CHAPITRE XXIV
gleterre qui voulait la faire périr dans les excès ; ie vol de notre flotte de Toulon ; la Vendée, Quiberon; la brusque et peu loyale rupture du traité d'Amiens; Malte gardée malgré la foi promise, et la mort de Ney, et l'insulte faite à notre souveraineté par la captivité de Napoléon que la France seule avait le droit de découronner, si elle le jugeait coupable d'excès de pouvoir Oh ! il y avait là plus que le
cœur humain ne sait pardonner avant l'expiation ! Nous aurions fait quelque folie sans doute, mais qui eût osé nous blâmer de chercher à tout prix la réparation d'outrages portés à la dignité de la France? Heureusement la réparation était venue. Le peuple anglais l'avait donnée pleine, complète, — ainsi que fait un homme d'honneur sûr de son courage et qui se sent dans son tort, — avant qu'elle lui fût demandée par les armes. Il avait fait lui-même justice de sa vieille aristocratie et des vieilles erreurs, causes de nos discords.
Oui, ils sont morts, bien morts, l'orgueilleux et jaloux Chatam, l'injurieux Burke, et ce William Pitt, qui montra jusqu'où la haine peut porter l'éloquence. Elle a pris fin la séquelle des Castelreagh, des Liverpool, des Bathurst, qui répéta, tant qu'elles purent être répétées, les erreurs des maîtres, sans les parer du prestige qui accompagne les grands ta-
lents. Dans la vaste tombe qui les renferme tous, maîtres, disciples et suivants, on a jeté, en 1829, l'intolérance religieuse; en 1830, la doctrine de la Sainte- Alliance et des congrès de Troppau, de Laybach, de Vérone, que tous les princes sont solidaires pour résister à la volonté souveraine des peuples; et en 1831, le privilège séculaire de la Chambre des Lords de recruter parmi ses cadets et ses clients la Chambre des Communes.
La démocratie ne gouvernait pas encore, car gouverner est une science qui doit s'apprendre, mais l'aristocratie avait perdu le premier rang. Les lords n'avaient plus le pouvoir de résister à ce que voulait résolûment la chambre élective. Toutefois on peut dire qu'en politique, la réforme était faite, sauf les compléments et les modifications qu'apporte le cours des ans; restait la réforme économique.
Un des hommes qui avaient soutenu avec le plus de persévérance et d'habileté pratique ce qui restait debout des vieux systèmes, sir Robert Peel, abdiqua fièrement la routine et la passion aristocratiques. Par un effort qui retentira dans la postérité, il renversa la protection agricole qui permettait aux nobles de lever à leur profit personnel un impôt sur le pain du peuple, et cette protection, en tombant, écrasa du coup les prohibitions et fit céder tous les droits