‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 156 sur 165 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

lion politique extérieure, ce pays remplit cependant un rôle qui a son importance morale. Qui connaît la Hollande, sait qu'elle est sortie de nos mains imprégnée jusqu'à la moelle des idées et des méthodes administratives françaises.

Ne s'est-il donc point passé quelque chose d'analogue par rapport à l'Italie?

Il ne s'agit pas de décider si le général Bonaparte avait le droit de supprimer les Républiques de Gênes et de Venise , et plus tard l'empereur Napoléon de faire du Piémont des départements français, de créer pour lui-même d'abord, et en espoir pour sa race un royaume d'Italie, de déclarer Rome ville française, et de donner le royaume de Naples à un prince de sa famille. C'est sur le résultat de ces faits, qui ont eu leur cours et qui seront jugés par l'histoire, que je veux exposer une opinion de nature à ne blesser aucune susceptibilité légitime.

La réaction en 1814 a été furieuse en Piémont contre l'idée française. La manie contre-révolutionnaire du roi allait jusqu'à vouloir démolir le pont

que les Français avaient construit sur le Pô. L'idée absolutiste autrichienne se montrait partout victorieuse dans les États sardes. Joseph de Maistre ne s'y trompa pourtant pas. Il comprit que sa doctrine était vaincue au fond des esprits, et sa correspondance témoigne que, s'il combattit encore, c'était pour l'honneur des armes et non avec l'espoir du triomphe. En effet dès 1 821 , un mouvement éclata dans le sens des idées anti-autrichiennes, et quoique le statut de Charles-Albert ne soit venu que vingt-sept ans plus tard, un travail latent si complet s'était opéré que le Piémont se leva, tout d'une pièce, libéral, constitutionnel et ennemi déclaré de l'Autriche.

Pour rapetisser le dévouement, ou, si l'on veut, l'obéissance de Charles-Albert à l'idée libérale, on a dit qu'il agissait par ambition. Soit; mais l'ambition de devenir roi d'Italie n'était pas fondée sur une possibilité matérielle, car le Piémont est trop visiblement inférieur en forces à l'Autriche pour que de ce côté l'illusion soit admissible. La pensée de Charles-Albert reposait donc sur la possibilité de réunir au Piémont la Lbmbardie, la Vénétie et les duchés de Parme et de Plaisance, qui, ayant été gouvernés par la France, comme le Piémont, se rangeraient volontiers sous un gouvernement commun avec celui-ci. L'appel à l'indépendance de

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