‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 141 sur 165 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

une question sur laquelle il est à craindre que l'Europe ne se partage.

Mais avant d'aborder ce sujet, j'éprouve le besoin de le redire encore : la nécessité de rappeler le clergé français dans les voies nationales n'est pas simplement démontrée par des raisonnements spéculatifs qui, parlassent-ils seuls, mériteraient certainement d'être écoutés ; elle l'est par les faits qui se manifestent avec une rare persévérance depuis 25 ans dans un pays voisin. J'ai nommé la Belgique.

Ce petit Etat possédant tout ce qui fait les Etats libres est entravé dans les développements de ses progrès moraux, intellectuels, industriels même, par un clergé imbu de doctrines ultramontaines. Le congrès constituant de 1831 fit la faute d'accorder à un corps constitué obéissant à un chef étranger à l'endroit duquel, au cas d'abus, il n'a ni garanties, ni réserves , les mêmes droits, la même liberté qu'aux citoyens placés tout entiers sous l'empire des lois de leur patrie. D'une telle inégalité de position entre les prêtres et les laïques il devait sortir ce qui en est sorti : une immixtion scandaleuse du clergé dans les affaires civiles et politiques- et une confusion déplorable entre le droit d'enseigner les choses purement mondaines et celui d'enseigner les choses purement religieuses.

262 l'edrope et la Russie.

De cette confusion est née chez le clergé la prétention admise par la loi de donner ou de refuser son concours à tout enseignement laïque selon qu'il l'approuve ou le désapprouve. En un mot, le clergé belge a voulu être le juge de tout le monde et le justiciable de personne. C'est le précepte ultra-montain dans toute sa force.

La Belgique, animée d'un esprit communal et provincial allant jusqu'à l'exagération, a toujours reçu son gouvernement du dehors ; elle n'est par conséquent point révoltée en masse contre l'intrusion de Rome dans les affaires de l'État, comme la France où tout est à l'excès et exclusivement gouvernemental. Cependant voilà que la Belgique se partage en deux camps au sujet des prétentions cléricales. D'un côté les campagnes, c'est-à-dire l'ignorance, le nombre, la tendance à la mendicité ; de l'autre les villes, c'est à dire les lumières, la richesse, la tendance à l'assistance fraternelle envers les travailleurs. Situation d'où sort ce dilemme : ou le clergé aidé par les campagnes l'emportera, et la Belgique abêtie ne méritera plus de compter parmi les nations et son gouvernement tombera dans un mépris universel, ou le parti philosophique revisera la constitution de 1831, et se couvrira en face du clergé de l'égide de nos libertés gallicanes, libertés

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