‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 153 sur 165 · CHAPITRE XXXIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIÏ

manque pas d'aides, j'aborde l'exposition des causes d'où doit sortir l'unité de l'Italie.

L'exemple de la Rome antique a exercé sur l'Italie une influence qui a tenu trop souvent ce beau pays en dehors du progrès gouvernemental moderne. On sait avec quelle énergie les Italiens résistèrent à la conquête romaine. Lorsque la conquête fut enfin accomplie, Romains et Italiens, à peu près d'accord entre eux contre l'étranger, se firent à propos de la propriété une guerre dite guerre sociale qui fut longue et terrible.

La maxime de Rome que l'autorité du vainqueur sur le vaincu reste éternelle, était appliquée aux Italiens qui, bien qu'ils partageassent toutes les charges, tous les périls de la république, demeuraient exclus de la propriété quiritaire à laquelle étaient attachés l'exemption de l'impôt direct, le droit d'acquérir et de vendre selon certaines formes sacramentelles, de recevoir et de donner par testament. L'inégalité entre Italiens et Romains et de province à capitale est donc vieille comme l'ancienne Rome, et ce n'est point, ce semble, forcer les conséquences

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que d'attribuer aux ressouvenirs de cette inégalité les préférences de l'Italie du moyen âge pour un système de vie politique séparée. Même lorsque toute l'Italie s'accordait pour vouloir que la papauté lui rendît l'empire du monde par le catholicisme, il y avait dans la Péninsule des Vénitiens, des Génois, des Siciliens, des Florentins, des Pisans, des Napolitains, des Piémontais, des Lombards, des Romains, des Romagnols, et non pas des Italiens dans le sens que comportait le nom de Français en France.

Cela s'explique. La guerre sociale avait modifié les différences entre les espèces de propriétés, elle ne les avait point effacées. La propriété romaine fut appelée domaine, la propriété provinciale possession; elles conférèrent toutes deux le droit de donner et de recevoir par testament; mais elles ne conférèrent pas les mêmes droits politiques. Les empereurs, il est vrai, établirent l'égalité entre les Romains et les Italiens, et plus tard entre l'Italie et d'autres provinces, ils finirent même par prodiguer le titre de citoyen romain. Mais de ce titre ils avaient détaché tous les droits qui en faisaient le prix, de manière que les Italiens n'ont connu l'égalité que dans la servitude. Est-il donc étonnant que, cherchant à remonter à la liberté, ils aient fui la voie ouverte par les empereurs?

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