‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 126 sur 165 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

religion là où seulement elle est à sa place, — en dehors de toutes les affaires civiles et politiques de ce monde? Le Koran n'admet pas, dit-on, une telle séparation. La Rome papale ne l'a jamais volontairement admise, et le Koran n'est pas plus difficile que cette Rome à ranger sous l'empire de la raison.

En vérité, nous devrions être plus modestes, les Anglais en pensant aux abominations et aux misères dont ils ont chargé l'Irlande au nom d'une religion se déclarant la fille et la protectrice de la liberté; les Français en se rappelant les odieuses violences de la révocation de l'édit de Nantes. Nos écrivains traitaient ouvertement, avant la guerre, les Turcs de barbares et d'assassins des chrétiens d'Orient. Il y a maintenant plus d'euphémisme dans le langage, mais l'ancien mélodrame se retrouve toujours au fond de ce qui se dit, au fond de ce qui s'écrit. S'il ne s'agissait que d'une faute de goût, je passerais outre, quoique l'absence de goût ait plus de conséquence qu'on ne veut le croire dans les affaires de la vie. Mais ici c'est une vérité de fait qui est outragée si manifestement, que les Turcs sont autorisés à crier à la calomnie. Us sont en droit de dire à ieurs alliés ce que l'empereur Nicolas savait parfaitement, lui, et qui l'a déterminé à ne pas différer la guerre.

— Vous nous dénoncez aux chrétiens d'Occident comme les assassins et les déprédateurs des chrétiens d'Orient. Eh bien ! vous êtes venus chez nous ; les chemins vous sont ouverts pour y revenir : comptez ceux que vous appelez vos frères, ils sont deux fois plus nombreux qu'aux jours delà conquête ; supputez leurs fortunes, vous les trouverez en général plus riches que nous, leurs vainqueurs. Leurs anciennes églises sont debout, ils obtiennent la permission de les réparer, parfois même d'en élever de nouvelles. Loin que nous ayons porté atteinte aux privilèges de leur clergé, si les chrétiens ont à se plaindre de quelque chose, c'est que le sultan ait trop respecté les privilèges administratifs et judiciaires de leurs prêtres. Nous ne leur accordons, il est vrai, que d'hier l'égalité légale, mais combien de temps, cette égalité, nel'avez-vous pas fait attendre, ici à ceux qui reconnaissent l'autorité de l'évêquede Rome, là à ceux qui ne la veulent pas reconnaître? Vous nous avez donné de merveilleux exemples de courage, mais le courage est une obligation, non une dispense de bonne foi dans la constatation des faits. Vous nous déclarez plus ou moins explicitement indignes de vivre en Europe, et vous rangez au nombre des nations progressistes l'Espagne, qui a impitoyablement expulsé les Maures et inventé Pin-

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