CHAPITRE XVÏJI
corps, ni ceux qui ont attaqué le petit Redan, ne sont découragés. Il y a quatre heures qu'on se tue, et les attaques qui ont manqué vont être reprises avec une vigueur nouvelle, et cette fois irrésistible. Mais les efforts désespérés des Russes, pour ressaisir Malakoff, ont été vains; le canon, la carabine, le fusil, la baïonnette affamés ont dévoré toutes les hécatombes qui leur ont été offertes. Sébastopol est à nous. La terre a bu tout le sang qui doit couler aujourd'hui de notre côté. Reste à savoir si la mer n'engloutira pas ce qui survit de la garnison.
Quand une armée a beaucoup fait, on voudrait toujours qu'elle eût fait davantage. Il fallait, a-t-on dit, ne pas s'effrayer des mines qui éclataient à chaque pas, et poursuivant les Russes à outrance dans leur retraite, les jeter à la mer et rompre à coups de canon le pont qui pouvait seul les conduire aux forts du Nord. Le général russe, ajoute-t-on, a pensé que cela était possible, puisqu'il s'est hâté d'évacuer la place. Mais n'est-ce point parce qu'il a pensé que cela eût été possible le 9, et ne l'était pas le 8, qu'il s'est décidé à une aussi prompte retraite? D'ailleurs, remarquez-le, cette boucherie, suivie
d'une noyade n'eût rien changé à la situation respective des parties belligérantes. Avec 12 à 15,000 hommes de moins, les Russes auraient continué, ainsi qu'ils Font fait, à défendre leurs forts du Nord et leurs positions de la Tchernaïa. Bénie soit donc l'hésitation, s'il y en a une en effet qui a épargné à l'humanité des pertes inutiles à l'avancement d'une guerre déjà trop sanglante. Au surplus, si l'auteur se trompe au sujet de ce qu'il convenait de faire après la victoire du 8 septembre, à cette erreur, il faudra en ajouter un autre : il n'avait vu dans Sébastopol qu'un bâton de maréchal de France, on y en trouve trois.