‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 24 sur 165 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

l'armée française viendraient par terre de Gallipoli à Andrinople, d'où elles se rendraient à Schumla. Le conseil décida en outre que les Anglais campés à Scutari et la 3e division française seraient embarqués pour Varna. De Varna, où elle appuierait une de ses ailes sur les flottes, et de Schumla, où elle combinerait ses mouvements avec les troupes d'Omer-Pacha, l'armée alliée agirait de manière à délivrer Silistrie et à forcer ensuite les Russes à évacuer les principautés.

Ce plan si sage, si naturel à première vue, présentait à la réflexion de graves inconvénients.

En portant la guerre dans les principautés, il fournissait aux Russes un prétexte pour les dévaster ;

Il éloignait trop les armées des flottes et nécessitait la création d'un grand équipage de transport, création qui ne saurait être improvisée, même au prix de beaucoup d'argent;

Il ne menaçait que médiatement le territoire russe, qu'il importait d'attaquer immédiatement, car c'est chez l'ennemi qu'il faut porter la guerre et les pertes qu'elle entraîne;

Il n'enlevait à l'armée russe que des positions qu'une défaite essuyée ailleurs l'obligerait presque certainement à abandonner;

Enfin, en poussant l'ennemi sur ses réserves de

AO l'europe ET LA RUSSIE.

Bessarabie, il nous exposait à le trouver plus fort à mesure que nous l'obligerions de reculer, et faisait de nos victoires mêmes un moyen de mettre en évidence l'insuffisance des forces alliées.

La frayeur qu'éprouva l'Autriche en voyant la lutte s'approcher de populations impatientes de son joug, décida cette puissance à conclure, le 14 juin, avec la Porte, une convention pour occuper les principautés, et à s'obliger de forcer les Russes d'en sortir par Feffet des négociations. Ce fut là pour les alliés un accident heureux, au point de vue militaire et au point de vue politique. Nous allions mal engager nos armées; de plus, nous allions, volens aut nolens, provoquer des démonstrations populaires qui, venant au début de la guerre, eussent tourné au profit de la Russie, en mettant à découvert des perspectives dont les gouvernements ne consentent à s'approcher qu'à la condition qu'elles resteront voilées, et qu'ils se croiront toujours maîtres d'avancer ou de s'arrêter. Il faut en effet une foi plus naïve que celle qui me guide pour croire que des mouvements insurrectionnels éclatant en Pologne, en Hongrie, en Italie, les gouvernements de France et d'Angleterre auraient poussé en avant. Un traité, vaille que vaille, eût été conclu avant quinze jours avec l'empereur Nicolas.

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