CHAPITRE XXHÏ
pour marraines l'avidité du premier ministre, fimprobité des financiers et la rancune qu'inspirait à notre royauté unitaire la lutte parlementaire soutenue contre Charles Ier, lutte dont la Fronde fut la parodie. C'est Colbert qui régularisa ce système et posa la France en antagoniste déclarée de l'Angleterre et de la Hollande comme puissances industrielles, commerciales, maritimes et coloniales.
Un patriotisme qui n'est pas le mien consiste à compter les torts graves que l'Angleterre a eus envers nous, les dommages qu'elle nous a causés, les blessures qu'elle nous a faites, et à oublier que nous n'avons pas eu toujours raison contre l'Angleterre, — qui a toujours raison en ce monde? — que nous lui avons fait beaucoup de mal, causé des pertes immenses, et qu'en définitive nous l'avons amenée à introduire dans ses propres institutions notre principe démocratique et à devenir sur le continent, où elle l'a tant combattu, l'alliée de ce même principe. Torts, grandeurs, gloires, succès, ont été partagés entre les deux grandes nations, dont on voudrait réveiller l'ancienne rivalité, quandiln'existeplus
entre elles que des causes d'émulation et d'amitié.
La France a eu ses grands jours de gloire navale. En 1673, nous avions une magnifique flotte militaire et pour la commander le plus grand homme de mer qu'ait produit la France, et probablement l'Europe. Duquesne battit Ruyter devant Messine, et nous donna pour au moins quinze ans la royauté maritime.
La situation était des plus graves pour la Grande- Bretagne. Louis XIV, par l'élan de ses troupes, la savante organisation des armes spéciales, le talent de ses généraux et sa propre aptitude stratégique, exerçait sur le continent une influence prépondérante. Il avait reconquis une notable partie des possessions apportées en dot par Marguerite à Philippe de Bourgogne, possessions qui, par le fait de la naissance de Charles le Téméraire, avaient passé, — on pouvait le prétendre, — sous l'empire de la loi salique. Louis XIV ne faisait même pas difficulté de dire que le royaume de France devait comprendre la rive gauche du Rhin, c'est-à-dire être tel à peu près que fut faite terriiorialement la République française par le traité de 1801. L'Angleterre se prit à crier à la monarchie universelle. C'était tout au moins une exagération.
Cependant il faut le reconnaître, si Louis XIV eût