CHAPITRE XXXII
Loin la pensée de chercher en aucune manière à amoindrir la renommée historique de Venise, de Gênes, de Florence, de la Sicile. Les services que ces Etats, petits par le territoire, grands par l'esprit et l'activité, ont rendus à la civilisation, leur assurent une place d'honneur dans le respect de tout homme de bon sens et de bonne éducation. Il n'en reste pas moins vrai que ces Etats ne pouvaient donner ce qui n'était pas en eux. Nés d'une idée opposée à la centralisation et à l'unité politique, ils ne devaient produire que ce qu'ils ont donné : des chefs-d'œuvre dans les lettres, dans les arts, dans les sciences, et des spécimens de ce que le commerce, l'industrie, la navigation accompliraient par les mains de grandes nations. Si utile et si glorieux que leur rôle ait pu être, eu égard aux temps, aux mœurs, à ces souvenirs latents qui se confondent avec les instincts des peuples, ce rôle est fini, et c'est parce qu'il est fini que l'heure de l'unité nationale pourra sonner en Italie sans donner le signal d'une œuvre impossible ou tout au moins téméraire.
Je n'ignore ni les regrets ni les espérances peutêtre qui travaillent de nobles esprits aux seuls noms de Gênes, de Venise, de Florence , de Palerme, de Syracuse. Il m'en coûte de heurter cette poésie politique avec le pied toujours un peu prosaïque du présent, mais il le faut. Le règne des municipalités souveraines est passé.
La Suisse, à qui sa géographie a fait une position tout exceptionnelle en Europe, a été obligée de reviser sa constitution qui pourtant ne datait que de 33 ans, pour donner plus de force à son gouvernement central. Unité de monnaies, unité de poids et de mesures, unité de douanes, unité d'action diplomatique ; la Suisse en est là, prête à faire tout pas de plus qui serait nécessaire vers l'unité gouvernementale. Or, je n'hésite pas à le dire, ce progrès, car c'en est un d'accroître la force nationale par l'ensemble donné à ses mouvements sans rien retrancher d'essentiel à la liberté, ce progrès a sa racine dans un fait dont la Suisse a plus d'une fois gémi ; dans l'occupation française. La Belgique, divisée en deux zones et en deux langues, la wallone et la flamande, doit son unité gouvernementale à son incorporation à la France pendant vingt ans ; elle doit en outre à cette incorporation le principe de toutes ses lois, et bien que destitué par les traités de toute ac-