CHAPITRE XXXI
sulman. Toujours disposés à se quereller, à se tuer pour les dogmes, les peuples sont d'accord sur la morale. Or, politiquement parlant, la vérité est-elle dans ce que la majorité des hommes proclame vrai, bon, raisonnable, ou dans ce qui est pour un trop grand nombre un sujet de disputes et de haines, que rien ne saurait trancher absolument, puisque la question est dans la foi qui récuse la raison et proclame l'absurde un motif déterminant de croire? Avec la morale appuyée sur l'existence d'un Dieu créateur et rémunérateur, le monde marche droit son chemin. La preuve en est visible chez les nations occidentales où Ton peut mesurer par l'affaiblissement de l'autorité du dogme le progrès du respect pour la vie humaine, le zèle pour l'amélioration de la condition morale et matérielle des masses et la croyance en la solidarité des peuples devant la civilisation. La religion n'a son empire légitime que dans le for intérieur des consciences, en dehors de tous les intérêts terrestres. Là qui ne la respecte pas est un misérable ou un insensé.
Je me résume. Nous avons fait une guerre de civilisation ; eh bien ! ce que ne veut pas la civilisation
i/EUROPE ET LA RUSSIE.
c'est la création d'un royaume chrétien ne tenant à l'empire ottoman que par une vassalité nominale; la civilisation ne veut pas plus ce royaume chrétien qu'un royaume d'Egypte et un royaume de Tunis prêts à rompre au premier moment de crise le lien qui les attache au sultan. Ce qu'elle veut, la civilisation, c'est que dans le grand empire qui soude l'Europe à l'Asie, on rapproche pour les réunir ensuite des populations que le dogme sépare quand tout le reste les porte les unes vers les autres et qu'on ait confiance dans l'assimilation qui résulte toujours de la communauté des droits civils, de la solidarité croissante des intérêts matériels, produisant inévitablement dans un temps donné l'égalité politique. Et ce but, d'intérêt général, car en agissant sur les Turcs nous agissons médiatement sur 200 raillions de musulmans, ma conviction profonde est qu'on ne s'aurait l'atteindre que par l'établissement de la confédération ottomane.