CHAPITRE XVII
SUITE DE LA TROISIÈME PÉRIODE DU SIÈGE. Affaire du 19 juin.
On a dit que le général Pélissier et lord Raglan avaient conçu, ou, ce qui serait pire, s'étaient laissé imposer l'idée qu'il serait utile à la sanctification militaire de l'alliance occidentale de livrer le jour anniversaire de la bataille de Waterloo un grand assaut où, après 40 ans, Anglais et Français moissonneraient une victoire commune. Ce n'est point sur un tel bruit qu'il serait permis de formuler un jugement qui frapperait deux hommes, dont l'un dans sa tombe glorieuse'est encore le premier caraclère et le premier soldat de l'armée anglaise en Crimée,
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dont l'autre occupe, s'il ne la remplît pas entièrement, la place laissée vacante dans l'armée française par la mort prématurée du maréchal Bugeaud. L'auteur exprimera tout à l'heure son opinion sur l'assaut du 18 juin, abstraction faite des souvenirs attachés au jour où il a été livré, mais comme la superstition des dates n'est encore que trop cultivée dans les armées, même dans la nôtre, il usera de son droit pour dire ici sa pensée à ce sujet.
Tout ce qui a une tendance fataliste, ravale, abêtit l'humanité. Il n'est point de Dieu des armées, point de Dieu desbatailles, point de jours heureux ou malheureux, point de hasard suscité d'en haut en faveur d'une époque, d'une date, d'une personne. Dieu est le Dieu de l'univers, le Dieu impartial laissant aux nations, aux armées, aux individus, le mérite de la responsabilité de leurs actes dans la sphère où il a mesuré nos forces aux exigences de notre devoir actuel. Le général ne doit attendre la victoire que de la sagesse de ses conceptions; le soldat que du bon emploi d'un courage bien ordonné. La Providence intervenant dans les combats à l'instar du Deus ex machina des drames antiques est un moyen indigne de nous. La raison, le patriotisme, le sentiment du progrès sont les seuls véhicules, les seuls guides acceptables par les peuples civilisés, et s'il était vrai