CHAPITRE XXIV
protecteurs. Si les morts étaient encore sensibles à ce qui se passe en ce monde, qu'eussiez-vous dit, anciens et modernes défenseurs du privilège, en voyant jeter sur votre tombeau, au lieu de couronnes d'immortelles, d'abord vos principes politiques, puis vos principes économiques fanés et délaissés comme erreurs d'un autre âge? Mais vos plaintes n'eussent pas fait plus que ne fera votre silence; sans écouter les réclamations du passé, le temps marche toujours l'oreille ouverte du côté de l'avenir.
Le terrible bill de navigation de Cromwell est allé rejoindre et la balance du commerce et toutes ces doctrines de protection à outrance qui sont à la science gouvernementale ce que l'alchimie fut à la chimie. Après le bill de navigation est morte la presse des matelots. Le droit des neutres est reconnu, la course est abolie, et pour être respectés, les blocus doivent être réels. L'Angleterre se calomnie en s'appelant la vieille Angleterre. Tout maintenant est jeune chez elle, jusqu'au sol qui, par l'effort de la science, commence d'accomplir des miracles de production que l'on croyait dépendre absolument de la puissance du soleil. Que parlez-vous de vieille Angleterre quand la couronne demande, bien que sans succès encore, à créer des pairies viagères parce que les fortunes patriciennes font défaut à la
prérogative lorsqu'elle veut concéder des pairies héréditaires? La vieille Angleterre c'est le pays des hauts barons, des bourgs pourris, des communes n'ayant de liberté que ce qu'il convenait aux lords de leur en laisser; l' Angleterre d'aujourd'hui, notre alliée, notre amie, c'est le pays où un million d'électeurs qui va s'accroître encore fait plier tous les pouvoirs sous la volonté populaire.
Lorsque je parle de l'alliance anglaise, je n'entends pas simplement un gouvernement donnant la main à un gouvernement, j'entends un peuple tendant les bras à un peuple, une démocratie à une démocratie. La démocratie anglaise n'a pas les mêmes formes, ni tous les mêmes instincts que la nôtre. Elle veut la liberté avant l'égalité, l'unité ne lui semble absolument nécessaire que dans l'action extérieure. Le besoin qu'éprouvent les deux nations de raccorder leur marche est d'autant plus puissant qu'elles vont au même but par des routes différentes. Les défiances qu'a inspirées l'alliance anglaise, celles qu'elle inspire encore tiennent à un véritable anachronisme; la vieille Angleterre est morte, et