CHAPITRE XXIV
c'est d'elle qu'il serait permis de nous défier encore.
Sans doute il y a eu, il y a, il y aura toujours de certaines difficultés dans les rapports de ces deux grands peuples. Mais quelle alliance entre égaux a jamais été exempte de difficultés? La guerre d'Orient devant être résolue par une action continentale, si grands que fussent les efforts maritimes de l'Angleterre, le premier rôle appartenait à la France. C'est sur une victoire où les Anglais ont eu une noble et belle part, mais qui, aux yeux de tous est une victoire française, que la paix est venue. L'Angleterre a apporté dans l'exécution du traité du 30 mars les exigences et les susceptibilités que la France y eût apportées elle-même si la paix fût venue sur la prise de Cronstadt, où notre armée eût eu le rôle que l'armée anglaise a rempli à Malakoff. Les susceptibilités qui seraient intolérables chez un individu sont respectables chez un grand peuple. Ne soyons pas assez injustes pour nous plaindre que les Anglais éprouvent les sentiments que nous éprouverions à leur place.
Le ministre qui dirige la politique de l'Angleterre a signé le traité du 15 juillet 1840; il a soutenu au sujet des mariages espagnols une polémique qui se sentait de la haine des anciens jours. Ce n'est là qu'un accident résultant de ce qu'un ministre a
vécu assez de temps, et dans un esprit assez progressif pour reconnaître et réparer lui-même ses erreurs. Lord Aberdeen qui n'a pas su dépouiller entièrement le vieil homme n'est-il pas tombé du pouvoir? Nous nous croirions en droit de n'oublier ni l'affaire d'Egypte, ni celle de Pritchard, ni celle du droit de visite, et nous voudrions que l'Angleterre oubliât qu'en 1852 la pensée d'une descente préoccupait tous les esprits en France? La rancune doitelle donc être érigée en privilège spécial pour notre patrie? On ne se bat et même on ne se brouille plus, Dieu merci, que pour des intérêts plus ou moins conformes à la raison; eh bien ! entre la France et l'Angleterre il n'y a plus d'intérêts nécessairement hostiles.
Nous n'avons plus de colonies que l'Angleterre puisse nous envier, si ce n'est l'Algérie que nous sommes en mesure de trop bien défendre pour qu'on cherche à nous l'enlever; l'Angleterre a d'ailleurs changé tout son système colonial. Toutes ses possessions d'outre-mer ont reçu la liberté du commerce, et toutes à peu près sont investies du droit de se gouverner sous la suzeraineté bien plus que sous la souveraineté de la métropole. Un nouveau droit maritime des gens met le commerce des faibles à l'abri des vexations du plus fort. L'accord est