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CHAPITRE VIII

La comparaison que le lecteur établira de luimême entre le siège d'Acre et celui de Sébastopol ne serait toutefois pas complète si Ton ne parlait de la tentative faite par le pacha de Damas pour arriver par derrière sur l'armée de siège et la culbuter dans ses propres travaux. C'est cette tentative qui amena la batail'e du Monthabor à laquelle Phelippaux faisait allusion dans son discours à Djezar alors qu'il lui conseillait de renoncer à la guerre de campagne pour se borner à celle des lignes de contre-attaque.

Après le combat de cavalerie de Nazareth, si brillant pour nos armes, le pacha de Damas eut une véritable inspiration militaire. Il entreprit une marche de flanc pour donner la main à l'armée de Naplouse. Kléber, qui méprise trop cette fois les combinaisons et les forces de l'ennemi, informe le général en chef qu'il va marcher de manière à couper au pacha la retraite sur Damas. Bonaparte comprend le péril où se trouve son lieutenant ayant affaire à 40,000 hommes avec environ 2,500. Il part donc au reçu de la dépêche de Kléber avec une des deux divisions du siège, toute la cavalerie et une batterie d'artillerie.

On était au 15 avril, et la première période du

siège durait encore. Le 16, à 9 heures du matin, le général en chef découvre au pied du Monthabor deux petits carrés d'infanterie entourés de toutes parts. C'était la division Kléber. Bonaparte aurait voulu prolonger son mouvement du côté de Naplouse, en profitant de la hauteur des blés qui dérobait sa troupe à la vue de l'ennemi; mais le danger était pressant. Deux coups de canon sont tirés; les troupes de Kléber y répondent par le cri : Voilà Bonaparte. La division qu'il amène, formée en trois carrés, place l'ennemi entredeux feux. L'attaque commence, et les 40,000 hommes du pacha sont culbutés et s'enfuient en s'efforçant, les uns de regagner Damas, les autres d'atteindre Naplouse où ils s'étaient promis d'arriver en vainqueurs. Le siège de Saint-Jeand'Acre est repris, et son issue prouve l'invariable vérité de ce principe rappelé par le général Foy dans son Histoire de la guerre de la Péninsule :

« N'employer les hommes contre les places qu'alors qu'on a les moyens matériels suffisants à sa disposition, et même attendre que ces moyens soient complètement réunis, car, partiellement mis en usage, ils peuvent être devenus insuffisants quand le grand coup doit être frappé.

» La violation habituelle de ce principe tient à la pétulance et à l'impatience du caractère français. »

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