CHAPITRE XVII
que la date du 18 juin fût entrée pour quelque chose dans la détermination de livrer un assaut non suffisamment préparé, il y aurait là une superstition qu'on ne saurait trop hautement condamner. Je la condamnerais d'autant plus résolûment pour ma part, qu'en Crimée on était en face même du fatalisme qui a compromis l'avenir des Turcs, une des plus belles et des meilleures races de l'espèce humaine.
Et maintenant, considérant l'affaire en elle-même, disons que l'assaut du 18 a échoué et devait échouer parce qu'il était livré en violation des règles de la science.
La division du général Mayran était lancée de trop loin et avait à parcourir un terrain dont les obstacles naturels n'avaient pas été complètement étudiés.
Le manque d'ensemble dans les attaques qui devaient se combiner est dû au vice du mode adopté pour donner le signal.
Non-seulement les signaux volants peuvent être mal vus ou mal interprétés, et la preuve c'est que le général Mayran qui ne manquait pas d'intelligence s'y trompa et prit une bombe à trace fusante partie de la redoute Brancion pour une des fusées à étoiles qui devaient partir de la batterie de Lancastre. Cette espèce de signal présente en outre l'inconvénient
d'informer l'ennemi du moment précis de l'attaque, tandis que le règlement des montres n'a que des avantages sans inconvénients, à moins que ce n'en soit un de n'être pas aussi théâtral qu'une fusée à étoiles.
Mais le manque d'ensemble n'est évidemment ici qu'une excuse insuffisante, rien ne prouvant, ne donnant môme à supposer que la division Mayran, eûtelle attaqué en même temps que les divisions Brunet et d'Autemarre, n'eût point été culbutée comme elle l'a été par les feux des vapeurs russes dont elle n'était défilée par aucun ouvrage, faute décisive et qui reste à la charge des généraux alliés.
Certes, la critique est tranchante, mais je la crois justifiée de tout point par le rapport même du général Pélissier que je transcris tel qu'il a été imprimé au Moniteur :
Au quartier général devant Sébastopol, le 22 juin 1850.
« Depuis la conquête des ouvrages extérieurs, le 7 juin, j'avais tout rapidement disposé pour en faire la base de notre attaque contre l'enceinte même de