CHAPITRE VIII
se défendait de manière à ce que Bonaparte comprît que s'il sacrifiait ce qu'il fallait encore pour la prendre, il ne lui resterait plus une armée suffisante pour utiliser sa victoire.
Les assiégeants, durant la seconde période du siège, ont employé trois fois la mine, donné deux grands assauts, pratiqué sept logements dans la place, mais toujours ils ont retrouvé devant eux l'obstacle ressuscitant des lignes de contre-attaque. Phelippaux avait tracé deux grands redans, l'un en avant de la porte de Mer, l'autre devant le palais du pacha. Les assiégés avaient d'abord 'emporté à la course plusieurs retranchements qu'il fallut évacuer parce qu'ils restaient soumis à des feux d'enfilade. On fut obligé d'en revenir aux règles de faire des boyaux et de se traverser; les travailleurs n'étaient souvent séparés que par une épaisseur de quatre à six mètres de terre.
L'assaut du 7 mai, dirigé par Lannes et par Rambault qui y laissa la vie, fut infructueux par suite de l'arrivée de renforts venant de Rhodes, et la perte d'au moins 6,000 hommes que les assiégés subirent le lendemain dans une sortie où ils en avaient engagé 8,000 n'enleva pas à la ville les moyens de se défendre. Acre avait une garnison qui pouvait mourir par milliers sans cesser d'être aussi nombreuse,
sinon plus nombreuse que l'armée assiégeante.
Par les pertes qu'éprouvèrent les assiégeants, on put juger de l'intrépidité de leurs efforts. Sur le faible effectif dont il disposait, Bonaparte eut devant Saint-Jean-d'Acre 500 morts et 2,500 blessés, dont 800 assez légèrement pour se guérir au camp. Parmi les morts on compta le général de division du génie Caffarelli, le général de division d'infanterie Bon, le général de brigade Rambault, 4 adjudants généraux,
10 officiers du génie ou de l'artillerie, 30 officiers supérieurs ou d'état-major, dont un aide de camp du général en chef, et les colonels du 18e et du 25e de ligne. On compta parmi les blessés le général Bonaparte, légèrement; il eut en outre un cheval tué sous lui, et fut un autre jour enterré dans un trou de bombe. Deux brigadiers de ses guides, Daumesail, si connu depuis sous le sobriquet du général à la jambe de bois, et Carbonnel qui fut touché par la bombe, le couvrirent de leurs corps. Le général Lannes, le colonel Duroc, le capitaine Eugène Beauharnais furent aussi au nombre des blessés, car, si dans les batailles généraux et officiers ne courent de dangers qu'en proportion de leur nombre,
11 n'en est pas de même dans les assauts et les luttes de tranchées; là ils sont toujours en avant.