‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 87 sur 165 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Charles VII bien qu'homme d'esprit et de courage à ses heures éprouvait pour la mollesse et pour les plaisirs, un penchant qui eût pu le conduire à une fin semblable à celle de Richard Cromwell ; mais quand le succès est en balance, il suffit pour le déciderd'un événement qui venant plus tôt ou plus tard eût passé inaperçu. Telle fut l'intervention de Jeanned'Arc. L'enthousiasme de cette fille héroïque détermina le succès de la cause française. Il le détermina si largement que sa captivité après 18 mois de combats, son supplice, l'abandon où la laissa le Roi, sauvé par elle d'un désastre imminent, n'arrêtèrent pas le triomphe de nos armes. Orléans avait été délivrée en 1429 et quelques mois plus tard Charles VII était sacré à Reims. Ce que l'on obligea Jeanne à tenter après ce double événement, allait, quoi qu'on en dise aujourd'hui, au delà de la promesse qu'elle avait donnée, de la mission à laquelle elle croyait obéir. Mais le coup décisif était porté. De l'offensive qu'il poursuivait depuis 1415 l'Anglais avait passé sur la défensive.

Le fils de Charles VI n'était plus le dauphin

exhérédé par le traité de Troyes, le Roi moqué de Bourges; il était Charles VII roi de France, sacré au maître-autel de Reims, par l'archevêque de Reims, légat né du Saint-Siège. Aussi remarquez que dès lors la politique du Bourguignon hésite, puis chancelle. Il soutient encore le fils de Henri V, roi d'Angleterre, et roi de France, par le traité de 1420 auquel Philippe avait accédé, mais déjà Ton voit qu'à la première occasion il reviendra à son légitime suzerain. Quelques fiertés déplacées du duc de Bedfort, régent de France, déterminèrent le duc de Bourgogne. Il signa en 1435 le traité d'Arras, par lequel il reconnaissait à nouveau la loi salique, comme principe fondamental de la monarchie française.

Philippe n'eut point la générosité de rentrer purement et simplement dans le devoir. Il se fit céder le comté deMâcon et celui d'Auxerre. Le duché de Bourgogne, déjà tant agrandi par les possessions que Marguerite de Flandres apportait à son époux, fut aussi puissant que le royaume de France. N'importe, le traité d'Arras n'en valait pas moins ce qu'il avait coûté, car, encore une fois, il reconnaissait à nouveau la loi salique et rangeait la Bourgogne comme fief mâle sous la dépendance de la Couronne. Or pour arriver à ce résultat ruineux pour la préten-

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