CHAPITRE III
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marcher à côté des formes religieuses, sans dépendre de ces formes et sans leur faire subir d'autres froissements que ceux qui résultent de la rencontre plus ou moins tardive, mais inévitable, de la raison et de l'imagination. Les tribunaux mixtes ne sauraient donc dispenser de la création des tribunaux indigènes pour le jugement de toutes les causes où sont impliqués des sujets du sultan de religions différentes.
Ces tribunaux ressortiront naturellement au grand conseil de justice siégeant à Constantinople. Dans cette organisation, il y aura encore des tribunaux musulmans jugeant les causes entre les musulmans seuls; des tribunaux chrétiens jugeant les causes entre chrétiens ; des tribunaux juifs jugeant les causes entre juifs; mais je suis convaincu, comme Tétait notre ami Mathurin Cor, cette lumière trop tôt éteinte qui éclairait toutes les profondeurs des coutumes orientales, que les vieux tribunaux seront abandonnés pour les nouveaux offrant plus de garantie de justice et d'impartialité. L'histoire enseigne que les juridictions ecclésiastiques, comme les juridictions seigneuriales et locales, sont infailliblement absorbées par les juridictions partant des sommités de l'État trop souvent violent en politique, mais ayant intérêt à une bonne justice distributive
en tout ce qui touche aux relations purement civiles des citoyens. Et dans ce que j'appelle ici relations civiles par opposition à la politique, est comprise la sécurité des personnes avant même celle des choses.
La question judiciaire que Ton tenait pour insoluble sur la foi des bruits que faisait répandre la Russie et qu'accueillait la crédulité publique, est, comme on le voit, j'espère, par ce court et sincère exposé, très-susceptible d'une solution progressive et rationnelle. Depuis la guerre, des pas immenses ont même été faits dans cette solution que prévoyait la Russie. Les plus difficiles à éclairer à ce sujet ne seront pas les Turcs. Les prêtres chrétiens et les rabbins, qui tirent un énorme profit matériel et un grand ascendant moral du droit qui leur a été concédé, de remplir l'office de juges à l'égard de leurs co-religionnaires, ne se dessaisiront pas de ce droit sans jeter des cris dont le clergé moscovite et les sectateurs de Yétat chrétien se feront les échos. Il y aura ici mensonge intéressé, comme dans tout ce qu'on a dit, publié, accrédité sur la persécution des chrétiens d'Orient par les Turcs.