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CHAPITRE VII

D'ailleurs, considérations politiques à part, pour faire la guerre telle qu'elle avait été entendue par le conseil de guerre de Varna, il eût fallu 100,000 sabres ou baïonnettes, soit un effectif nominal de 140 à 150,000 hommes. Or, quand il fut résolu que l'on tenterait an coup de main sur la Crimée, on ne put disposer que de 50,000 soldats. Ce chiffre tranche toute incertitude au sujet de la disproportion entre la grandeur réelle de la guerre d'Orient et les moyens qui, au premier moment, avaient été déployés.

La disproportion fut encore élargie par les attaques du choléra, qui éclata d'abord à Gailipoli, où il lança dans tous les rangs ses traits presque toujours invisibles, tant qu'ils n'avaient pas produit la blessure mortelle. Le fléau accompagna à Varna les armées alliées, et certainement il les eût couchées par terre si elles se fussent opiniâtrées à suivre les soldats du czar dans laDobrutcha. Et il n'y a point ici de prophéties après l'événement. La faculté qu'ont eue les Russes de manquer à loisir le siège de Silistrie, montra dans le temps à tous les yeux l'insuffisance de nos ressources pour une campagne sur le Danube. La véritable action militaire des puissances alliées date du jour où il fat compris que c'était sur les flottes que nos armées devaient marcher à l'ennemi et compenser ainsi le désavantage du nombre,

en tournant contre les Russes retendue de leurs territoires et la difficulté des approvisionnements.

Alors a commencé la grande guerre dont les chances ont tenu en suspens le monde entier, comme s'il ne formait qu'une seule et même assemblée enfermée dans l'étroite enceinte d'un théâtre.

L'auteur n'ayant point la prétention d'écrire une histoire de la guerre d'Orient en l'absence de documents que l'avenir connaîtra, mais qui pour le présent restent sous le sceau du secret officiel, il ne parlera ni du débarquement en Crimée, ni de la bataille de l'Aima. On voudra donc bien lui permettre d'arriver, sans autre préparation, aux remarques qui lui ont été suggérées par l'étude du siège de Sébastopol et qu'il croit utiles à l'appréciation de la puissance réelle de la Russie, ce grand empire qui, dans sa politique invariable jusqu'à présent, est une incessante menace pour la civilisation.

Et quoi qu'elle puisse dire pour excuser la faute de n'avoir pas prévu l'expédition de Crimée, la Russie demeure sous le coup de cette faute, l'expédition ayant été depuis le mois de juillet une conséquence nécessaire de la situation des armées alliées et du chiffre de leurs forces.

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