‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 88 sur 165 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

tion des Anglais, il avait fallu les deux choses que Jeanne avait faites, la délivrance d'Orléans et le sacre du roi dans la cathédrale de Reims.

Le sacre avait alors une importance dont à peine aujourd'hui on se forme une idée. Le clergé était le premier des ordres politiques du royaume ; l'archevêque de Reims n'était pas seulement le légat-né du Saint-Siège, il était le premier des six pairs ecclésiastiques de France. Depuis que l'élection de Hugues avait réduit à six le nombre des pairs laïques, l'archevêque de Reims et ses suffragants marchaient dans la cour des pairs les égaux des ducs de Normandie, de Bourgogne, d'Aquitaine , des comtes de Flandre, de Toulouse, de Champagne. Jeanne avait porté le double coup dont les conséquences ne devaient pas tarder à reconstituer la France sous le double rapport du droit et du territoire. Jugez si l'Anglais devait détester cette fille. Lui qui avait prétendu supplanter notre droit public par le sien, était obligé de rentrer dans son île après avoir perdu, à l'exception de la ville de Calais, toutes ses possessions françaises. En vérité si la haine était permise, il n'y aurait pas trop à se plaindre, que l'Anglais, à cette époque, nous eût payés de beaucoup de haine.

A la fin du règne de Louis XI l'ère des grandes vassalités effectives étant close, la monarchie démocratique avait en France ses assises inébranlables. Il lui restait à se développer, et comme son mouvement était parallèle à celui de l'Angleterre développant sa monarchie féodale, les heurts pouvaient difficilement être évités. Ils le furent toutefois assez souvent, mais la rivalité et la haine furent ranimées tout à coup au xviie siècle par une alliance entre les familles royales des deux pays. Charles Stuart épousa la fille de Henri IV.

Ce triste successeur d'Elisabeth allait au catholicisme, non comme notre grand roi Henri, par respect pour la majorité nationale et par une combinaison d'où il voulait faire sortir la liberté de conscience. Charles luttait en religion contre la majorité nationale dans une pensée de bigoterie et d'autocratie royale, Il souleva le sentiment public contre lui en louant ou vendant à Louis XIII des navires pour attaquer La Rochelle. Obligé de changer de politique, il n'envoya, en 1629, aux protestants de France, qu'un secours qui échoua devant le génie de Richelieu. Aux défiances qu'inspiraient aux Anglais

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