‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 78 sur 165 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

peuples, — qu'il était politique de s'opposer à une entreprise de chrétiens russes ou autres contre les infidèles. Le courant des idées anti-musulmanes, qui semblait endormi depuis quarante ans, se réveilla en 1821, et Ton sait l'avantage que la Russie en tira pour ses desseins en 1827, 1828 et 1829. C'est même sur la persistance de cette passion, chrétienne de nom, barbare de fait, que le czar Nicolas fondait sa confiance que les puissances occidentales ne lui feraient point la guerre en Orient, ou ne la lui feraient que dans la pensée d'enlever, d'une manière ou d'une autre , les provinces danubiennes à la Turquie, et de commencer ainsi le partage de l'empire ottoman.

Il conviendra de voir tout à l'heure si cette confiance du czar n'a pas été trompée seulement à demi ; allons d'abord au but de notre exposition.

La position prise par la Russie devant la vieille Europe était habilement choisie ; notre grande révolution de 1789 vint naturellement la fortifier en portant jusqu'à la fureur la rivalité entre la France et l'Angleterre, et en donnant aux aristocraties et aux gouvernements de l'ancien droit un prétexte à chercher dans le czar un défenseur de ce qu'ils appelaient l'ordre social.

Comment 60 millions d'Allemands ont pu être

assez aveuglés pour prêter la main à une telle politique et croire qu'ils sauvaient leur honneur national en s'appuyant sur le barbare pour résister au voisin, à l'ami qui leur voulait ouvrir la route par où l'on arrive à l'égalité civile et politique, cela demande une explication qui sera implicitement donnée plus loin. Je tâcherai en même temps d'exposer les raisons toujours persistantes qui ont rendu stériles tous les projets ou commencements d'alliance entre la France et la Russie, puissance ayant deux, sinon même trois buts, auxquels la France ne saurait s'associer : la conquête de l'empire ottoman, l'anéantissement de toute nationalité polonaise, je crois pouvoir ajouter, — et l'asservissement de l'Allemagne. Dans l'ordre que suit ce livre, il suffit de constater ici ce fait, que la guerre d'Orient a dépouillé la Russie de tout prestige résultant de l'éloignement et du mystère.

La Russie du côté de l'Allemagne est encore -protégée dans une certaine mesure par une coalition de princes ennemis de nos principes ; mais partout où l'on peut l'atteindre sans traverser l'Allemagne, qui faillit, en 1812, se refermer sur l'armée française revenant de Moscou comme la mer Rouge sur les soldats de Pharaon, la Russie n'a plus que sa force propre, force désormais étudiée et connue.

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