‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 154 sur 165 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Il convient d'ajouter que, l'Italie ayant été dépeuplée parla grande culture au moyen d'esclaves et la substitution de plus en plus étendue du pâturage au labourage, ceux qu'on appelait les barbares ne firent pas dans la Péninsule comme dans les Gaules de simples immigrations en demandant le partage des terres là où leur quantité n'était pas en rapport avec celle des bras. Ils s'établirent de vive force en Italie et s'y arrogèrent de véritables droits de vainqueur. Or, ces hommes éprouvaient une horreur profonde pour la centralisation romaine qui absorbait tout, dévorait tout, et pour échapper ils s'étaient jetés dans l'excès de l'indépendance et avaient fait une espèce de souveraineté de toute propriété allodiale. Pour arriver de cet état social à l'unité dans le pouvoir, puis dans l'administration et dans le droit civil et politique, on sait ce qu'il a fallu de temps et d'énergie à la France. Nous ne voulons pas dire que l'énergie ait manqué à l'Italie, mais elle a manqué évidemment de ce centre d'action que la royauté et Paris ont créé chez nous.

La capitale a toujours dit en France aux provinces : Prenez ma coutume, prenez mon droit, mes mœurs, mon langage; l'idée d'unité et d'égalité a constamment rayonné de Paris sur la France. L'ancienne Rome fit au contraire rayonner sur les pays

i/EUROPE ET LA RUSSIE.

conquis la domination la plus égoïste et la plus dure, et quand l'empire parla d'égalité, personne n'avait plus d'intérêt à la recevoir. L'empire s'en allait faute d'hommes capables de vivre en travaillant ou de mourir en combattant. Quant à la Rome catholique, elle ne représentait que la domination religieuse qui, précisément parce qu'elle voulait embrasser le monde entier, ne pouvait être un moyen national d'organisation politique. L'explication des destinées de l'Italie est pour les temps anciens dans les haines que mérita l'aristocratie romaine, plus détestable encore de près que de loin, et, pour les temps modernes, dans l'absence d'une force centripète suffisante.

Ainsi est arrivé ce phénomène que le pays d'où est partie l'idée d'unité de gouvernement, idée inacceptable quand elle veut enserrer tous les peuples sans égard à la diversité des climats et des aptitudes de races, a manqué l'unité dans ses propres limites où elle était non-seulement possible, mais nécessaire; que le pays où les sciences, les lettres, les arts ont d'abord reparu lumineux sur le monde après une éclipse de plusieurs siècles, n'a pas encore conquis la place politique qui lui appartient parmi les nations, à raison du nombre, delà richesse et de l'intelligence de ses habitants.

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