faut pas méconnaître les services que l'autocrate français a rendus à l'Allemagne. En 1803, il avait effacé sur l'une et l'autre rive du Rhin tous les fiefs ecclésiastiques, et plus tard il s'arma du droit de la victoire pour médiatiser quatre-vingtquinze principicules laïques ayant tous ensemble moins de douze cent mille sujets. C'étaient là deux bienfaits véritables. Ajoutons que la confédération du Rhin fat assise sur une observation juste des tendances nationales. Il existe une Allemagne qui n'est ni prussienne ni autrichienne, et qui, toute jalouse qu'elle se montre de sa nationalité, est ouverte à deux battants aux idées françaises, et maintenant, grâce au progrès, aux idées constitutionnelles de l'Angleterre. C'est de cette Allemagne que Napoléon se déclara le protecteur.

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