‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 8 sur 165 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sous ce rapport subsistait certainement entre les vaincus et les vainqueurs. Ceux-ci se sentaient même si directement menacés que, pour mettre leurs propriétés à 1 abri, ils les ont, pour environ les trois quarts, converties en vacoufs, c'est-à-dire placées sous la protection des mosquées, dont les biens qualifiés de vacoufs sont censés appartenir à un service tout divin. Le vacouf coutumier rappelle assez exactement le précaire pratiqué, jusques à l'abus, au moyen âge en pays chrétiens.

Voici ce qu'était en France et en Allemagne, vers la fin de la seconde race, le précaire accordé par les abbayes et les monastères :

Dans les campagnes, par crainte des exactions et des violences des seigneurs et des agents de la couronne agissant pour eux-mêmes, les petits et moyens propriétaires se plaçaient sous la protection des mo nastères, en leur transférant leurs terres qui leur étaient rendues à titre de précaire, c'est-à-dire d'usufruit pour cinq ans. Ce terme avait pour but de ne pas laisser aux propriétaires la chance de rentrer dans leurs biens en vertu des droits qui naissent par tout pays d'une longue possession. Toutefois à ceux qui livraient ainsi leurs propriétés, on laissait la faculté d'assurer à leurs enfants la jouissance du

précaire par héritage. Il suffisait pour cela de se

soumettre à une redevance qui, commençant immédiatement, s'augmentait de moitié à la mort des premiers donataires.

Voici maintenant ce qu'est le vacouf contracté par les particuliers avec les mosquées :

Le possesseur musulman d'un immeuble en fait une vente à la mosquée pour un prix généralement égal au dixième de la valeur réelle. Il paye à la mosquée l'intérêt de ce dixième à raison de 15 et quelquefois de 20 p. 100 par an, et continue, moyennant cette rente, à jouir de sa propriété qu'il transmet aux mêmes conditions à ses enfants. Mais dans le vacouf le droit de représentation, même dans la ligne directe, n'est pas admis. De sorte que si un père survit à son fils ou à ses fils, la propriété vacouf passe à la mosquée au détriment des petits-fils, pour un prix principal montant à peine au dixième de sa valeur, et dont la mosquée a reçu un intérêt plus que double de l'intérêt courant.

On voit par là que les gens de religion, n'importe laquelle, savent faire une même affaire d'une manière différente, mais également favorable à leurs intérêts terrestres.

Les avantages que procurait le précaire chrétien étaient ceux-ci : Les hommes placés sous la protection des monastères allaient moins souvent à la

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